Colonel Canonge, loc. cit., pa;;e
tingents saxons devient tout à fait critique. Mais alors se présentent des renforts importants. La ligne allemande s'épaissit et s'allonge; le gros de la 24' division apporte son concours aux défenseurs du bois Chevalier, si gravement compromis; des fractions des régiments bavarois, se glissant le long de la rivière, arrivent jusqu'à la Ripaille, et en un instant notre vaillante troupe, débordée sur ses deux ailes, est refoulée sur Daigny, laissant sur le terrain, avec un grand nombre de morts et de blessés, deux canons et deux mitrailleuses. Immédiatement les Saxons, profilant de leur énorme supériorité numérique\ passent à l'offensive; Daigny est enlevé; la Ripaille el le pont de la Givonne sont occupés, et malgré une résistance acharnée opposée jusqu'à la fin par les tirailleurs algériens principalement, la brigade de Kerléadec est repoussée jusque sur les hauteurs de la rive droite. Il était alors près de dix heures, et c'était précisément l'instant où se produisaient dans la ligne de bataille les fluctuations produites par le double changement de commandement. Malgré la mauvaise impression qui en résulta, la division de Lartigue, revenue sur ses premières positions, maintint par son feu les Saxons sur la rive gauche, et les empêcha de pousser plus loin leurs succès. Mais, à ce moment, l'arrivée de la Garde prussienne menaçait déjà la gauche du 1" corps; tandis que sur sa droite, le 42' corps, accablé de tous côtés à la fois, était sur le point de succomber.
Prise de Bazeilles. — Forts de l'appoint des troupes fraîches qui, au fur et à mesure de l'arrivée sur le terrain des différents éléments des colonnes bavaroises et saxonnes, venaient grossir leurs effectifs, les Allemands jugèrent, vers dix heures, qu'il était temps pour eux de passer à l'offensive à La Moncelle et à Bazeilles, De ce côté, en effet, leurs progrès ne s'étaient guère accentués depuis le matin. Le retour offensif de la division Lacretelle, exécuté, comme on l'a vu, sur l'ordre du général de Wimpffen, avait même eu pour effet de forcer les batteries étalilies au nord du château de Monvillers à se replier en arrière, et il en résultait, pour les contingents qui tenaient la ligne de la basse Givonne, une situation assez précaire qui ne pouvait se prolonger sans danger. Fort heureusement pour eux, la 23' division (saxonne) venait de déboucher, à neuf heures, amenant avec elle quatre nouvelles batteries. Un peu plus tard, la tête de la 4° brigade bavaroise atteignait Monvillers. Ces renforts avaient permis aux Allemands de tenir bon sur le terrain qu'ils occupaient et de garder le point d'appui de Monvillers. Mais jusqu'à présent, quelques-uns de leurs tirailleurs seulement avaient réussi à franchir la Givonne sur des passerelles improvisées. D'autre part, dans Bazeilles même, la situation n'était pas beaucoup meilleure pour eux. Le général de Vassoigne venait de refouler les Bavarois jusqu'à la place de l'église; ceux-ci avaient peine à se maintenir dans la partie est du village, dont la possession leur était indispensable pour donner la main aux
1. La 24" division était à ce moment tout entière en ligne. La 23- n'avait pas encore atteint le champ de bataille. Quand elle y arriva, toute la ligne de la Givonne était au pouvoir de l'ennemi, et elle fut, comme on le verra plus tard, dirigée vers Illy.
COMBAriANIS.
défenseurs de Monvillers, et il n'avait fallu rien moins que l'ariivée de la 8' division (du IV' corps) à" la gare de Bazeilles, pour que leur conquête de la matinée ne leur échappât point complètement.
Cependant, deux compagnies saxonnes, entrées depuis sept heures du malin dans les deux maisons situées au croisement du chemin de Balan à La Moncelle avec la route de Bazeilles à Daigny, n'en avaient pas encore été chassées. Elles commençaient à manquer de cartouches et le besoin urgent qu'elles avaient d'être secourues amena successivement de leur côté des contingents bavarois et saxons qui, bientôt soutenus eux-mêmes, entraînèrent dans un mouvement d'offensive générale une partie des forces ennemies. Bientôt, en dépit d'une vive résistance et de très lourdes perles, la masse des bataillons allemands, poussée par de nombreux soutiens, gravit les hauteurs de la rive droite, à l'ouest de La Moncelle, et parvint à faire rétrograder sur Balan la division de Lacretelle, fatiguée de celte longue lulle, et privée des renforts que ses adversaires recevaient si abondamment. Le plateau compris entre les deux routes de Bazeilles à Balan et à Daigny était tout entier au pouvoir des Saxons.
Pendant ce temps, les Bavarois avaient enfin conquis Bazeilles en ruines. Les vaillants défenseurs de la villa Beurmann, attaqués de front par la grande rue, pris à revers par des compagnies bavaroises qui avaient réussi, en s'ouvrant avec des serpes un passage à travers les haies, à déboucher du parc de Monvillers, venaient d'évacuer la petite citadelle si bravement et si longuement défendue. Les Bavarois envahirent alors le village de toutes parts, livrant des combats isolés avec des soldats et des habitants qui ne voulaient pas se rendre, incendiant ce qui restait de constructions intactes, et poursuivant le cours de leurs abominables violences. La division de Vassoigne se replia sur Balan, où arrivait en même temps la division Lacretelle; toutes deux s'y postèrent pour tenir tête encore au flot des assaillants. Une heure après, « Bazeilles presque tout entier était en flammes'. »
La derniùre cartouche. — C'est ici que se place l'épisode immortalisé par le pinceau de notre grand peintre Alphonse de Neuville, et connu de tous sous le nom de h\ Dernière cartouche.
Au nord de Bazeilles, dans une maison isolée qui touche au faubourg de Balan et qui s'appelle la maison Bourgerie, une poignée d'hommes s'était barricadée et, prolongeant la résistance avec une incroyable audace, tenait en échec pour ainsi dire un corps d'armée tout entier. Le 15" régiment bavarois cernait la maison, fusillait les fenêtres, mais n'osait cependant tenter un assaut. Les défenseurs, dirigés par trois officiers d'infanterie de marine, le commandant Lambert, les capitaines Ortus et Aubert^ avaieni transformé les ouvi-rlures