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CIIAPITRI^ IV
I. Armée française. — La mobilisation est rojjrration par laquelle les forces d'un pays passent soudainement du pied de ])aix, où elles n'ont que des effectifs réduits et des moyens incomplets, au pied (h; guerre, où elles se complètent de toutes les réserves, de leur matériel, apiu'ovisionnements, vivres et munitions, en un mot de tout ce qui leur est nécessaire pour entrer en campagne du jour au lendemain. La mobilisation s'opère d'après un plan d'ensemble arrêté par le chef de l'armée, contenant le détail prévu à l'avance de toutes les opérations qu'elle comporte, et communiqué aux commandants des corps d'armée qui ont mission de le faire exécuter. Ce plan, d'après lequel sont établis les journaux de mobilisation des différents corps ou services, lesquels sont pour ces corps et services ce que le |)lan général est pour l'ensemble de l'armée, ne \w\\i être ninditié cpie ]iar le iniuislre seul, qui seul aussi peul, le moment venu, en prescrire la mise en œuvre.
Toute différente est la ronron/ration, qui consiste à transporter sur la base d'opérations les troupes mobilisées, et s'opère suivant un plan l'i^dureuscment secret dépendant des combinaisons stratégiques du grand état-major. « La concentration s'exécute ]iai' élénieuls distincts et non par corps d'armée, c'est-à-dire
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que pour éviter des mouvements inutiles, on ne concentre pas les corps d'armée avant de les porter à la frontière'. » L'état-major général établit donc, dans le temps de paix, un plan de transport, conséquence du plan de concentration, qui règle l'ordre et la composition des trains, leurs points de déi)art et d'arrivée, ainsi que l'horaire de leur marche; puis il distribue à chaque unité des fiches, qui ne doivent être ouvertes qu'à la mobilisation, et contiennent tous les renseignements nécessaires pour que cette unité puisse non seulement s'embarquer, mais arriver à destination. Là se réunissent les unités appartenant au même corps d'armée, et ceux-ci à leur tour se groupent en armées dont le nombre et la formation dépendent des dispositions arrêtées antérieurement.
Telle est la succession logique et obligatoire des opérations. Faute de s'y soumettre, on n'obtient que désordre, confusion et déboires. Les préliminaires de la guerre de 1870 en sont une preuve malheureusement trop concluante pour nous.
A cette époque, en effet, on semblait ne pas se rendre compte en France de l'absolue nécessité de séparer la mobilisation de la concentration. Les deux choses s'exécutaient à la fois, étaient confondues même, en sorte qu'elles se gênaient mutuellement : « Avant la guerre de 1870, en France, on appelait la première : passage sur le pied de guerre; la seconde : formation de f armée. Elles s'effectuaient simultanément près du théâtre d'opérations et, pour ainsi dire, à l'entrée des voies qui allaient servir de lignes d'opérations'. » C'était la plus sûre manière de les empêcher de réussir.
Examinons ce qui se passait. Aussitôt une guerre décidée, le ministre de la guerre envoyait télégraphiquemenf l'ordre de rappel des réserves aux trois autorités suivantes :
(iénéraux coinniandaiit le territoire,
Préfets,
Commandants de recrutement.
Ces derniers signaient alors les ordres d'appel individuels des réservistes, ordres établis d'avance, lors du passage de chaque classe dans la réserve, puis, les remettaient à la gendarmerie, chargée de les distribuer aux intéressés. Ceux-ci se rendaient alors, à la date fixée par l'ordre, au chef-lieu du département où ils étaient formés en détachements, puis dirigés par voies ferrées sur les dépôts de leurs corps respectifs. Là on les habillait, on les équipait, on les armait et on les envoyait enfin rejoindre les bataillons de guerre, là où ils se trouvaient.
Or, les dépôts n'étaient pas en général précisément rai)prochés de leurs régiments, car les trois quarts du temps c'était le hasard seul qui réglait la situation réciproque des deux portions d'un même corps. Ainsi, le 86' de ligne, en garnison à Lyon, avait son dépôt à Saint-iMalo ; en revanche, celui du 98°, stationné à Dunkerqup, était à Lyon; celui du 13^ à Hétliune, était à iiomans; celui du 10°,
1. Général Thoumas, Les Transformations, etc., tome II, page 55C).
2. Générai Derrùcagaix, La Guerre moderne, tome I'"', page 373.
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stationné à Sélif, au Puy, etc. En outre, les réservistes d'un même corps pouvaient être disséminés sur tous les points du territoire, puisque leur recrutement ne se faisait pas, ainsi que cela a lieu maintenant, dans la région même où se trouvaient leurs corps, mais bien sur toute l'étendue de l'empire, d'après le même principe que l'appel annuel des contingents; de sorte qu'un régiment en garnison à Lyon, par exemple, pouvait parfaitement avoir des réservistes à la fois dans le Nord, dans la Gironde, le Finistère et même beaucoup d'autres départements. On juge quelle perturbation devait fatalement accompagner ce croisement de trois ou quatre mille détachements, peut-être davantage, se promenant en tous sens sur les voies ferrées, se heurtant dans les gares aux éléments de l'armée déjà en route, au matériel et aux approvisionnements que les magasins expédiaient en hâte aux corps d'armée en voie de formation. L'indiscipline s'en mêlant, on voyait des hommes échapper à la surveillance des cadres de conduite, abandonner leurs détachements, errer autour des gares, et même demander l'aumône, quand leurs frais de route se trouvaient dissipés à boire. C'était un spectacle lamentable et navrant.
« Les hommes du 2° régiment de zouaves, dit à ce sujet M. le général Derrécagaix, en résidence dans le Nord par exemple, devaient se rendre à Marseille, de là à Oran, revenir à Marseille, puis rejoindre leur régiment dans l'Est et accomplir ainsi un parcours de "2,000 kilomètres en chemin de fer et deux traversées de trois jours, avant d'être à leur poste. La durée de leur voyage et les variations de leur effectif échappaient évidemment à toute prévision'. »
r Et M. le général Derrécagaix cite également cet autre fait, bien plus caractéristique encore :
« Le 18 juillet 1870, un détachement du oâ^^de ligne, parti de Lille pour rejoindre son régiment à Belfort, n'ariivait au dépôt à Gap que le 28, ayant cinq étapes à faire à pied ; n'en repartait qu'un raoië après, le 30 août ; était arrêté à Lyon, parce qu'on tie savait plus oùétait la portion principale; était dirigé sur Orléans dans les premiers jours d'octobre, pour concourir à la formation du 27° de marche, y arrivait le 11 et était forcé de se batire avant d'avoir même retroi^vé son nouveau drapeau. Parti le 18 juillet, il n'entrait en ligne que trois mois après, et pendant ce temps, le 53°, ani|ui'l il axail d'aliurd été destiné, avait déjà disparu dans la tourmente ■. )'
(Jiicis l'ésiiltals pouvait donner un système aussi (léfectueux, dans une guerre où la lutte devait avoir pour théâtre nos frontières mêmes, et par suite éclater avec une rapidité exclusive de tout correctif ultérieur? Il est trop évident qu'un décousu pareil^ opposé aux méthodes précises et rigoureuses de nos adversaires, nous menait droit à la défaite, i)arce qu'il nous'interdisait formellement d'attaquer. Or, comme on Ib'verra par là suite, une offensive^ hardie était la seule tactique qui présentât quelque chance de succès.
' Mais l'appel des réserves ne rci)rèsenlail ipi'iinc partie, r(MaIiv(Mueiil minime,