‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 34 sur 262 · I.A M OHl LIS AT ION · texte numérisé non relu

I.A M OHl LIS AT ION

Les troupes furent transportées à la frontière par les soins des deux Compagnies du Nord et de l'Est, et celle-ci, en particulier, dut accomplir de véritables tours de force pour mener à bien une opération aussi complexe, que venait encore entraver l'aftluence dans les gares des populations surexcitées. Elle utilisa les deux grandes lignes :

1° De Paris à Strasbourg, avec embranchement de P'rouai'd sur Met/.;

"2" De Paris à Mulhouse, Golmar et Strasbourg.

OuanI à la Compagnie du Xord, i-lle n'eut à employei- (jue la ligiu' de Pai'is à vSoissons, s'embranchant sur l'Est pour conduire à I^eims, Charleville et 'l'iiinnviile, et le réseau Lille, Douai, Valenciennes, Aulnoye, Charleville. Kniin, la CDinpaguie de Lyon utilisa la ligne de Besançon à Belfort.

Les transports commencèrent à Paris, le IG Juillel, à ô heures IT) nunules (hi soir : ils se continuèrent sans interrupti(Ui les jdurs suivants, à raison d'un nombre de trains qui monta jusqu'au nombre de 74 par jour.

« Les troupes étaient accompagnées d'une foule immense, ])oussnnl les cris : La Marseillaise! à Berlin .' el (|ui se préeipilait dans nos cours el jiisfpic sur nos ([uais. Malgré les efforts des orUcicrs, les soldais ([iii avaient à alteudrc peiidanl de longues heures le moment du dépai'l, étaient enli'aiiirs ihuis les eabarels du voisinage, et plusieurs ne regagnaient leurs rangs que dans un état d'ivresse des [)lus regrettables... Les officiers eurent même à constater des cas d'ivresse furieuse, et ils exprimèrent à plusieurs reprises l'opinion que des boissons spéciales avaient élé versées à leurs hommes... Nous eûmes également la preuve que des niuuilious avaient été dérobées à des soldats dans ces scènes de fraternisation rejioussaule. Ces scènes eurent lieu surtout à la gare de Paris... L'artillerie à Pantin, la Caide impériale et beaucoup de régiments de ligne à la Villelle, s'embanpièrent sans lu iiil, avec un calme et une dignité rpii remplissaient le c l'ur d'esiiéraiiee.

« Les effectifs étaient très variables d'un régiment à l'autre : tel réginu'iit, par exemple, s'embarquait avec 45 ol'liciers, 950 honunes et '.) chevaux; tel autre axce 65 officiers, 1,600 hommes et 11 eliexfMix. Ces régiments jiarlaient presque tous sans leurs bagages, qui les rejoignaient plus lard ou tentaient de les rejoindi-e

« Dès le troisième ou le ipiatrième joui', tout(!s les gares du réseau franeais ont été successivement encombrées de soldats isolés appartenant à tous les régiments de l'armée, groupés sons les ordres de quelques sous-ofliciers qui, sans autorité sur les détachements d'hommes inconnus qui leur étaieiil confiés, parlaient en laissant tout le long du chemin une partie de leurs lunuines égarés. Ces honnues nnt constitué de suite une masse flottante, vivant dans les buffets improvisés dans les gares par les soins et aux frais de personnes bienveillantes, et ne i<-trou\ant jamais leurs corps '. »

Quel tableau ! N'est-ce point là eoninie une scène de la dérouti- anticipée? Et cependant le remède eût été bien simple, puisqu'un iKunme, absolument étranger aux choses militaires, l'indiquait, jiar le seul effort d(^ son jugemeni :

1. E. .lAcgMi.N-, (liiecteur de la Comiiagiiie de l'Est, Les Cliruuns de fer pendant la (jucrre de 1870-71. Paris, Ha.'iiette, 1872, p. 113 et suivantes.

« Nous pensons, écrit .M. Jacqmin, qu'il eût l)eaucoup mieux valu former les régiments d'une manière complète, loin du théâtre de la guerre, et ne les lancer en avant qu'après les avoir pourvus de tout ce (pTils avaient à attendre d'hommes, de chevaux et de voitures '. »

C'est là, en effet, Imit le secret de la mobilisation, dont personne, en France, ne semblait alors se ihiuter !

Heureusement que la (loiupagiiie de l'P^st a\ait à sa tète un administrateur remarqualde, qui avec sa seule ingéniosité, aidé de l'admiraltle dévouement de ses agents, sut parer aux inextricaliles difticultés de la sitiuUion, et accomplir des miracles. En dix JDiirs, la ( lonipaL^nie l'ouriiit 'i\'^\ li'aius, et transporta à la fronlièiv 186,021) liniiiines, o-i.liO chevaux, ri.Ki'i canons ou voilures, ;)"25 wagons de uuuiitious. (l'etail plus que la Prusse eu ISlKi.

Si, à une époque où nulle mesure préxcutive u'etait pi'ise, oii il n'existait ni un hoi'aii'c. ui une tiche de transptu't, le personnel d'une compagine de chemins de fer a iroiivi' iliuis son patriotisme le moyen de répondre ainsi aux exigences d'une mobilisation liàlive et désordonnée, nous pouvons être rassurés sur l'avenir. ( lar, à l'heure actuelle, tout est préparé d'avance, tout est prévu : chaque unité possède, dès le tem])s de paix, sou Iraiu couslitue v[[ personnel et l'U malf'riel, et sait, le jour du départ, oii elle iloil s'euihai'ipicr et oii elle iliut arri\('r ; des slatious linltc-ve[MS assurere»nt la nourriture eu roule aussi bien aux liounncs ipiaux chc\aux ; des rauqx'S uiobiles permettroid, à défaut de (|uai, reudiarquenient et le déliar([uement sur n'importe ipii'l poiul irinio liL;ne. Kuliii, par une cnteide constante de l'état-majoi' el îles ( louipaLi'iiier-. tout peut être iii-o\ u (riixauce. Jusqu'au plus petit détail. Le trauspoi't (le nos foi'ces est donc Imijoiirs assuri'' el pi'él : (piant au diAduemeut doid les agents des eliemins de fer oui doinii' eu |S7(I des ])reu\es si ('clalaules, il est resté le méiue el n'a |iii> diiiiiinii' de|iins.

II. \u.\u;k Ai.i.KM wuk. — Tandis ipu; l'absence d une uudlioile rnliounelle stérilisait ainsi nos elTmis, la Prusse au contraire procédait à sa inobilisatiini avec un cidnie el \i\\v i'éi;ulaiile i|ui, opposi's an désarroi de l'cu-ganisation lraiii;aise. foi'uiaierd nu eoulrasle sini;iilier. Ici. tout était préparé de longue iniiin, régirmalliéinatiqneiuenl, el poiicliadleinen! exécuté, l'oiid de tiraillement, point d'iinpré\ il : c'esl inie mécaniipie parfailemenl (U'ganis('e (|ui loncli(UUie, après que les deux expériences de LSG-i et de iSiiC) ont fait adoucir, les frolleinents ipii pon\aieU| subsister encore, (l'esl, en un mol, le Irioinplic de rarilliiiK'liipie ap|ili(iuce a l'arl nnlitaire, el le succès complcl de la iiiacluiie iinai;in('e ]iar le gi'néral di' Hoon.

I^e 15 jiiillel dans la iinil, l'iu^drc de mobilisation clail laïu'é à la fois de l'x'iiin el t\r ( lai-lsrnlic - ; des la nialiiK'e iln lendeinain Ki, il était iiar\eiiuà Ions les

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