batteries dont 10 saxonnes et 2 bavarnisos
Moncelle, à clieval sur la route de Lamécourt, et écrasèrent de projectiles notre artillerie, trop faijjle pour les contre-battre efficacement.
Le marcclial de Mac-Malwn es/ blessé. — Double chaïKjeinent de coinniandenient. — A ce moment se produisit un événement d'une exceptionnelle gravité. Dès les premières heures du jour, le maréchal de Mac-Mahon, tourmenté par les graves nouvelles que lui avait données, la veille au soir, le général Douay, envoyait en reconnaissance, du côté de Donchery, deux officiers de son état-major. Il craignait que les Allemands ne se fussent portés en force de ce côté pendant la nuit', et qu'il en résultât une sérieuse menace pour la route de Mézières. Gomme il attendait le retour de ces officiers, il reçut, vers cinq heures et demie du matin, une dépêche du général Lebrun lui annonçant l'attaque des Bavarois, et lui rendant compte de la chaude affaire de Bazeilles. Montant à cheval aussitôt, il se porta au galop vers la division de Vassoigne, dont la vigoureuse attitude lui parut rassurante, et chercha alors à joindre le commandant du 12° corps. Celui-ci était en ce moment à la gauche de ses troupes, devant La Moncelle où débouchaient les têtes d'avant-gardes saxonnes. Le maréchal tourna à gauche vivement, prit le chemin qui conduit de Balan à La Moncelle, et, arrivé sur la crête, s'arrêta un moment pour observer les mouvements de l'ennemi. Tout à coup un obus, parti des batteries saxonnes, vint éclater devant lui, brisa une jambe de son cheval et l'atteignit lui-même à la hanche d'un de ses éclats. Le maréchal pâlit.
— « Monsieur le maréchal, vous êtes blessé; voulez-vous mettre pied à terre? lui cria son aide de camp, le colonel d'Abzac.
— « Non, ce n'est rien! » répondit le maréchal.
Quelques instants après cependant, il perdait connaissance et on devait l'emporter. Il étail alors six heures un quart environ".
Il fallait pourvoir sans tarder au commandement que le duc de Magenta se Irouvait dans la nécessité d abandonner. Or, de tous les commandants de corps d'armée, le général Ducrot était celui qui paraissait le mieux au courant de la situation; aussi, bien qu'il ne fût pas le plus ancien, le maréchal n'hésita pas à lui confier la direction suprême de la bataille, et lui envoya, pour le prévenir du redoutable honneur qui lui incombait, un de ses officiers d'état-major, le commandant de Bastard.
Tandis que celui-ci galopait à la recherche du général Ducrot, à travers le champ de bataille, un éclat d'obus, reçu en pleine ligure, le jeta presque inanimé sur le sol. Il fallut donc déférer sa mission à un autre officier, et ce fut le commandant Riff qui, après des difficultés nombreuses, parvint enfin à la remplir. Il était à ce moment huit heures environ.
1. Déposition du marêchai dccant la Commissiutt ireni/ncle snr le i sciUcmhrc.
2. L'emplacoment o.Kact où lo niarocluil est tombé, pros cl(^ rinterscction du clioiuin lU' Balaii à La Moncelle avec celui de La Moncelle à Bazeilles, est marqué par une petite croix en pierre, sur laquelle n'existe aucune inscription.
Contrairement à ce que croyait le maréclial, le commandant du 1" corps était, comme tous ses collègues, dans la plus complète ignorance de la situation. Lui-même a écrit que, privé d'instructions quelconques, il ne connaissait lien des intentions du général en chef, et ne savait même pas si la bataille engagée était offensive ou défensive. Il connaissait seulement l'apparition de forces ennemies sur les deux ailes de l'armée, mais tout en appréciant la giavilé do celte menace, il ne croyait pas la route de Mézières compromise. Et, de fait, ainsi qu'on en jugera par la suite des faits, elle ne l'était pas encore complètement. Cependant il n'y avait pas un instant à perdre, car déjà la 111° armée venait d'entamer la manœuvre qui devait nous l'interdire absolument. Le général Ducrot prit aussitôt son parti. Revenant à son projet de la veille, il se décida à rompre le combat et à reporter l'armée tout entière sur le plateau d'Illy, face au sud. LIne fois là, il aurait avisé aux moyens de se retirer sur Mézières, en sacrifiant au besoin une arrière-garde, investie de la mission glorieuse de se dévouer au salut commun.
Les ordres sont envoyés sans plus tarder. La retraite va s'opérer par échelons, en commençant par les troupes posiées sur la rive droite de la Givonne (divisions Grandchamp, Pelle et L'Hérillier). La division W'olff, du 1" corps, partira la dernière, en défendant le terrain pied à pied. Le général de Vassoigne retirera ses troupes par échelons de brigade, à la faveur d'un retour offensif exécuté comme diversion par la division Lacretelle contre La Moncelle. Enfin, la division de Lartigue, déjà engagée, ainsi qu'on le verra tout à l'heure, sur la rive gauche de la Givonne, y restera jusqu'à nouvel ordre, pour garder le pont de Daigny, à la conservation duquel le général Ducrot attache une importance extrême.
Ces différents mouvements étaient à peine commencés que le général Ducrot recevait le billet suivant :
« L'ennemi est en retraite sur notre droite. xF envoie à Lebrun la division Grandchamp. Je pense qui! ne doit pas être question en ce moment de mouvement de retraite. J'ai une lettre de commandement de l'armée du ministre de la guerre, mais nous en parlerons après la bataille. Vous êtes plus près de l'ennemi que moi. Usez de toute votre énergie et de tout votre savoir pour remporter la victoire sur un ennemi dans des conditions drsavantai/ou.sos. En conséquence, soutenez vigoureusement Lebrun, tout en surveillant la ligne que vous étiez chargé de garder. — Dk Wnu'i'i'KN. »
Le nouveau commandant du 5° corps venait en effet de produire une lettre de commandement à lui donnée, avant son départ de Paris, par le général de Palikao, et de revendiquer sur-le-champ l'exercice des droits qu'elle lui conférait. Depuis près de deux heures déjà, il connaissait la blessure du maréchal, et s'il n'avait pas encore réclamé le commandement suprême, c'est, a-t-il écrit, qu'il considérait d'abord le général Ducrot comme le continuateur de la pensée du maréchal. Quand il vit que le 12° corps tenait bon à Bazeilles, il espéra pouvoir
bientôt passer à l'olïensive. Arrivé de la veille à l'armée, il n'était an courant ni de son état déplorable, ni de la série de graves indices qui faisaient entrevoir à d'autres généraux, mieux renseignés que lui sur la réalité des choses, la menace d'un prochain enveloppement. Pénétré, d'autre part, des idées qu'avant son départ de Paris, le général de Palikao lui avait exposées avec chaleur, il ne voulait pas encore renoncer à opérer une jonction, désormais chimérique, avec l'armée de Metz, et n'admettait pas d'autre solution possible qu'une percée dans la direction de Garignan. Les ordres donnés par le général Ducrot dans un sens diamétralement contraire le décidèrent à assumer la lourde responsabilité qu'il ne tenait qu'à lui de ne pas encourir, et il n'hésita pas à se faire reconnaître formellement en qualité de commandant en chef.
Ainsi, il n'était pas neuf heures, que déjà l'armée française avait passé par trois directions différentes. Au début, il semblait qu'on dût se défendre sur place; le général Ducrot avait ordonné la retraite. Le général de Wimpffen commandait, lui, de reprendre l'offensive. En vain son prédécesseur lui fit-il remarquer combien était dangereuse et aléatoire son inspiration. En vain essaya-t-il de lui signaler « la question de vie ou de mort qui s'agitait' ». Le général de Wimpffen demeura inébranlable dans son obstination. — « Ce n'est pas une retraite qu'il nous faut, dit-il; c'est une victoire! »
De victoire, hélas! il ne pouvait déjà plus être question pour nous, et à l'heure où le nouveau général en chef croyait pouvoir y compter encore, les progrès de l'ennemi sur nos deux ailes détruisaient les dernières chances qui nous restassent, non pas de l'obtenir, mais même de nous sauver. Au surplus, quelque opinion qu'on puisse avoir sur la valeur de l'une ou l'autre des combinaisons indiquées, dont l'antagonisme a donné lieu à des polémiques sans fin et à un procès retentissant', il est incontestable qu'un double changement aussi radical dans la tactique adoptée, à si peu d'intervalle et dans un pareil moment, ne pouvait qu'être funeste. Les événements, en se précipitant, se chargèrent d'eux-mêmes, et avec une précision terrible, de le prouver.
En exécution des ordres du général de Wimpffen, les 1" et 12° corps furent donc ramenés sur leurs anciennes positions, avec mission de prendre une offensive vigoureuse. Le commandant en chef espérait, a-t-il écrit depuis, « pouvoir écraser la gauche de l'ennemi formée des deux corps bavarois, puis les ayant battus et jetés à la Meuse, revenir avec le 12° et le 1" corps pour combattre, avec toute l'armée réunie, l'aile droite des Allemands. » Il ne faisait entrer en ligne de compte ni les Saxons, déployés déjà sur la rive gauche de la Givonne, ni la Garde, dont les têtes de colonne venaient prolonger au nord de Daigny l'aile droite du XII' corps, ni surtout la HT armée, qui s'avançait au nord de Doncliery et allait bientôt écraser le 7° corps. Dans tous les cas, il s'agissait là d'une tentative que la masse des troupes ennemies rendait singulièrement hasar-