‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 254 sur 262 · D'après le relevé fait par le maire de Bazeilles · texte numérisé non relu

D'après le relevé fait par le maire de Bazeilles

1. Général Marguerittc. - ± Général de Win.piïca. - '-l -iénéral Lebrun. 'i. Général Gahtict.

ToMIiATTANTS.

matérielles se montèrent à la somme énorme de cinq millions de francs!

Les auteurs de ces cruautés sans nom, soldats vraiment indignes de porter l'uniforme, étaient les fils de ceux qui, après avoir reçu de Napoléon I" des bienfaits de toute sorte et couvert le mailre d'adulations servîtes pendant ses succès, abandonnèrent lâchement l'armée française au moment des revers, et tournant contre elle leurs armes mercenaires, l'obligèrent à leur passer sur le ventre à Hanau ! Ils étaient ceux-là même que les Prussiens avaient si facilement battus en I8G6, et qui allaient pousser la bassesse jusqu'à offrir les premiers à leur vainqueur d'hier une couronne impériale qui leur enlevait et leur indépendance et presque leur autonomie !

Le souvenir des horreurs de Bazeilles couvre leur nom d'une honte ineffaçable et suffit à déshonorer leur succès'.

Tandis que l'incendie accomplissait son œuvre destructive , le brouillard s'éclaircissait peu à peu. L'artillerie bavaroise, qui jusqu'alors n'avait pu prendre part à la lutte, ouvrit son feu vers six heures, et couvrit d'obus « les masses d'infanterie et les batteries ennemies en position au nord de Bazeilles'-. » Elle était postée sur les hauteurs entre Pont-Maugy et Aillicourt. Une seule batterie était venue se mettre au sud-est de La Moncelle, et là, de concert avec une batterie saxonne qui avait précédé l'avant-garde du XII° corps en marche sur ce point, elle tirait sur les troupes du général Lacretelle.

Avec l'appui de cette artillerie, le général von der Thann jugea alors opportun de prendre pied dans le parc de Monvillers que nous occupions toujours. Justement sa "2' division débouchant à ce moment, il la lança contre le château ; un l)ataillon de chasseurs, puis un régiment pénétrèrent dans le

1. Le récit de ces faits souleva dans l'Europe entière une violente explosion d'indignation. Les journaux étrangei's dénoncèrent au monde civilisé des procédés qui reportaient la guerre à quatorze siècles en arrière, et l'horreur en fut telle que le général von der Thann dut plaider les circonstances atténuantes. Par une lettre adressée le 20 juin 1871 à VAllgemeine Zeitung, il prétendit que le feu avait été mis à Bazeilles autant par nos obus que par les canons bavarois ; que les citoyens morts pendant la lutte avaient tous été tués accidentellement et que leur nombre ne dépassait pas 39; enfin que tout cela était un malheur regrettable, mais un do ces événements fréquents à la guerre ot impossibles à empêcher.

Malheureusement pour le général bavarois, le démenti ne se fit pas attendre. Il avait eu, dans sa lettre, l'audace d'en appeler au témoignage de M. Bellomot, maire de Bazeilles. Cet honorable magistrat protesta avec la dernière énergie contre ces insinuations (numéro de VEc/io de Gicet du 5 août 1871), et ses affirmations irrécusables furent encore corroborées par la parole du vénérable abbé Baudolot, alors desservant à Bazeilles, et depuis curé de Carignan. Au surplus, il existe une pièce authentique, conservée aux archives de la ville de Sedan, et dont les termes suffisent à fixer ce point d'histoire. C'est une communication officielle adressée par le commandant allemand de la place de Sedan, le 29 septembre 1871, au commissaire civil, et interdisant les souscriptions ouvertes, en faveur des pauvres de Bazeilles, par les Anglais venus pour visiter le champ de bataille. " Je vois dans ce fait, y est-il dit, un blànie et une fausse interprétation de la sentence exécutée contre ce villai/c. i>

Voilà qui prouve suffisamment que si nos obus, voire la fatalité, sont pour quel(|ue chose dans la destruction de Bazeilles, ils ont été puissamment aidés dans leur (inivre destructive par des instructions venues de haut...

2. La Guerre franco-allemande, page 1095. On voit que l'objectif des batteries bavaroises n'étai'. mémo pas le village, et que par suite l'incendie qui dévorait celui-ci avait une autre cause que le tir do rarliUerie.

parc et nous refoulèrent. Bientôt la lutte entre Bazeilles et La Moncelle devint d'une extrême violence, et les Bavarois voulurent profiter de leur supériorité numérique pour aborder à la fois de front et de flanc l'imprenable villa Beurmann. Mais, bien qu'appuyés par une artillerie contre laquelle, en raison de la distance, les batteries de réserve du l^" corps français ne pouvaient rien, ils ne réussirent pas encore à triompher de l'énergique résistance que leur opposait l'infanterie de marine. La villa Beurmann nous resta.

Quant aux Bavarois, ils avaient perdu un monde énorme, et leurs trois premières brigades se trouvaient presque tout entières dispersées en tirailleurs, sans autre soutien que quelques compagnies restées groupées jusque-là. La 4° brigade arrivait de la Meuse.

Il était environ huit heures et demie. Tout le I" corps bavarois était engage (levant BazeiUes, sans réussir à s'en emparer. Son artillerie de réserve, voyant qu'elle produisait en somme assez peu d'effet, franchit la rivière à son tour, et s'approcha du théâtre de l'action. Quant au général von der Thann, posté à l'angle sud du village, il fit alors demander à la division du IV° corps, envoyée à Rémilly, de s'avancer aussi pour le soutenir.

Attaque de La Moncelle et de Daigny par lo XIP corps. — Sur ces entrefaites, le XIP corps s'était engagé depuis quelque temps déjà contre nos troupes en position sur les hauteurs de la Givonne. Nous avons vu que déjà depuis six heures du matin, une batterie saxonne était venue se poster entre Daigny et La Moncelle, d'où, appuyée successivement par une, puis par deux batteries bavaroises, elle avait canonné les troupes de la division Lacretelle. Vers six heures et demie, l'avant-garde saxonne, formée par la 24' division, débouchait à son tour', s'emparait de La Moncelle, très faiblement défendu, ainsi que de la Platinerie, prenait pied sur la pente ouest du ravin, dans deux maisons en bordure de la route de Bazeilles à Daigny, et donnait la main aux Bavarois établis dans le château de Monvillers.

Le prince Georges de Saxe, commandant le XIP corps, croyait encore qu'il ne s'agissait pour lui que d'immobiliser un ennemi déjà en reiraile. Quand il s'aperçut, à son arrivée à La Moncelle, que nous opposions à liazeilles une résistance opiniâtre et que, devant lui, les hauteurs de la Givonne se garnissaient de troupes, il comprit que c'était une vraie bataille qui comniençail, et qu'il fallait hâter l'entrée en ligne de ses forces. Il envoya donc Tordre à l'artillerie du corps d'accourir, et à la -23° division, qui marchait en arrière, de la suivre le plus rapidement possible. Dès sept heures, les batteries de la 24° division entraient en action; elles furent presque immédiatement suivies par les batteries de corps, de sorte que bienlôt 72 pièces^ .se déployèrent derrière La

1. « A trois heures et demie <iu matin, confonnéinurit à l'ordre du coiumaridant en chef do l'ai'iiiée de la Meuse, le prince Georges de Saxe avait prescrit au XII" corps de se rassembler sur-lc-cliamp à Douzy, et de porter, à cinq heures, une brigade di- la 2J'' division sui' La Moncelle. » {La Guerre franco-allemande, page 1099.)

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