La Guerrn franco-nUemande, page
aux dispositions qui paraissaient pouvoir l'empêcher. Dans la soirée même, le prince royal de Prusse expédia à ses différents corps un ordre de mouvement en vertu duquel son aile gauche devait le lendemain franchir la Meuse en avant de Sedan, pour venir se porter sur les communications de cette place avec Mézières.
Il était prescrit aux XI" et V corps de prendre les armes dès l'aube, et de se porter sur Vrigne-aux-Bois; à la division wurtembergeoise, de jeter un pont à Domle-Mesnil, et de prendre ensuite position de façon à servir de réserve aux deux corps ci-dessous, ou au besoin à agir dans la direction de Mézières. Pendant ce temps, le IP corps bavarois établirait une division avec la réserve d'arlillerie' sur les hauteurs de la rive gauche, face à Donchery, l'aulre division onl:e Frénois et Wadelincourt, pour s'opposer à toute tentative vers le sud. Le I" bavarois élait chargé, devant Rémilly, d'appuyer l'aclion de l'armée de la Meuse. Les "2°, 4"^ et 6° divisions de cavalerie devaient rester disponibles, l'une à Boutancourt, l'autre au sud de Frénois, la troisième à Flize. Enfin le VL corps et la 5° division formaient réserve dans leurs positions actuelles, derrière l'extrême gauche de la lll" armée. De son côté, le commandant en chef de l'armée de la Meuse, jugeant que les instructions données le 30, à Buzancy, par M. de Mollke, se trouvaient remplies en ce qui le concernait, attendait, pour donner de nouveaux ordres, que la III' armée eût pris l'initiative des mouvements. Mais, sur ces entrefaites, un officier du grand état-major avait cru s'apercevoir, des environs de Rémilly, que l'armée française, sacrifiant ses bagages, commençait à se replier précipitamment vers le nord. Il n'en était rien malheureusement, et les mouvemenls du corps Ducrot, dont il est ([uestion plus loin, avaient seuls donné lieu à une supposition complèlement en désaccord avec l'immobilité persistante des autres troupes. Cependant M. de Moltke pensa que la possibilité de semblables inlenlions de la part du maréchal de Mac-Mahon n'avait rien d'invraisemblable, et qu'il fallait les prévenir au plus vite en faisant franchir la Meuse, peiidaiii la nuit iiiOim\ au \1' corps et à la division wurtembergeoise, de manière h. se trouver, dès le point du jour, à cheval sur la roule de Mézières à Sedan. Il envoya aussitôt une communication dans ce sens au général de Blumenthal, et comme au moment ot'i celle-ci arrivait au quartier général de. Chémery, les ordres exposés ci-dessus n'étaient pas encore partis, le prince royal de Prusse se hâta de les compléter; il prit soin surtout de charger le l" corps bavarois, à Rémilly, « d'immobiliser les fractions de l'armée ennemie qui lui faisaient face, avec toute latitude dn s'cagar/er sans attendre que l'armée de la Meuse soil entrée en ligne. )^
A une heure du malin, le prince royal de Saxe, loujours a Mouzon, élait informé de ces dispositions nouvelles. Il en saisit bien vite toute l'importance et pensa même qu'il lui était i)ossible, par une combinaison d'efforts, non seulement do nous interdire la retraite vers Mézières, mais même de nous empêcher de gagner la frontière belge. 11 siiflisait, pour cela, de prendre pied iminédialcmeul dans la Mon-
1. La dénoiiiination rie réserre r/'artillerie ppiiisiaii eu Bavière et en Wurtemberg, tamlls qu'elle avait été remplacée clans l'armée fédérale par celle plus logique d'artillerie de corps.
CoMllArrANTS.
celle et Villers-Cernay avant qu'une résistance sérieuse ait pu y être organisée, et de s'interposer ainsi, à l'est, entre Sedan et cette frontière, comme la IIP armée allait s'interposer, à l'ouest, entre Sedan et Mézières. La supériorité si considérable de leurs forces, désormais intimement liées, permettait aux Allemands de tout tenter, et nous ne disposions plus d'assez de temps ni d'assez d'espace pour avoir la faculté de nous opposer, avec quelque chance de succès, à leurs combinaisons même les plus audacieuses. Le commandant en chef de l'armée de la Meuse donna donc, sans tarder d'une minute, à ses troupes de première ligne, l'ordre de prendre instantanément les armes par alerte, et de se mettre en mouvement comme suit :
d° Garde. — Une division marchant sur Villers-Cernay; l'autre division, avec l'artillerie de corps, sur Francheval.
2° XW corps. — Rassemblement au sud de Douzy, pour agir par Lamécourt contre La Moncelle.
Les avant-gardes devaient se mettre en marche à cinq heures du matin, suivies de très près, et aussi vite que possible, par le gros des colonnes.
3° IV' corps. — Une division, avec l'artillerie de corps, marchant sur Rémilly pour soutenir le I" bavarois; l'autre division formant réserve générale à Mairy, dans l'angle formé par la Meuse et la Ghiers.
Telles furent les dispositions prises par l'état-major allemand pour l'attaque des positions de Sedan. Elles se résumaient en ceci : une ligne de 30 kilomètres environ, sur laquelle : 1° trois corps marchaient de l'est et du sud-est contre les hauteurs de Givonne, afin d'y immobiliser celles de nos forces qui s'y trouvaient; 2° un corps, au sud, faisait face à Sedan ; 3° trois corps gagnaient, à l'ouest, la route de Sedan à Mézières, « afin de prendre en flanc les forces françaises que l'on croyait en retraite dans cette direction'. » Trois divisions d'infanterie et six de cavalerie, placées en arrière, restaient disponibles pour parer à toute éventualité.
B. — Mouvements de l'armée de Ghalons.
Description du cltump de bataille de Sedan. — Tandis que l'ennemi se livrait à ces préparatifs redoutables, les forces françaises, en partie démoralisées, épuisées de fatigue et de souffrances, désorganisées même dans certains corps, venaient s'engouffrer aux abords de la petite place de Sedan, autrefois illustrée par le souvenir d'un de nos plus glorieux capitaines, et vouée maintenant à la ])lus douloureuse des célébrités.
Le terrain sur lequel furent établis les bivouacs cl (jui devait, le lendemain, s'arroser de tant de sang, est formé par une série de plateaux bordant la vallée de