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La Gufrre Franco-allemande, page

2. Le frommaudanl Lambert est aujourd'liui général de brigade, après avoir rempli les (onctions de commandant militaire du Sénat. Le capitaine Ortus est devenu colonel. Quant au capitaine Aubert, le tireur de la < dernipre cartouche », il a pris sa retraite en qualiti^ de chef de bataillon.

(le la maison en meiu-trières par lesquelles ils décimaient les assaillants. \'ainement ceux-ci amènent-ils renfort sur renfort; vainement leurs projectiles réduisent-ils en miettes les matelas dont sont barricadées les fenêtres, labourent-ils les boiseries et les portes ! Des doux chambres du premier étage, oii se tiennent ces intrépides soldats, part un feu de mousqueterie continu, dont les résultats sont sanglants pour l'ennemi. Bientôt, cependant, la petite troupe diminue; les blessés gisent pêle-mêle avec les morts, sur le lit, sur le sol taché de larges plaques rouges... les chambres sont remplies d'une fumée acre et épaisse qui asphyxie, les plafonds se trouent et les murs s'éventrent, Jetant partout des débris qui sont autant de projectiles... Le général bavarois, impatienté de cette résistance prolongée, la fait maintenant réduire par le canon. Mais voici, pour comble d'infortune, que les munitions s'épuisent; on vide les cartouchières des blessés et des morts... Encore trois coups à tirer... encore deux... encore un! Celui-là, c'est le capitaine Aubert qui le tire lui-même, tandis que le commandant Lambert, sa cuisse blessée enveloppée d'un mouchoir, regarde, appuyé sur l'entablement du bahut placé près de la fenêtre, et que les soldats, les poings crispés et la figure contractée, attendent, la rage au cœur de leur impuissance, que la mort vienne les chercher !

Enfin, le terme de celte lutte héroïque est arrivé. Le commandant Lambert descend, fait ouvrir la porte, et s'offrant en holocauste à l'exaspération des Bavarois, présente sa poitrine. Une vingtaine d'hommes l'entourent, en poussant des cris de haine et de fureur. Les baïonnettes le menacent de toutes parts... Il va être massacré, quand un capitaine bavarois se précipite entre lui et ses soldats, le couvre de son corps et lui sauve la vie... Le nom de cet ennemi généreux ne doit pas être passé sous silence. Il s'appelait Lessignold.

(Juanl aux survivants de la défaite, ils étaient quarante à peine, presipie tous blessés. On les fit prisonniers. Le soir, on conduisit les trois officiers au prince royal de Prusse.

— « Messieurs, leur dit-il, je n'admets pas qu'on désarme d'aussi braves soldats que vous. Gardez votre épéeM »

Les débris du 1-2" corps, auxquels le général Lebrun communiquait son ardeur infatigable-, se maintinrent, après ce glorieux épisode, aux alentours du faubourg

1. La maison Bourgerie a été depuis convertie en musée liistoriqup où sont conservées pieusement les reliques de celte admirable défense. Le plafond crevé, l'armoire mouchetée de balles, Tal- «•ùve maculée et hachée sont restés tels quels. Dans un coin, une vieille horloge, frappée par un projectile et arrêtée au milieu de la luUe, marque éternellement llieuro du glorieux fait d'armes, onze heures trente-cinq minutes. Et le voyageur qui, visitant le douloureux champ de bataille, ariive à cette maison délabrée, et gravit l'escalier de cette chambre, se découvre respectueusement devant ces lieux témoins do tant d'héroïsme, et envoie un souvenir ému aux braves, morts ou vivants, qui y ont soutenu si dignement l'honneur immortel du nom français.

D'ailleurs, toii"te cette défense de BazeiUes est absolument glorieuse. La division de Vassoigne a j.erdu là 32 officiers tués, 70 blessés, et 2,555 hommes hors de combat; les Bavarois, avec la 8° division (du IV« corps), y ont laissé 2,500 hommes environ. Trois officiers français, pris dans une maison qu'ils défendirent à outrance, ont été passés par les armes, au mépris du droit des gens l't du droit militaire.

'2. Voir la pièce ii° 1 1.

de Balan, et purent contenir les progrès des Saxons et des Bavarois. L'artillerie, qui avait fait des prodiges pour couvrir la retraite de nos troupes, dut se replier, à son tour, fortement éprouvée, sur les hauteurs situées entre Balan et le fond de Givonne. Deux batteries saxonnes venaient en effet de franchir la Givonne à La Moncelle, et de prendre pied sur les hauteurs de la rive droite, d'où elles tiraient à petite distance sur nos pièces, tandis que les autres batteries, en position sur la rive gauche, continuaient leur feu à longue portée.

Une certaine accalmie ne tarda pas cependant à se produire de ce côté. Les Allemands avaient grand besoin de remettre un peu d'ordre dans leurs unités absolument confondues, et, de notre côté, il était nécessaire de laisser aux soldats harassés un instant de répit.

L'ennemi s'établit donc sur les positions conquises, et la lutte ne fut plus entretenue que par quelques coups de canon et une vague fusillade, jusqu'à l'effort suprême dont il sera question plus loin.

Engagement entre la Garde prussienne et le i" corps. — Le général Ducrot, après avoir, conformément aux ordres du général de ^^'impffen, ramené sur leurs positions premières les deux divisions Pelle et L'Hérillier, en retraite vers Illy, s'était porté de sa personne au bois de la Garenne, qu'il savait déjà menacé. Depuis les premières lueurs du jour, en effet, il avait distingué des masses épaisses se dirigeant du sud au nord, en avant du front de ses troupes, et il savait, d'autre part, par le dire d'un paysan, que des troupes de toutes armes avaient atteint déjà Francheval et Villers-Cernay. C'étaient là, assurément, de graves indices, qui le confirmaient dans sa pensée primitive, et lui montraient l'urgence de plus en plus instante d'une occupation solide du plateau d'IUy.

Les troupes dont l'approche lui était ainsi signalée, menaçant de la façon la plus grave notre aile gauche, et indiquant chez l'ennemi le projet arrêté de nous tourner par le nord, appartenaient au corps de la Garde, que le prince de Wurtemberg avait mis en route, dès quatre heures et demie du matin. A huit heures seulement, la 1" division, retardée par de mauvais chemins, était arrivée à Villers-Cernay; l'auti'e suivait encore en arrière. Apprenant alors la situation des affaires à La Moncelle et à Bazeilles, le prince de Wurtemberg prescrivit à la V division de marcher sur Givonne, avec l'artillerie de corps et la division de cavak'i'ie, chargée de couvi'ir sa droite; à la "2" division de se déployer provisoireinenl devant Villers-(k'rnay.

Mais déjà l'avaiit-gai'de, siii' l'ordre spoulauè du général de Pape, avait gagné les hauteurs à l'ouest de Villers-Cernay, alin d'y devancer les Français, qu'on croyait vouloir se dérober par la route de Bouillon. Son mouvement offensif, coïncidant exacleinent avec la retraite de la I)rigade de Kerléadec, refoulée, ainsi qu'on l'a vu, jjar les Saxons sur la rive droite, s'effectua très aisément, et il suflit aux tètes de Cdlonue de la \'° division de la (iarde de repousser, dans des escarmouches (le détail, les tirailleurs avancés du 1" corps, jiour gagner la liL;ue de

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la Givonne, et occuper même le village de ce nom qui n'était point gardé par des forces suffisantes'.

Protégée ainsi par l'avant-gardc solidement postée dans des points d'appui situés de front sur la rivière, et de flanc à la lisière nord du bois de Villers- Cernay, l'artillerie de la Garde put se mettre en batterie, en avant du bois, et entamer la lutte avec les batteries françaises déployées de l'autre côté de la vallée, entre Haybes et Givonne. Dès neuf beures, six batteries avaient déjà ouvert le feu; d'autres arrivaient successivement et prenaient pour objectif les pièces de la division de Lartigue. Enfin, de l'infanterie française s'étant montrée dans les bois, au nord de la roule de Liège, on envoyait aussi de ce coté quelques obus.

Le résultat de cette violente canonnade, que notre artillerie était trop faible pour éteindre, fut immédiat. La division Wolff, écrasée de projectiles, la division de cavalerie Michel (ancienne division Duhesme), fortement éprouvée aussi, durent se replier, la première sur la lisière du bois de la Garenne, la seconde vers le nord. Une partie de nos pièces se retirèrent; un grand nombre furent mises hors d'usage. Cependant, de ce côté, l'infanterie allemande ne se montrait pas encore.

Il était tout près de neuf heures; le prince Georges de Saxe, aux prises devant La Moncelle avec la division Lacretelle, avait déjà demandé à plusieurs reprises au prince de Wurtemberg de venir l'appuyer, quand celui-ci reçut, du prince royal de Saxe, l'ordre de diriger la Garde sur Fleigneux, aussitôt qu'elle serait maîtresse des positions de la Givonne. Le commandant en chef de l'armée de la Meuse pensait, en effet, que le but à atteindre pour lui était « d'arriver le plus promptement possible à se relier par la droite à la 111° armée, de manière à lui venir en aide, le cas échéant, et à empêcher l'ennemi de se dérol)er derrière la frontière" ». D'autre part, le prince de Wurtemberg, posté à côté de l'arlillcrie de corps de la Garde, sur la croupe du bois de \'illers-Cernay, apercevait distinctement déjà les premiers efforts de la IIP armée, dont les tètes de colonnes entamaient l'action du côté de Saint-Menges. Il ne crut donc pas devoir entièrement déférer aux instances du prince Georges de Saxe; mais il lui envoya cependant, pour le soutenir, une partie de ses forces, tandis iiuo l'auli(> était dirigée, par Givonne, vers le plateau d'illy. Ge dei'nici' mniiveinent, eu opérant la jonction des deux armées allemandes et la soudure du cercle d'investissement, allait montrer combien le général Ducrot voyait juste, quand il considérait la possession de ce plateau et des hauteurs de Saiul-Menges comme une question de vie ou de mort.

En vertu des ordres donnés par le prince de Wurtemberg, la 2° division de la

1. Sauf Hazeilles, aucun des villages situés devant le front de l'année n'avait été sérieusement occupé. Il on résulta que, malgré les eirorts des défenseurs postés sur les hauteurs, les Allemands s'en emparèrent successivement, sans grande peine, et s'assurèrent ainsi la possession des débouchés de la Givonne, qui leur furent si utitcs plus tard.

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