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CHAPITRE IV

A. — Mouvements des armées allemandes.

Armée de la Meuse. — Le prince royal de Saxe, commandant en chef de l'armée de la Meuse, était déjà informé de la retraite générale exécutée par l'armée française vers le nord-ouest, quand il reçut, à six heures du matin, le 31, les instructions du grand quartier général. Il les traduisit, pour son armée, de la façon suivante :

/.;) divisinn de ravnirrie de la Garde cl felle du XI!' corps recevaient l'ordre de l'i'niicliir In Meuse à l'ouilly et ùLétanne, ù huit heures du malin, et do marcher ensuite, tout en se maintenant reliées, la première sur Carignan, la seconde le loncf des hauteurs de la rive droite. A partir de neuf heures, l'infanterie de la Garde devait suivre ec mouvement par Pnuilly; f infanterie saxonne en ferait autant par Létanne, à partir de dix heures; puis fune et l'autre marcheraient sur les trarrs de leurs divisions de cavalerie respectives. — Il était recommandé a la Garde de .se firme/- autant que possible en deux colonnes qui se dirigeraient fune jiar .\ul i'e\ illc, .s//r Vaux, l'autre, prenant jdiis a droite, par Malandry sur

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Sai]Iy\ — Le IV' corps devait se trouver établi, on position de garde-à-vous, à partir de onze heures, à rouest de Mnuzon, cl y attendre de nouveaux ordres du prince royal de Saxe, qui avait l'intention de inarelier de sa personne avec le XI P corps.

Mais déjà, et sans attendre d'ordres, la cavalerie saxonne avait poussé, au point du jour, une reconnaissance sur la rive droite. Un escadron, conduit par le général commandant la 24° brigade lui-même, s'était approché de Mou/.on, par Moulins, et avait pu, grâce au brouillard, se glisser sans être vu jusqu'aux premières maisons, puis jusqu'au faubourg, et capturer une centaine de traînards avec 60 voitures chargées. Naturellement, son rapport signalait notre retraite sur Carignan et Sedan.

Aussitôt que leur parvint l'ordre du Odaimaudant en chef, les deux divisions de cavalerie se mirent en marche, et purent constater bientôt que toute la région comprise entre Meuse et Chiers était évacuée par le gros de nos forces. Toutefois, des arrière-gardes se montraient encore, et les incursions de la cavalerie allemande donnaient lieu à quelques escarmouches, assez intéressantes par les déductions qu'elles permettaient de faire. C'est ainsi qu'en arrivant à Vaux, la division saxonne putcanonner les divisions Pelle et de Lartigue, en retraite sur Carignan, et incendier un train de chemin de fer, arrêté près de cette ville. Au même moment, la brigade de uhlans de la Garde recevait, à Sailly, des coups de fusil partis de la rive droite de la Chiers, et ne réussissait à pénétrer dans Carignan qu'avec quelque peine. Un peu plus tard, la 23° brigade de cavalerie saxonne ayant poussé sur Itnuzy, tut accueillie par des coups de feu; grâce à sa batterie à cheval, elle traversa le village et voulut s'emparer d'un convoi qui s'apprêtait à partir, sous l'escorte de ;]0U hommes d'infanterie. Mais elle fut refoulée et ne réussit qu'à dételer quelques voitures, au prix d'une perte de S officiers, 6 hommes et 18 chevaux. Un de ses escadrons, envoyé devant Lamécourt, était également repoussé par la fusillade; un autre se heurtait, entre Pourru-aux-Bois et Pouirn-Sainl-Rémy, à la division Marguerilte et se trouvait forcé de rétrograder. F^nhn, devant Pourru-Saint-Rémy, le régiment de reitres de la Garde saxonne recevait des coups de feu qui l'obligeaient à s'arrêter pour attendre l'infanterie.

Mais, dans toutes ces petites rencontres, l'enniMui faisait un cerlain nomlire de prisonniers dont il tirait des renseignements pivcieux sur la direction suivie par les corps. En tous cas, il savait maintenant que, sur la rive gauche de la Chiers, toute résistance avait pris fm. Le prince l'oyal de Saxe résohit donc de pousser une partie de ses forces sur la rive droite de cette rivière, et ihnuia l'ordre à la Garde de la franchir à Tétaigne et à Carignan, pour venir s'établir aux environs de Sachy et d'Escondjres, avec des avant-gardes à I»oumi-au\-l'.ois et PoiuTu-Saint- Rémy. Pendant ce temps, le XII° corps occuperait, entre Chiers et Meuse, la ligne Tétaigne-Douzy, avec des avant-postes poussés vers h; nord jusque vers Fran-

1. Vaux et Sailly se trouvent à quelques kiloinctres au sud de la route de Mou/.on à Carignan.

cheval. Enfin, le IX" corps restait à Mouzon, où il cantonnait', ainsi que le quartier général du prince de Saxe.

Ces divers mouvements s'effectuaient dans la journée même, et amenaient encore la capture de nombreux traînards. Quand ils furent terminés, l'armée de la Meuse tenait par deux corps et deux divisions de cavalerie, avec un troisième corps en réserve, l'étroit espace de 13 kilomètres compris entre la Chiers et la frontière belge; elle interdisait donc à l'armée de Chàlons tout débouché du côté de l'est, c'est-à-dire vers Montmédy, et celle-ci ne pouvait pas ignorer cette situation, dont les nombreuses affaires d'arrière-garde de la journée n'indiquaient que trop la gravité.

///" armée. — Aussitôt arrivé à Saint-Pierremont, le 30 au soir, le prince royal de Prusse avait eu pour premier soin de lancer à la poursuite de nos corps en retraite la A" division de cavalerie. Puis, à trois heures du matin, quand il fut en possession des instructions du grand quartier général, il rédigea ses ordres pour le 31, avec le préambule explicatif que voici :

« Aujourdlml, dès l'aube, l'armée se remettra en marche pour poursuivre jusqu'à la Meuse les troupes ennemies battues hier, les attaquer vigoureusement partout où elle les trouvera, et les resserrer le plus étroitement possible entre cette rivière et la frontière belge. »

En conséquence, « le I" corps bavarois, le Xl° corps et la division wurtembergeoise, marchant en première ligne, avaient ordre de rompre à six heures du matin pour se porter respectivement, par Raucourt, Chémery et Vendresse, sur Rémilly, Donchery et Boutancourt. Ces troupes devaient prendre position sur la Meuse, aux endroits indiqués ci-dessus, établir leur artillerie de manière à battre la vallée ainsi que les communications de l'adversaire sur la rive opposée, et préparer l'établissement de ponts en des points convenablement choisis. En arrière de cette première ligne, le 11° corps bavarois et le V° corps, suivis de la !2° division de cavalerie, se mettraient en marche à huit heures du matin, pour gagner, l'un -Raucourt, l'autre Chémery, où le dernier attendrait de nouvelles instructions pour continuer son mouvement. Le VI° corps était invité à venir, dans la journée, de Vouziers jusqu'au canal des Ardennes et à se cantonner aux environs de Semuy et d'Attigny. Des deux divisions de cavalerie de l'extrême gauche, la 6' devait s'avancer par Bouvellemont, dans la direction de Mézières, la 5° conserver en général ses positions et envoyer un détachement sur Reims. Ces instructions se terminaient en faisant connaître qu'à partir de neuf heures du matin, le Prince royal se trouverait, soit à Chémery, soit sur le chemin de ce village à Donchery ■. »

Ici, comme pour l'armée de la Meuse, des incidents devaient se produire pendant l'exécution de ces divers mouvements. L'extrèuie rapiirochemenl des deux adversaires en plein contact les rendait d'ailleurs inévitables; mais certains d'entre eux

1. En dôbiayaiit Ir cliainp de bataille de la veille, le 27° priissiei) trouva, aux abords du guo de la Meuse, 3 canons, (1 niitrailleusos, 33 caissons, 43 voitures et une caisse contenant 150,000 francs.

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