‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 29 sur 262 · D'après le colonel fédéral Kiistow · texte numérisé non relu

D'après le colonel fédéral Kiistow

S bataillons de chasseurs à 4 compagnies ; 8 régiments d'infanterie à 'i bataillons ;

4 régiments de cavalerie à 4 escadrons et, n\ \>\u>, 1 cscadnui de chasseurs à cheval ;

1 l'égiment d'artillerie de U batteries (liuiil :', do l'urteresse) ; ■2 compagnies de pionniers;

2 sections du train.

Au total, 21,400 hommes d'infanterie et de cavalerie avec 54 canons.

Les troupes de dépôt se montaient à 5,200 hommes avec 12 jiièces; enlin, la huidwehr comptait 4 bataillons, celte dernière' force n'ayant pas encore été complélement organisée. Le Wurtemberg avait adopté le fusil à aiguille, le canon Kriipp et les règlements de manœuvre prussiens.

in. Gr.\xd-duché de B.\de. — Ici, la situation était toute différente. Le grandduc de Bade, en effet, gendre du roi de Prusse, s'était toujours fait remarquer par ses sympathies prussiennes et n'avait, en ISGG, contribué (pi'à (dnlre-coMir à la lutte soutenue par la Confédération germanique contre les armées île sou beaupère. Le peuple, qui haïssait la France et jalousait l'Alsace dont Bade n'était séparée que par le Rhin, n'avait, de son côté, marqué aucune répugnance à suivre son souverain dans la voie d'une étroite communion d'intérêts et de tendances avec la Prusse, en sorte que l'assimilation des forces militaires n'avait [irésenlé aucune difficulté ni soufiert d'aucune résistance. C'est ainsi que, dès le 12 février 18(58, on avait promulgué à Carlsruhe la loi qui devait transformer l'armée badoise, et qu'immédiatement après le grand-duc avait accepté nn ministre de la guerre, un chef d'état-major et des générau.x prussiens pour commander ses troupes. De même on avait adopté l'armement, l'instruction, les niiuioMivres, voire même l'esprit particulier de l'armée prussienne, et l'on ])eut dire qu'en 1870, la transformation était assez complète pour que la division badoise n'offrit plus, avec une quelconque des divisions de l'armée fédérale, que (pielcpies dissemblances de détail.

Cette division, un peu moins forte que la division wurtembergeoise',. se composait des éléments suivants :

6 régiments d'infanlerie à 3 bataillons;

:} — de dragons à 4 escadrons de gueri-e ;

1 — d'artillerie de campagne à 10 batlei'ies-;

1 balaillou d'arlillerie de forteresse à 0 compagnies;

2 ciunpagnies de pioiuiiers; 1 division du train.

Au total, 10,801) bommes avec 5i bouches à feu.

1 Le Wurtemberg comptait l,72fl,70() linliluints. Le graiul-durlic de Bailo n'en avait <|uo l,3W,()tM.

2 Dont 1 de dépôt.

Les troupes de dépôt se montaient à 3,450 hommes avec G canons. Vlnùn, la landwehr qui devait avoir 10 bataillons, mais qui n'était pas complètement organisée, n'en réunit que G à GOO hommes chacun. On en forma '2 régiments, le 1" ù 4 bataillons, le "2" à "2 bataillons seulement.

Conclusion. — Cet exposé rapide des forces qui, presque d'un seul bond, allaient se ruer sur le territoire français, joint à une saine appréciation de leur cohésion et de leur état remarquable de préparation à la guerre, montre clairement l'immense supériorité qu'assuraient à l'Allemagne ses solides institutions militaires autant que la haute valeur matérielle et morale qu'elle avait su donner à ses armées. Plus de 500,000 hommes avec 1,500 pièces de canon à lancer en première ligne, contre 300,000 hommes à peine, que soutient une artillerie insuffisante et comme nombre et comme valeur ; 160,000 hommes restés dans les dépôts d'Allemagne et destinés à alimenter les troupes de campagne, au fur et à mesure des vides, tandis que la France en possède à peine la moitié; enfin, une armée de deuxième ligne de près de 190,000 hommes à laquelle nous n'avons rien à opposer du tout, tels sont les résultats de ce labeur persistant, de cette opiniâtre volonté de ^•aincre qui a triomphé de tous les obstacles pour arriver au but. Ajoutons à cela des procédés tactiques perfectionnés, une connaissance approfondie des nécessités de la guerre et des moyens d'y parer, une instruction' extrêmement développée à tous les degrés, enfin une remarquable science du nombre, et nous conviendrons que la seule bravoure de nos soldats, gaspillée dans une lutte où manquait toute direction et tout esprit de suite, représentait bien peu de chose en face de pareils moyens d'action. Combien il a fallu que cette bravoure ait été admirable pour que, devant Metz, l'armée française n'ait manqué la victoire que par la faute de son chef !

Au surplus, les qualités et les défauts de la nation allemande se retrouvent dans son armée, faite à son image, et fidèle expression du caractère national. De même qu'il existe des différences notables dans les populations des diverses provinces, de même les troupes avaient, en 1870, suivant leur lieu de recrutement, des attitudes et des aspects dissemblables. Ceux qui ont subi le lourd fardeau de Tinvasion et l'impôt de roccupation armée ne se trompaient guère à la fin sui' la i)r()V(niance de leurs hôtes forcés et distinguaient presque à coup sûr le l'russien, dur cl rogue, du Bavarois rustaud, du Souahe poéliciue et naïf, ou du Francniiicu plus agile cl plus gai. C'est en cordant toutes ces individualités dans un innulc iniii|uc, façonné par son instinct militaire, que la Prusse a assuré, jusqu'à nouxcl nnlrc, l'unité politique de tous ces peuples divers et les a soumis à son action puissante pour les réduire à l'état d'instrument de sa grandeur. Eu cela, elle a d'ailleurs élé puissamment aidée par cette espèce de passivité qui caractérise l'Allemand cl lait de lui, entre des mains résolues cl fermes, un être malléable (>t singulièrement subjectif.

« Si on ])rend comme types du eai'aclèi-e ualional, a écrit F>lisée Keclus, les hommes qui savent échapper à la médiocrile du milieu pnur lUAcloppei' leur foire native et révéler en eux les vertus restées latentes chez leurs voisins, on doit accorder au peuple allemand un sens profond de la na'ture, un rare instinct jtoétique,

une grande l'orce de volonté, une singulière persévérance, un dévoucmenl naïl' et sincère à la cause embrassée ; mais il se laisse facilement entraîner vers les extrêmes ; son amour peut se changer en mysticisme, le sentiment devenir chez lui sensiblerie, la politesse se transformer en règles d'étiquette, la joie de vivre dégénérer en arrogance, la colère s'amasser en fureur, le ressentiment se perpétuer en rancune. Avec toute sa volonté, sa ténacité, sa force, l'Allemand a moins de personnalité que le Français, l'Italien ou l'Anglais ; il se laisse plus faeilenienl inlluencer par les mouvements d'opinion et les alternatives des événeinciils ; il aime à se mouvoir par grandes masses, il se plaît à suivre la uiétliodc, uiènic dans les folies, et la discipline lui est facile. En aucun pays du monde, le devoir n'est aussi fréquemment confondu avec la consigne'. »

Rien n'est plus vrai. C'est en exploitant lialiileau'ul cet élat d'âme (pie M. de P.ismarck et le général de ^loltke ont fait la grandeur de leur pays, le premier, en brisant quand il le fallait toute velléité d'indépendance, le second en fondant toutes les forces de la nation en une armée homogène, formidable instriunent de conquêtes, dont la puissance d'expansion devenait d'aidant plus redoulahle ([ue son. créateur lui-même allait en diriger les effets.

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