La Guerre franco-allemande, pa^je
curent une importance beaucoup plus considérable que ceux qui ont été relatés plus haut, et amenèrent des résultats d'une gravité exceptionnelle.
Tout d'abord, la 4° division de cavalerie, i\\m's avoir ramassé de nombreux prisonniers, atteignit la Meuse de grand matin, par un épais brouillard. Une fois celui-ci dissipé, elle se porta sur Frénois, qu'elle occupa, malgré les coups de canon tirés des remparts de la place, et lança quelques obus sur les trains qu'elle voyait circuler sur la ligne de Mézières. De là, elle se porta sur Villers-sur-Bar, où elle s'arrêta. Nous verrons bientôt ce qui résulta de cette agression.
Engagement, à Buzeilles, du I" corps bavarois et du 12' corps. — Le I" corps bavarois, au reçu de l'ordre cité plus liaut, s'était mis en marche, vers huit heures du matin, sur Rémilly. Comme sa pointe d'avant-garde atteignait ce village, elle recevait des coups de feu, partis de la rive droite, et bientôt même des coups de canon. Le 2° bataillon de chasseurs bavarois se jeta aussitôt dans Rémilly, tandis que deux pièces, suivies bientôt de huit batteries devançant la colonne, venaient se poster sur les hauteurs qui dominent la Meuse, de chaque côté de la route de Raucourt à Rémilly, et ouvraient leur feu contre les troupes du 12° corps français, postées sur le viaduc de la voie ferrée, au sud de Bazeilles.
Bientôt entra en ligne à son tour le gros du corps d'armée; les quelques tirailleurs français qui avaient franchi la rivière fiu'cnt alors rejetés sur la rive droite, et se replièrent dans la direction de Bazeilles. Mais, sur ces entrefaites, l'ennemi avait cru s'apercevoir que, de notre côté, on apportait des barils de poudre pour faire sauter le viaduc. Le 4° bataillon de chasseurs bavarois se porta vivement en avant, dispersa les travailleurs et vida les barils de poudre dans la Meuse. Cette opération ne s'était pas exécutée sans que le tir de notre infanterie ait infligé des pertes sensibles aux chasseurs bavarois; aussi envoya-t-on, pour appuyer ceux-ci, deux pièces de canon qui descendirent dans la vallée et accounu'eut les protéger, laiulis qu'ils se blottissaient derrière le talus de la voie ferrée.
Cependant, le général von der Thann, voyant qu'il avait devant lui tout un corps d'armée, jugea prudent de ne pas trop s'aventurer. 11 litdéfemlre a ses troupes de pousser plus avant. Mais il était trop tard; les chasseurs, déjà postés sur la rive droite, occupaient une position trop précaire pour demeurer sur |ilace et étaient forcés, ou de battre en retraite ou de reprendi'e l'offensive. Leur chef se décida à ce dernier parti et, aidé du 2° bataillon, accouru de Rémilly par le bac, marcha sur Bazeilles qu'il occupa sans résistance. Ce que voyant, Tarlillerie ennemie redoidila
la violence de son feu.
Le général Lebrun, devant les progrès de l'adversaire, lança à ce moment contre lui la brigade Martin des Rallières, appuyée par l'artillerie du 12° cori)s et trois batteries du 1". Ces troupes refoulèrent les Bavarois jusqu'à la Meuse, que certames fractions ennennes traversèrent en bac, et reprirent possession de la voie ferrée. C'est alors que les batteries en position au-dessus de Rémilly, voulant venger l'échec de leur mfanterie, eurent la barbarie de prendre le village de lîazcnlles pour objectif et d'y incendier "JT maisons. En vain notre artillerie essaya-l-elle d'éteindre leur
feu; inférieure en nombre, en position et en matériel, elle fut bientôt réduite au silence et condamnée à laisser commettre une atrocité que réprouve l'humanité autant que le droit des gens, mais qui devait d'ailleurs se reproduire le lendemain dans des circonstances plus atroces encore.
Tandis que ces événements se passaient, l'équipage de pont, protégé par six batteries postées sur les hauteurs d'Aillecourt, avait commencé, vers deux heures et demie, à jeter des ponts sur la Meuse, en face de ce village. Le viaduc était barricadé et confié à la garde d'un bataillon, auquel se joignaient les deux pièces précédemment amenées dans la vallée, et montées maintenant sur le remblai. Quand, le soir, les Bavarois s'installèrent au bivouac, ils disposaient donc de tous les moyens nécessaires pour franchir la rivière aisément. Les points de passage étaient protégés par 84 pièces, formées en batterie sur les hauteurs d'Aillecourt, et tout le corps d'armée bivouaquait autour de Rémilly, ou d'Angecourt, où était le général von der Thann. Il avait perdu dans cette journée 9 officiers et 133 hommes, appartenant presque tous aux A' et 9'^ bataillons de chasseurs'.
Cependant, les autres corps de la IIP armée gagnaient, avec des incidents divers, les points qui leur étaient assignés.
Le général de Gersdorff, commandant du XI° corps, avait envoyé d'avance des officiers d'état-major déterminer les points de passage de la Meuse, ainsi que les positions de batteries à choisir sur la rive gauche. Tandis que ces officiers exécutaient leur reconnaissance, les cavaliers de leur escorte coupaient la voie ferrée et le télégraphe aux abords de la station de Donchery. Le pont de ce bourg avait été trouvé intact; aussitôt que l'avant-garde y fut arrivée, le général de Gersdorff en faisait jeter un autre, près de l'auberge de Gondé, par une compagnie de pionniers, tandis qu'une autre compagnie achevait la destruction de la voie et faisait sauter le viaduc, à l'est du village. L'avant-garde de la 2° division, forte de trois bataillons et demi, un escadron et une Ijatterie, s'établissait à Donchery, envoyant du monde à Vrigne-Meuse, et à l'est, vers la rivière; quant au corps d'armée, il bivouaquait à Chevenges, et plaçait un poste à Frénois, pour surveiller Sedan. -Grâce à ces précautions, les points de passage étaient assurés pour le lendemain.
Pendant ce temps, le V° corps était venu s'établir derrière le XI°, à Omicourt, (tonnage et Bulson, avec son avant-garde à Ghéhéry. La 2° division de cavalerie bivouaquait un peu en arrière, aux environs de Ghémery. Ces mouvements n'avaient donné lieu à aucun incident; mais il n'en était pas-de même de ceux exécutés par la division wurtembergeoise et la 6° division de cavalerie. La première avait en effet rencontré, en arrivant à Fliz(\ un bataillon du 35" do ligue, du l.")° corps", occupé à détruire le pont, et forcé nos soldats à rèlrogradei', sous la protection de quelques troupes qui sortirent de Mézières avec de rartilleric. Kllc bivouaqua, dans la soirée, à Flizc, P)()iilanc(iurt et Ftn''pigny, avec des avant-postes itoussés jusqu'en
1. Ui] fait i|iii montre à quel def;i'é de doinoralisation était tombée la malheureuse année de Cliàlous est celui-ci : une conipagnie bavaroise envoyée dans la journée en reconnaissance vers le faubourg de Torcy r'entra, le soir, aijantfait I3i) prisonniers.
2. Voir plus loin les mouvements du 13° corps (général Vinoy) jusciu'a la journée do Sedan.
face de Mézières. De son côté, la G' division de cavalerie se heurta à un bataillon du 4'2'" (même corps), envoyé en reconnaissance sur Poix avec un demi-escadron de hussards, et fut obligée de s'arrêter à Yvernaumont, tandis que, dans la soirée, les Français rentraient à Mézières à travers bois.
Quant aux autres corps de la IIP armée, ils gagnèrent sans aucune difficulté les points qui leur avaient été assignés. Par suite, le 31 au soir, la IIP armée allemande disposait de quatre corps et d'une division de cavalerie prêts à franchir le fleuve, sur quatre ponts, et à intercepter la retraite sur Mézières, si les forces françaises tentaient, le lendemain, de l'effectuer.
Dispositions des Allemands pour le i" septembre. — Le roi de Prusse, accompagné du grand quartier général, quitta Buzancy de bon matin, et se transporta à Vendresse, où il devait passer la nuit. Chemin faisant, il rencontra à Chémery le général de Blumenthal, chef d'état-major du Prince royal. Là se tint, entre cet officier général, M. de Moltke et le général de Podbielski, une courte conférence, où furent discutées les mesures à prendre pour consommer la ruine de la malheureuse armée française, dont la situation désespérée n'était plus un mystère, et qui semblait n'avoir déjà plus d'autre ressource qu'une retraite désastreuse, si elle ne voulait pas être bientôt acculée à la frontière belge.
« En face de la position où les Français s'entassaient, dit la Relation allemande, le dos à la frontière, une puissante armée allemande, constamment victorieuse et numériquement supérieure, se déployait jusqu'au loin. A l'est et au sud-est, le prince royal de Saxe fermait l'étroit espace compris entre la Meuse et la frontière belge... Au sud, le prince royal de Prusse... se tenait prêt, soit à repousser tout effort des Français, soit à franchir la Meuse sur les quatre ponts dont il disposait, et à tomber avec sa gauche dans le flanc de l'adversaire, si celui-ci tentait de s'échapper vers l'ouest... En dehors de la ligne de bataille principale des forces allemandes, à une certaine distance en arrière de l'extrême gauche de la IIP armée, se trouvait encore la 5" division de cavalerie à Tourteron et le VP corps à Attigny. De ces points, ces deux groupes tactiques étaient à la fois en mesure de s'opposer en temps voulu à toute entreprise de l'adversaire sur les derrières de la IIP armée, ou de couper aux troupes françaises de Mézières la retraite sur Reims et Paris'. »
En présence d'une situation semblable, quel parti pouvaient prendre les Français? Allaient-ils livrer bataille, malgré le désavantage évident de la situation? Ou bien chercheraient-ils à se soustraire à l'enveloppement dont la menace n'était que trop claire, soit en sacrifiant une partie de leurs forces pour regagner Mézières avec le reste, soit en essayant de faire une trouée vers Carignan, soit enfin en gagnant la frontière belge, où le désarmement les attendait? Autant de questions (pfcn présence d'indices contradictoires, les généraux prussiens avaient quelque peine à résoudre immédiatement. Ils supposaient cependant que nous prendrions, selon toute vraisemblance, le parti de la retraite sur Mézières, et s'arrêtèrent, par suite,