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General Dlcrot, La Journée de Ser/an, page

c'est-à-dire pour ses communicalions par la rive droite. Cet état d'esprit ressort clairement de ses conversations avec le général Lebrun, le 28, avec le général Douay, le SI; enfin avec le capitaine de Sesmaisons, aide de camp du général Vinoy •. L'erreur était grave, et d'autant plus regrettable que, par suite de circonstances fatales, le ravitaillement de l'armée, cause première de la concentration à Sedan, ne put même pas s'effectuer. On avait en effet dirigé sur la place un million de rations, dont 800,000 se trouvaient encore chargées sur roues, dans la gare ; les obus bavarois étant venus, le 31, tomber sur la voie, le chef de gare crut devoir faire immédiatement rétrograder le convoi sur Mézières, en sorte qu'au lieu d'un million, il ne resta à Sedan que 200,000 rations".

Quoi qu'il en soit, la détermination de se concentrer autour de Sedan fut prise aussitôt après la bataille de Beaumont, et le maréchal en informa, le 31, à une heure 15 du matin, le ministre de la guerre, par cette courte dépêche :

« Mac-Mahou l'ait savoir au ministre de la guerre quil est forcé de se porter sur Sedan. «

Nous avons vu comment elle fut communiquée aux corps d'armée; examinons maintenant dans quelles conditions ceux-ci l'exécutèrent.

i" Corps. — Seul des commandants de corps d'armée, le général Ducrot n'avait pas reçu d'ordre concernant la retraite. Il ne doutait pas cependant que Mézières fût l'objectif de celle-ci, et, pour dégager sa marche, il avait déjà dirigé, le 30 au soir, ses convois sur Givonne et Illy, où l'intendance avait mission de préparer des vivres. Le 31, dès le matin, il écrivit au maréchal :

« // est huit lioures du matin : je ne vois rien parait re sur la route de Mouzon à Carignan. .fen conclus que Votre Excellence a eiïectué sa retraite par Douzy. Je vais donc commencer mon mouvement, et, comme la grande route de la vallée me parait peu sûre, je vais prendre le chemin de la montagne par Osnes, Mézincourt, Pourru-aux-Bois, Francheval, Villers-Cernay, Givonne et Illy. C'est là qui' je compte établir mon bivouac. );

Puis il lit prévenir les deux divisions \\'olff et l'Hérillier, restées à Douzy, de se porter sur Francheval, pour le rejoindre. -Xous avons vu que le maréchal avait liii-rnême, à son passage à Douzy, dirigé ces deux divisions sur Sedan. Malheureusement, elles avaient négligé de détruire le pont de la Ghiers, en sorte que les coureurs ennemis, franchissant la rivière, vinrent inquiéter les deux autres divisions, que conduisait le général Ducrot, et les obligèrent à ralentir leur marche pour prendre des dispositions défensives. On arriva cependant à "Villers- Gcrnay vers cinq heures. Là, le lieutenant-colonel Broyé apporta la lettre suivante du commandant en clief :

« Mon cher général, je vous avais fait donne/- f ordre de vous rendre de Carignan à Sedan, et nullement à Mézières où je n'avais pas l'intention d'aller.

1. Voir l;i Journcr. de Sedan, par le général Lebru.v ; Sedan, par le général de Wimpffex, imL'o 11:;;; enfin le Siéfic de Paris, par le général Vinoy, page 36.

•Z. Déposition du niai'échal de Mac-Mahon devant la ^'onuuission d'encjuéte du I septembre.

Ayant va ce matin le général Wo/ff, je vous croyais à Sedan. A la réception de la présente, je vous prie de prendre vos dispositions pour vous rabattre dans la soirée sur Sedan, dans la partie est. Vous viendrez vous placer à la gauche du 12' corps, près de Bazeillcs, entre Balan et Bazeilles. Envoyez-moi d'avance votre chef d'état-major pour reconnaître cette position. »

Le général Ducrot fit partir aussitôt son chef d'état-major, le général Piobert, qui arriva auprès du maréchal pendant que celui-ci tenait une conférence avec les généraux de Wimpffen, Lebrun, et le commandant Seigland, aide de camp du général Douay. Il reçut l'ordre de faire établir le 1" corps, non pas entre Balan et Bazeilles, comme l'indiquait la lettre ci-dessus, mais sur les hauteurs de Givonne et de Daigny, où se trouvaient déjà les divisions Wolff et l'Hérillier. Dès le retour de son chef d'état-major, le général Ducrot prit celte direction; mais il ne put atteindre ses bivouacs qu'à la nuit close. Des batteries de sa réserve avaient dû, entre temps, déboiter, pour soutenir le 1:2° corps, aux prises à Bazeilles avec les Bavarois. Il était plus de onze heures du soir quand les derniers bataillons dressèrent leurs tentes, et le troupeau s'étant égaré dans l'obscurité, les troupes se couchèrent sans qu'il ait été possible de leur faire une distribution.

5° Corps. — Pendant ce temps, les régiments débandés du corps d'armée si malheureusement surpris à Beaumont avaient gagné le 'Vieux-Camp, sorte de camp retranché situé à l'est de la place. Le général de Failly, relevé de son commandement par ordre du ministre', était remplacé depuis le matin par le général de Wimpffen, qui s'efforra pendant toute la journée de réorganiser les unités si durement éprouvées la veille. Le 5° corps, encore trop impressionné par son récent désastre pour être employé en première ligne, était destiné à former la réserve de l'armée de Ghàlons.

7" Corps. — Le corps du général Douay avait été dirigé par le maréchal sur le plateau de V Algérie, qui s'étend au nord de Sedan, du bois de la Garenne au village de Hoing. Dans la matinée, le général rencontrait dans les rues.de la ville le commandant en chef, en proie à une fatigue visible, et celui-ci lui parlait de la situation, mais sans paraître croire à l'imminence d'une attaque". Le général se rendit ensuite auprès de ses troupes et parcourut leurs positions. Dans le cours de son inspection rapide, il fut frappé par cette remarque, que deux points particulièrement menaçants les dominaient ; c'étaient, à l'ouest, le mamelon boisé du parc de la Toie ou parc Labosse; au nord, le calvaire d'Illy ; l'occupation de ces deux points s'imposait. Mais son effectif lui interdisant de s'étendre jusque-là. il rentra à Sedan pour faire part au maréchal de ses appréhensions. Le cniniuandanl en

1. La disgrâce du général dfi Failly était uiiiquoineiit causée par son attitude plus ou moins justement critiquée, le jour de Frn;sch\viller. La bataille de Beaumont y était complètement étrangère, puisque la désignation de son successeur était antérieure à cette triste journée. D'ailleurs, le ministre ignorait encore le 31 le désastre du 30, puisqu'il télégraphiait au maréchal, en réponse au télégramme annonçant la retraite sur Sedan, cette phrase significative : ■• Vous avez donc éprouvé un revers? •

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