‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 241 sur 262 · riiiici' Biiii;si-o, lor. cil., pages lOS iM suivantes · texte numérisé non relu

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Voilà dans quel état de délabrement, de désorganisation et d'abattement la malheureuse armée de Chàlons atteignit Sedan, où devait, deux jours après, s'achever son martyre. Voilà jusqu'à quel degré d'affaissement l'avait conduite cette série de marches à l'aventure, de retraites désordonnées, de mouvements incohérents auxquels présidait bien plus l'intluence d'une politique aux abois qu'une pensée militaire quelconque. Voilà enfin quelles étaient les conséquences immédiates de la surprise, toujours si dangereuse, et toujours inexcusable, parce qu'elle inllige à l'honneur des armes une tache que nulle bravoure ne saurait effacer.

La bataille de Beaumont nous coûtait 1,800 hommes tués ou blessés, 3,000 disparus dont plus de 2,000 prisonniers sans blessures, 42 pièces de canon et mitrailleuses et un immense matériel abandonné dans les camps. Parmi les morts, nous comptions: le général Morand, les colonels de Béhag/e, du 11° de ligne, Courty, du 88", de Conteiison, du 5° cuirassiers, Jamin du Fresnay, du 8° chasseurs. Certains régiments, qui, au milieu de l'effarement du début, avaient su se ressaisir et soutenir l'honneur du drapeau, étaient particulièrement éprouvés; le 11° de ligne comptait 35 officiers et GOO- hommes, le 68°, 26 officiers et 779 hommes hors de combat !

Quant aux Allemands, leurs pertes se montaient à 3,529 hommes, dont 847 tués. Le IV corps, le plus complètement engagé, avait, à lui tout seul, 126 officiers et 2,878 hommes hors de combat.

Si maintenant nous jetons un coup d'œil sur le chiffre des forces mises en présence, nous voyons combien l'ennemi nous était supérieur. Le 5° corps, en effet, dont les effectifs depuis le départ de Reims s'étaient réduiis d'environ 10 hommes par compagnie, comptait à peine 17,000 hommes en tout. En y ajoutant 4,000 hommes de la brigade Gourson de la Villeneuve et du 5' cuirassiers, nous arrivons à l'effectif, très largement compté, de 21,000 hommes. Or le 1V°, le Xn° et le 1" corps bavarois s'élevaient ensemble à 77,000 hommes, ce qui, avec la cavalerie, faisait plus de 80,030 hommes engagés. Dans ces conditions, et tout en déplorant amèrement l'oubli où l'on a tenu, dans le 5° corps, les précautions les plus élémentaires, il est juste de rendre hommage à ces soldats harassés, épuisés, et mourant de faim, qui, pendant les huit mortelles heures de cette journée funeste, ont combattu un contre quatre, et inlligé des pertes cruelles à l'ennemi.

Posi/inii dos forces allemandes le 30 aa soir. — PondanI que l'armée de Chàlons, dispersée et inquiète, effectuait, dans la direction de Sedan, la r.^lraite décousue que nous venons de voir, les troujjes allemandes de l'année de la Meuse victorieuse s'établissaient au bivouac sur les positions conquises, le IV" curps de la ferme de la Sartelli; à Pourron, le Xll" au nord de Létanne, la Garde au sud de Beaumont.

Les avant-postes, fournis par la 14" i)rigade, s'étendaient, pour le IV" corps, du pont de Villers au cimetière de Mouzon, en passant par le moulin .le Ponç:ay ;

le Xir corps gardait la rivière et occupait Pouilly, avec lequel il communiquait au moyen d'un pont de bateaux Jeté la nuit à Létanne par la Garde. Enfin la cavalerie patrouillait sur la rive droite jusqu'à la Chiers.

Iir armée. — Seul des troupes du prince royal de Prusse, le P"' corps bavarois avait pris part à l'affaire de Beaumont; les autres corps convergeaient pendant ce temps dans la direction de Slonne, précédés par deux divisions de cavalerie.

Le V corps, parti de Grandpré le matin, avait fait attaquer par son avantgarde, vers midi et demi, les colonnes en retraite du corps Douay, et nous savons quelles inquiétudes il y avait provoquées. A trois heures, il arrivait à Oches, et s'y installait, laissant à quelques pièces le soin de canonner les arrièregardes du 7" corps.

Le XL corps atteignait Brieulles à deux heures et demie, suivi par la division wurtembergeoise.

Quant au IP corps bavarois, arrêté par des croisements de colonnes, il était resté assez loin en arrière.

Dans la cavalerie, les 5" et 6" divisions s'étaient, suivant l'ordre reçu, portées sur nos lignes de communications, et occupaient Tourteron, Attigny (5'), Semuy et le Chesne (6°). — La 4° tenait Verrières \ — La ^^ avait accompagné, vers trois heures de l'après-midi, le prince royal de Prusse, arrivé de sa personne à Saint-Pierremont".

Lorsqu'on avait appris, dans la IIP armée, que la surprise exécutée par l'armée de la Meuse venait de complètement réussir et de déterminer la retraite de nos troupes, le Prince royal avait poussé en avant tous ses corps, en sorte que dans la soirée ceux-ci bivouaquèrent sur les positions que voici :

I" corps bavarois, à Raucourt et Pourron.

IP corps bavarois, à Sommautiie.

V" corps et 4" division de cavalerie, à la Besace

XP corps, à Stonne et la Berlière.

Division wurtembergeoise, à ^'e^rières.

VP corps, à Vouziers.

"2° division de cavalerie, à Oches.

C.'est-à-dire (pic les roules du UDrd, conduisant à Mézières, restaient libres. Si donc ou eût coustilué une forte ai'rière-garde avec les troupes les moins éprouvées, celles du 1" cl (hi P2' corps, fait sauter tous les ponts en arrière et filé, dès le lendemaiu, de Sedan sur Mézières, l'armée de Chàlons eût peut-être échappé aux étreintes de l'ennemi et, en tout cas, certainement évité le désastre qui ralteudail. Le maréclial eu eut l'idcc, dil-on; uuiis comme il ne croyait pas les forces allemaudes si pi'oclu\s, il pensa |iouvoir disposer d'un join- ou deux. Ce fut là une fatale emnir.

I. A :i kilouuMres X.-i:. do Hficullos. ;'. A .'! kiloine'tres S.-i i. ,1c SoriiinMiitlu'.

Remarquons au surplus, en co qui concerne la bataille même de Beaumont, que le V° corps, arrivé à Oches vers Irois heures, était seul en état de prendre part à la lutte. Les autres corps, encore trop éloignés du champ de bataille, se trouvaient dans l'impossibilité d'y paraître avant la nuit, et la Garde, qui de tous se trouvait la plus rapprochée, ne l'atteignit qu'à sept heures du soir. De notre côté, au contraire, les 1:2° et 7' corps pouvaient se déployer, à deux heures au plus tard, aux côtés du 5'. Qui sait si la vigoureuse résisiauce qui aurait pu cire faite alors avec leur appui n'eût pas donné de meilleurs résultats que ce passage de la Meuse effectué dans les circonstances défavorables que nous avons relatées plus haut? N'eùt-il pas mieux valu tenir této à l'offensive ennemie et peut-être la briser, plutôt que de chercher à tout prix à mettre la Meuse entre nous et l'adversaire, sans pour cela améliorer sensiblement la situation vraiment critique dans laquelle on se débattait? Continuer la marche sur Metz, ou même sur Montmédy, devenait impossible', et personne, à l'heure présènle, n'en doutait plus. Franchir la Meuse, c'était donc risquer de se l'aire acculer à la frontière belge, c'est-à-dire se retirer toute faculté de manœuvrer. L'état-major allemand le comprit bien vite, et, dès l'après-midi du 30, M. de Bismarck adressait un télégramme au ministre de la Confédération de l'Allemagne du Nord près la cour de Bruxelles, pour lui exprimer l'espoir que les troupes françaises qui, selon toute vraisemblance, allaient bientôt tenter de pénétrer sur le territoire belge, y seraient désarmées sur-le-champ.

Pendant le cours de la lutte, le roi de Prusse s'était tenu de sa personne sur la colline de Vaux-en-Dieulet, au sud de Sommauthe. Suivant de là, tout à son aise, les progrès de la bataille, il avait pu constater de visn combien notre situation était précaire, et engagé le Prince royal à imprimer à son armée cette attitude plus pressante que nous avons constatée ci-dessus. Le soir, il revint à Buzancy, ignorant, ainsi que M. de Moltke, les points exacts où s'étaient arrêtés les différents corps allemands. L'un et l'autre cependant en savaient assez pour n'éprouver aucune hésitation « sur l'opportunité de la continuation immédiate d'une offensive concentrique contre un adversaire qui pliait sur toute la ligne'' ». Ils décidèrent donc que celle-ci serait reprise immédiatement, et adressèrent, à onze iKuires. du soir, les instructions suivantes aux deux princes royaux :

« Demuin, dès l'aube, ï iivm&a rrprendr;} sa innrclic en nvaiil : ou abordera vigoureusement l'adversaire, partout ou il pourrait tenir encore sur la rive gauche de la Meuse, afin de le resserrer le plus étroitement possible entre cette rivière et la frontière belge. — L'armée de la Meuse aura pour mission d'empêcher faile gauche française de se dérober dans la direction de fest. A cet effet, elle fera en sorte de jeter deux corps sur la rive droite de la Meuse, de manière à prendre en flanc et à dos les positions que l'ennemi pourrait occuper auprès

1. Dans la nuit du 30 au 31, un csi-adron de lii Lard.' >.i\niini: allait eoupci l;i \()m' t'<'ri'ée entre Carignan et Montmédy, à Laniouilly.

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