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était urgent de déjouer. On hâta donc la mobilisation des garnisonsdes provinces rhénanes et du Palatinat, et l'on constitua, dès le Ki juillet, un rideau dél'ensif dont la force accrue chaque jour atteignit vingt et un bataillons et seize escadrons par l'adjonction de deux régiments d'infanterie, deux bataillons de chasseurs, un régiment de chevau-légers, tous bavarois, qu'on expédia par voie ferrée avant même que leur mobilisation fût complètement achevée, et qui, sous le commandement du général de Bothmer, occupèrent la ligne Landau-Wissembourg : à l'abri de ses reconnaissances et de sa protection, les transports s'effectuèrent sur les derrières.
La I" armée n'avait rien à craindre : un de ses corps, le \Ul'\ formait précisément les troupes de couverture et se concentrait sur place ; l'autre, le VIP, tiré de la ^^'estphalie et des provinces rhénanes, fut débarqué un peu en avant de Trêves, et vint ensuite, par étapes, gagner la Sarre, de son confluent à Sarrebruck, couvert sur son aile droite par le territoire neutralisé du Luxembourg.
Mais la IP armée, dont les éléments provenaient des points les plus dispersés du territoire, ne pouvait débarquer à proximité des corps français établis en Lorraine sans courir le risque d'être assaillie par eux et désorganisée avant sa concentration. Pour y parer, l'état-major prussien décida que ses corps débarqueraient, non pas au delà, mais en deçà du Rhin, choisi comme ligne de défense; c'est, en effet, ce qui eut lieu au début '. Mais comme, dès le 28, l'immobilité persistante de nos forces, jointe aux nouveaux renseignements obtenus, démontrait clairement que tout danger d'une offensive française était écarté, les corps déjà débaniués et les deux divisions de cavalerie franchirent le Rhin pour se porter en avaul. (Juant au point de débarquement des corps encore en route, il fut également porté en avant sui- la rive gauche du fleuve, dont il ne sembla plus nécessaire de s'assurer la luntection. La IP armée, placée à cheval sur les roules et voies ferrées qui conduisent en Lorraine, fut ainsi groupée de Bingen à Mannheim, en passant par Alzey.
La IIP armée avait, pour se constituer, à rallier les contingents de l'Allemagne du Sud, et le Prince royal ne crut jias inutile d'aller en personne échauffer les enthousiasmes à Stutigard, Munich et Carlsruhe. Puis il revint le ;j() à Spire, où il apprit que les forces françaises réunies dans la basse Alsace étaient j)eu considérables, et insuffisantes, en tous les cas, pour entraver la coucentralion de son armé(^ dont deux corps seulement, le V^ et XP (prussiens"), se trou\ aient sur la rive gauche. Une reconnaissance exécutée le -2i, sur Tordre du ('(unuiandant d(> la division badoise, avait en effet, malgré son issue tragique, ]iu eonsiairi' le l'ail'". Le prince
1. On craignait si liien une inu|iliLH] ljinsi|iu' di' nus tronpcs, ipio, le 22 juillet, l'état-majoi' prussien faisait sauter une pile du ))iint de Kelil, cl |iri>|i;irrr l.i destruction (les voies ferrées donnant accès dans l'Alleinagne du Snd. D6s le 16, le gi-md-duc de H.idi' avait ordonné de replier la travée luoliile du pont de Kelil, do retirer les pontons du puni de liateaux, el de suspendi-e le service de la '.élégrapliie privée avec l'Alsace. Eu même temps, on snpprim.iil luus les Kacs existant sur le Rliiu, de Huniugue à Lauterbourg.
2. Le 21 juillet, le capitaine d'état-major wurtomhergeois comte Zeppelin, accompagne de trois officiers de dragons liadois et de trois dragons bien montés, francliit la frontière à Lanterliourg et explora le tei'rain sur une distance de 18 kilomètres environ, jusqu'auprès de Niederhronu, où se ti-ouvait le général de Beinis avec le 12" chasseurs. Le lendemain, )>cndant la marche de retour, le petit détachement étant entré dans une auberge de Schirlendorf ])our se reposer, fut surpris par une
s'occupa aussitôt de porter sur la rive gauche ce qui restait de troupes de l'autre côté du lleuve, et, le 3 août, ropération était terminée. La IIP armée, groupée sur la ligne Landau-Spire-Germerslieim, occupait les roules d'accès du département du Bas-Rhin.
Cette date du 3 août est celle où furent définitivement constituées les armées allemandes. Les transports stratégiques prirent lin ce jour-là, et dès lors les forces dont pouvait disposer le roi de Prusse se montèivut au chinrc éuornic de 510,(>70 hommes, 15"2,()00 chevaux et l,-20() pièces de raiion de campagne. Les renforls qui allaient bientôt s'y joindre encore, par suite de l'échec de nos opérations maritimes sur les côtes allemandes, devaient porter celte masse déjà si importante à im effectif que jamais armée d'une nation civilisée n'avait atteint jusqu'alors'. En attendant, elle était judicieusement disposée de manière à ne plus redouter l'offensive française, si, chose invraisemblable, celle-ci se priKhiisait encore. Son aile droite appuyée à la Sarre, son aile gauche au Rliin, snii centre légèrement en arrière, et tous les corps assez rapprochés pour se prêter, le cas échéant, im appui mutuel, elle se disposait maintenant à aborder hardiment la frontière, et à attaquer en détail nos forces disséminées en un tnip mince cordon.
Dans l'après-midi du 31 juillet, le roi de Prusse, accompagné du grand ipuu'tier général, quittait, aux acclamations de la foule, la gare de Berlin, et le -2 au matin, débarquait à Mayence. Mais avant île quitter sa capitale, il a\ait tenu à ratlaclier par un lien sensible et apparent celte lutte ([ui allait s'ouvrir contre k Yantiquc ennemi y>, avec la guerre dite de rindi'pendanee. dont « elle rappelait les plus graves souvenirs' ». Dans ce Imt, il lit revivre l'oi'dre ili' la k Cz-a/x ilc fer >^ institué jiar .son père Frédéric-Guillaume 1\" eu laveur des militaires (|ui avaient pris |)arl aux campagnes de 1S13 et 1S14, et décida ([u'à côte de ces dates, la décoration porterait désormais celle de 1870. En même temps, il proclanuiit en Piiisse une anuiistie générale pour les crimes et délits i)olitiques ', et adressai! le -2.") jnillet k im peuple allemand 1) une proclamation caractéristique, dans hnjnidle l'unité allemande était considérée comme un fait accompli'. Puis, le i août, il lançait à ses soldats l'ordre du jour suivant :
paU'ouille commandée parle lieutenant .de Ctiabol et entoure : le lieutenant de Winsloe lut lue, le reste fait prisonnier, et le capitaine Zeppelin put seul s'échapper grâce à la vigueur de son cheval. Le résultat chei-ché n'en était pas moins obtenu, puisque le capitaine Zeppelin rendait compte quelques heures après au général de Beyor qu'au<-une con<-entratlon de troupes ne s'effectuait entre Lauterbourg et Wœrth.
1. Pour assurer la subsistance de tant de monde, l'état-inajor avait, dès la fin de juillet, rassemblé dans les places du Rhin des approvisionnements pour sept corps d'année et pour six semaines. En outre, chaque district de corps d'armée fut approvisionné en vivres pour six semaines également; et à mesure que les régiments montaient en wagon, on leur distribuait une partie de ces vivres. Ces précautions n'étaient pas inutiles, les ressources locales, c'est-à-dire colles des pays où s'effectuait lacon.-enlration, ne devant pas fournir plus de dix jours de vivres, au dire des intendants allemands.