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2. Ces domiéos, cxU'aitos d'mi (lociiiiicnt iinijriiiu' en 18(18, ont été l'fpradiiilps \\\\v les généraux Derrécagaix et Lcwal. M. le général Tiiuuiuas, dans son ouviago des TranHfurmattons de Varniùe
Combattants
Celait un total de 435,0(30 hommes, et de plus de 1-20,000 chevaux, qu'on n'aurait d'ailleurs réunis que très difficilement. On a vu comment, au dernier moment, cette répartition fut abandonnée.
En même temps, le général Frossard, aide de camp de l'Empereur et gouverneur du prince impérial, recevait la mission d'opérer sur la frontière une grande reconnaissance, et d'établir un plan de campagne qui pouvait être offensif ou
défensif.
Or le général Frossard, qui sortait de l'arme du génie, était tout natmx'lleuient porté par sa spécialité à s'exagérer un peu le rôle actif des fortifications, et à subordonner peut-être l'ampleur ou l'élasticité des mouvements stratégiques au bénéfice très relatif d'occuper des positions avantageuses, (^ette tendance se manifeste dès les premières lignes de son rapport. Jetant un regard alarmé sur l'état de noti'c frontière « restée telle que l'avaient mise les événements de 1815 et les traités de Vienne », considérant au surplus que la Prusse allait disposer de toutes les places fortes fédérales étalilies contre nous et attriliuées jusqu'en 1866 à des puissances négligeables, il en concluait que « cette ceinture de fer qui nous étreignait devait peser sur nous d'un poids plus lourd ». Cette crainte, on peut bien le dire, itarait excessive, étant données la valeur de la plupart de ces places et la possibilité de les tourner par une irruption brusque dans le grand-duché de Bade et la vallée de Main.
Mais où le général faisait preuve d'une clairvoyance peu comnume et d'une entente très exacte de l'esprit d'offensive qui animait l'état-major allemand, c'est quand il supposait que l'ennemi, « résolu à prendre position dès le délnit, viendrait avec ses corps tout organisés s'établir sur les bases actives et fortifiées qu'il possède devant nos frontières, c'est-à-dire devant la basse Alsace et sur le front et le flanc de la Lorraine, jiour tenter immédiatement l'invasion de notre
pays ».
Là en eflel était le danger et ce n'était pas trop pour y parer d'opérer une diversion puissante, comme l'indiquait le général, au moyen d'une vigoureuse offensive, « en passant le Pvhin à Neuf-Brisach et à Huningue, et en cherchant à' séparer les États du Sud de ceux du Nord ». Cette niissidu aurait iuoumlié à rai'nu''e du Rhin ou armée d'Alsace, la 2'= du plan du maréchal Nicl.
Mais il était nécessaire en même temjis de limiter l'invasion en Loi'iaine et dans la basse Alsace; et c'est ici qu'apparaissait cette série de positions défensives et de lignes de retraite dont l'occupation successive devait, suivant le plan de campagne, avoir des résultats décisifs. C'était d'ajjord, pour la basse Alsace, la ligne de la Lauter, destinée d'ailleurs à être abandonnée presque tout de suite si des forces supérieures faisaient mine de l'attaquei'.
française, en cloniie de logOrcincnl dlfïéroiilos, hasôcs sur re projet iiuniuscril qu'il :i imi culiv les mains. C'est ainsi que, d'après lui, la romposition des corps d'aimcc n'était pas uniforme, non plus que celle des divisions de eavalcrie. La Garde entrait dans la composition de la deuxième aruu'e. Enfin, aucune artillerie n'était prévue pour les corps de réserve, toutes les liatlcries attelées étant absorbées par les trois armées de campagne. Ces questions ne sauraient d'ailleurs avoir qu'un intérêt documentaire, puisque aucune des deux comliinaisons n'a été maintenue au moment décisif.
a Dans la basse Alsace, disait le documenl, en question, l'ennemi aura pour base Landau et Germersheim ; sa droite s'étendra jusqu'à Pirmasens, au moyen d'un corps qui le reliera avec son armée de la Sarre. Il atta(iuera par les montai;nes, entre Bitche et \\'issembourg, et par la plaine, entre Wissembourg- et le lîhin. ..
(1 était impossilde de prévoir avec plus d'exactitude les évéïieinciits, et le {général Frussard montrait là une sagacité véritablement prophétique, tpii allait même jusqu'à prédire à quelques milliers d'hommes près l'effectif des armées prussiennes. L'armée d'Alsace était en conséquence invitée à venir se former derrière le petit ruisseau de la Sauerbach.
« Une fois établie sur la rive droite de ce cours d'eau, il lui fallait occuper la belle position de Wœrth qui, se développant sur une crête de 9 à 10 kilomètres, avait pour point de résistance Frœschwiller et Wcin-th, où il faudrait élever cpielqups ouvrages de campagne, notamment sur la rive gauche, près du village de Gunstett. »
Quanta l'armée de Lorraine, elle avait aussi sa belle position, (l'était « le plateau entre Sarreguemines et Saint-Avold, où se développe une ligne de bataille de 12 à 13 kilomètres... Le centre s'étendrait entre Rouhling et C.adenbi'onn, point culminant du plateau. La gauche, qui maîtriserait le chemin de fer et la route, devrait avoir un poste avancé à Forbach, et détacher une division à Saint-Avold. afin d'empêcher un mouvement tournant des troupes ennemies venant de Sarrelouis. »
Or, ce fut au général Frossard lui-même (princomba, par une cruelK' ironie du sort, la mission de protéger la Lorraine au mois d'août 1870. Mais, alors, personne ne songeait plus au fameux plan de campagne. Le général dut s'établir en avant de l'orbach, et c'est là que, forcé par les événements, il re(;ut le eiioc de rennemi, tamlis qu'à (piehjues kilomètres derrière lui s'étendait, toujours inviulable, mais \ierge de défenseurs, la position tant vantée de (ladeubronn.
C'est que la guerre, avec ses nécessités iui[)ératives et bi'uiales, ne ]jermet pas toujours de se battre là où on le voudrait. « Ailaipiez l'ennemi partout où vous le rencontrerez », disaient les ordres de M. de Moilke, montrant ainsi (pie si le terrain peut présenter des avantages au point de vue des combinaisons tactiques et des opérations de détail, il ne doit entrer pour rien dans la direeliou générale d'une campagne, oi'i l'on ne vise (pi'un seul biil : rennmlrer l'ennemi el le baltre. Au surplus, garder une position, si belle qu'elle soit, ne sert à rien; ce (pi'il faut, c'est chasser l'ennemi de celles qu'il détient, et pour cela il l'aul rallaiiuer. L'offensive seule est féconde, et c'est une grave erreur de croire qu'en s'inumibilisant derrière des murailles ou sur des hauteurs réputées imprenables, on oblit-ndra ce résultat détinitif à la guerre, (pii est de forcer l'ennemi à .s'avouer vaincu.
C'est en cela que le plan du généi'al Frossard, malgré toute son ingéniosité et sa remarquable clairvoyance, exerça sur les opérations une action fâcheuse, parce qu'il propagea cette idée absolument fausse qu'avec de bonnes positions on peut suppléer à tout. De bonnes positions, il n'en existe pas contre un adversaire résolu
116 PREMIÈRES OPÉRATIONS — SARREBRICK
à les prendre, et le général Frossard lui-même devait, un des premiers, en faire à Spicheren la cruelle expérience. « A la rigueur, une armée peut vaincre un ennemi numériquement inférieur ou tout au plus égal à elle en se contentant de repousser ses attaques successives, en épuisant ses forces, en l'obligeant à une retraite que la poursuite rendra désastreuse \ Mais contre un adversaire qui, pouvant incessamment renouveler ses colonnes d'assaut, finira toujours par aborder avec des troupes fraîches les lignes de défense brisées par l'énergie même d'une résistance prolongée, une armée qui se borne à se défendre est condamnée d'avance à l'écrasement -. »
D'ailleurs, la pensée du général Frossard se localisait tellement dans les projets drfensifs, qu'elle s'ingéniait surlnuf à prévoir les lignes de retraile que devrait suivre l'armée de Lorraine, en cas d'insuccès. C'était d'abord la ligne de la Seille, avec Metz comme point d'appui. Puis, si la fortune se montrait encore une fois contraire à nos armes, c'était Lunéville (|u"ii fallait gagner, et enfin Langres, où viendraient aussi s'établir les troupes en retraite de la haute Alsace, après avoir passé par Belfort et Lure. Langres, camp retranché et nœud important de chemins de fer, devenait ainsi le centre de résistance de tout le pays.
Certes, une fois admise la nécessité de renoncer à l'offensive, ce plan était préférable à celui qui a été suivi, si tant est qu'on puisse attribuer à un \)Và\\ (jiielconque les mouvements décousus qui ont suivi les défaites de Frœschwiller et de Spicheren. Il est douteux cependant qu'il nous eût assuré le succès définitif, parce qu'il se basait sur cette théorie dont les événements ont démontré le danger redoutable : « que les camps retranchés sont faits pour recueillir les armées . qui ne peuvent plus tenir la campagne. » L'auteur de cet aphorisme, si contraire au principe même de la guerre, qui est l'activité, était le général belge Brialmont, lequel l'avait émis en 1867. Il ne pouvait guère se douter à cette époque qu'il préparait ainsi les désastreuses capitulations de Metz, de Paris et de Plewna, après lesquelles, il faut bien l'espérer, une armée ne commettra plus jamais la faute d'aller s'enfermer dans le périmètre d'une place forte, pour être assurée d'y mourir de faim !
(Juoi qu'il en soit, le plan du général Frossard était accepté en principe, quand survint, dans riiixci' de 1868, un événement qui le fit momentanément abandonner. L'archiduc Allicrl d' Autriehe, le vainqueur de Custo/.za ■', \enait d'arriver à Paris, où il était l'iiùtc fêté des Tuileries, et passait en conférences avec l'Empereur et le ministre de la guerre le temps que lui laissaient libre les revues données en son honneur, ou la visite des écoles et des établisseincnls niilitairc's. On était loin de supposer à cette date que l'Autriche, oublieuse des douleurs de Saddwa, eu viendrait bientôt à former avec son vainqueur détesté une alliance étroite, ci Inn pensait au contraire (jue, la guerre éclatant entre la Prusse el la l''i'aiu'e, elle serai! trop heureuse de joindre ses trou[)es aux nôtres pour tirer de son affront récent une
1. Pour cela, il faut reprendre l'olïensive à un ninnii'iii donné. C'est préc-isoiupui rc (pii' lo plan de 'ampagne avait omis de i)ré(:iser.
;'. Général Tiioumas, Causeries militaires, 3° série. Paris, Pion, 1891, page 235.
3. L'arcliiduc Alliert, rcld-niaroclial et commandant en cliet' de-l'arméo antricliieinie, est li' lils de l'arcliiduo Charles, le célôbrc adversaire de Moreau, de Jourdan et de Napoléon.
PREMIERES OPERATIONS — SARRERRUCK 117
revanche éclatante. On s'empressa donc de proliti>r de la prùseiicc du chef de Tarmée autrichienne pour étudier avec lui une comhinaison nouvelle, et voici celle à laquelle on s'arrêta :
Les troupes françaises, partagées en deux masses, devaient prendre une offensive vigoureuse seize jours après la déclaration de guerre; ime armée franchirait le Rhin à Strasbourg et se jetterait entre les États du Xord et ceux du Sud, tandis ([ue l'autre bousculerait les Prussiens sur la Sarre. La jonction avec l(>s forces autrichiennes s'effectuerait vers Nuremberg, et de là ou pénétrerait eu Prusse par la même route que Napoléon avait suivie en ISOG. Eniin un corps de (lél)ar([uemenl serait jeté sur les eûtes de la Halliciuc.
Pour que ce plan présentât des chances de succès, il fallait deux clinscs ; d'abord ([ue la mobilisation française s'effectuât en quinze jours, cl ensuite (pic l'Aiilriche se déclarât franchement pour nous dès le di'lml des lioslililés. Or, aucune ilc ces deux éventualités ne devait el ne peuvail se iiruduire: imlre lU'j^auisaliDn li-ii|i iiieumjilète ne se prèlail imlleineul à une aclinii aussi l'apide, el d'aulre pai'l l'Aulrielie, [leu soucieuse d'ajouter une nouvelle page à l'histoire volumineuse de ses désastres, attendait, pour prendre parti, que nos armes eussent déjà triomphé. Les malheureux débuts de la campagne vinrent très rapidement la tirer d'indécision, et, dès lors, elle jugea prudent de mettre mie sourdine à ses idées di' revanche, (|ui devaient bientôt faire place à une politique dirij^ée dans un sens dianiélraleiuenl op|)osé.
L'empereur Napoléon ne faisait d'ailleurs que méiliocrement foi sur l'éventualité d'un concours efficace de la part de l'Autriche, et lorsque la guerre cul été 'décidée, il adopta purement et simplement une combinaison projt'Iée au mois de mai 1870, et empruntée en partie seulement au plan d'opérations du génénd FrOssard'. Il s'agissait de former trois armées: l'une à Strasbourg, <pii passerait le Rhin, toujours pour séparer l'Allemagne du Sud de celle du Xoid : l'autre à Metz, destinée à suivre et à appuyer la première; enlin une année de réserve à (Ihàlons, pour se porter de là sur Metz ou sur Nancy, el inano'iivrer suivant les ciicoiistances. Un débarquement sur les côtes de la mer Rallicpie élail egalenicid, prévu dans ce dernier projet. « On (>spérait ainsi, eu s'emparani de la ligne iiUérieure entre le nord et le sud de rAlleinagne, conli'aiudre les Liais du Sud à la neuli'alili', puis, l)ar un premier succès, vaincre les liésilations, si elles ont exisié ivellenieul, de l'Aulrielie et de l'Italie à s'allier avec la l'^rance '. »
Vax présence du dés(U'(lre qui régnail dans les li'iuisporls, l'I a\ee loul ce qui nian({uait encore à l'ai^mèe française, ce iirojet èlail singidiéreiuenl hasai'deux. L'Empereur dut s'en convaincre bien vite, car, axant même de (piillei' Paris, il renonçait au fractionncmenl des forces; nos sept coips élaient désoi'uiais groupés en Une armée luiiiiue, dénommée armée du Rhin: seulement le souvei'ain, (|ui en prenait le commandement en chef, se réservait de réunii-, le cas échéani, plusieurs corps sous les ordres d'un des maréchaux. Cette décisiiui imprévue pouvait faire
1. Le maiéi-hal Lo Bœuf, dans sa dé|jositii)ii dcvaiil la Comminsion d'cnquéle sur le 1 nc/tieinbre, a exposé cette coinljinaiscm en détail (tome I'', jiage 51).
2. Colonel C.wongiî, Histoire militaire contemporaine, tome II, i)a^'o 39.
supposer (lu'on A-oulait pénétrer en Allemagne en une seule masse, assez dense pour agir comme un coin el disloquer d'un coup les deux tronçons de l'unité germanique encore indécise. Mais, pour cela, il eût fallu rapprocher les uns des autres les points de concentration déjà assignés à chaque corps d'armée, et on ne le pouvait guère, sans indiquer clairement à l'ennemi la direction de l'attaque et compromettre l'arrivée des réserves et des approvisionnements. On garda donc ceux qu'on occupait, en sorte que notre base de concentration définitive se trouva être une ligne de plus de 200 kilomètres, qui courait parallèlement à la frontière, de Sierck à Belfort, et sur laquelle nos corps, plus ou moins incomplets, étaient égrenés par paquets, sans lien entre eux, et hors d'état de se soutenir mutuellement. L'armée du Rhin formait donc non pas la masse qu'on eût souhaitée, mais un long et mince cordon que l'absence de toute réserve en arrière privait de consistance et de force défensive, et que son mau(|iie de profondeur exposait à être percé à la première attaque de l'ennemi.
Le grand quartier général aurait éprouvé d'ailleurs ([uelque difficulté à changer à ce moment les dispositions déjà prises, puisqu'il ne connaissait même pas exactement l'emplacement actuel de toutes les unités. Le télégramme suivant, adressé le 27 juillet par le maréchal Le Bœuf au général Félix Douay, ne laisse subsister aucun doute à cet égard :
« Oîi en êtes-vous de votre formation? Où sont vos cliviswns? L'Empereur vous recommande d'en hâter la formation pour être en mesure de rallier Mac-Mahon, le plus promptement possible, dans le département du Bas-Rhin. »
Et comme le général Douay répondait en demandant qu'on lui expédiai ce qui lui était nécessaire, le major général télégraphiait encore le 28 :
« Il n'y a à Metz aucun détachement du train, aucune ressourt'c en effets de (■am])ement qui puisse être mise à votre disposition. Vous avez liicn l'ail de vous adresser à Paris; renouvelez votre demande. »
Ce n'était pas seulement le train qui manquait; c'était aussi le riz, le café, l'eau-dc-vie, l'aNiiine. Aucun approvisioimement n'exislail eucore, vt si l'artillerie possédait des projectiles, c'est parce f|U(> le maréchal N'iel avait disposé de 3 ou 4 millions restant du crédit de 200 millions alloués ]ioin' la trausl'onuiitiou de l'armement. « Sans cette ressource, dit M. le général Thoumas, il eùl rie absolument ini|)ossible de faire la guerre en 1S70. « Plût à Dieu (|u"elle n'eùl pas existé, et (|u'on eût été forcé de renoncer à la lutte l'aille de unuiitious!
dépendant l'Empereur et le nuijor général songeaient encore, malgré tout, à jjrendre l'offensive, et ils attendaient à Metz, avec une imjiatience non dissimulée, l'arrivée de tout ce i[ui leui- inain|iiail. Eu ])i'oi(' ai:\ illusious les plus complètes sur la durée de la uioliilisation allciuanilc, ils rc'claniaicul axcc iusistaïu'e l'envoi du jtai'c de siège desliué au siège de ( iolileiil/. ' Sur leurs oi'ilres réitérés, le ministère se décida enlin à en faii'c rexpéditioii, et tout ce iiial(Tiel, parfaileuieul iuutil(> d'ailleurs, ne servit qu'à augmenter le butin des Alleniauds ' !
1. Gùiiéral TiioiMvs, Les Tiam^Jorinatioits de l'armrc fran{-aisc, tuiuc V', page .^.^r^ Voici, (l'jiiitic
PREMIERES OI'ERATIU.NS — SARRERUICK 119
Mais bientôt il fallut .se rendre à Févidence. Le l^' août, nous n'avions que cinq corps et la Garde en état de marcher, tandis que les Allemands se présentaient déjà en masses imposantes à Trêves, à Mannheim et Kaiserslautern, enfin à Landau et Germersheim. Toute idée d'offensive devait être abandonnée, et force était de se résigner à la défense du territoire, que la disposition défectueuse de nos corps d'armée rendait particulièremenl difficile et grosse de ])érils menaçants. Alors tout le monde perdit la tète; à la série des ])lans confus dont nous avons vu la conception successive succéda une incohérence déplorable ijui priva l'armée française de toute direction rationnelle et de toute idée nette de la situation, i/affolement s'empara du grand quartier général, et le commandeinciil fui frappé (Tuiie slu|(eur telle qu'il négligea même d'utiliser les [Si. escadrons ([ui se trouvaient en Lorraine, et les 10,000 chevaux dont disposait le maréchal de Mac-Mahon, pour les lancer de l'avant, couper les chemins de fer et les télégraphes ennemis, ou tout au moins cherchera savoir ce que faisait l'adversaire, dont on ne sou])(;onnait ni les projets ni les mouvements. Le major général lanrail des instructions d'une naïveté prodigieuse : « Montrez votre cavalerie, écrivail-il au général Fi'ussnrd. 1! faut qu'elle s'éclaire au loin sur toute la ligne de la Sarre; i[u'elle ne craigne pas de s'avancer partout au delà de la frontière, en pveimnt les prêcaiitiuns de priidcnco nécessaires. Que ses commandants vous adressent des rapports sur ce qui/s auront reconnu. Rendez-moi compte. « Enlin, pour faire quelque chose, on se décida le '•2 août à la démonstration puérile de Sarrebruck, dont il sera ])arlé tout à l'heure, et dans laquelle trois divisions françaises se déployèrent contre trois lialaillons prussiens !
H. Phojets d'opérations allemamis. — Pendant ce tenq)s, (pie'faisait l'ennemi ' Calme et sûr de sa force, il poursuivait iiiini|uillement le développement d'im plan mûrement réfléchi, longuement étudié, et si minutieusemi^it [tréparé que rien n'y était abandonné aux surprises du hasard.
Ge plan, œuvre du général de Moltke, avait été élaboré pendant l'hiver de [S68- IXOÎ), d'après les idées déjà anciennes qui avaient cours dans l'état-major prussien au sujet d'une guerre avec la France, et que Glausewilz, le fameux chef d'étal-major de Hliicher, passait pour avoir émises le premier. En effet, à peine les luttes s;uiglantes soutenues par la Sainte-Alliance étaient-elles terminées, ipie déjà le parti militaire prussien s'occupait d'étudier pour son compte les moyens d'envahir encore
part, 1-0 quo lo major générai écrivait, le 1" août, au général Dejoan, iniiiistic do la guerre par intérim :
« Ayez soin que l'artillerie forme promptenient des éiiuipagcs de siège à Met/, et à Strasbourg.
c. Après le départ de l'armée, continuez à bonder Metz et Strasbourg, points capitaux de notre base d'opérations. Ne négligez pas Bitclie qui peut devenir un. point do ravitaillement secondaire important, si nous opérons dans la Bavière rbénane. II est prol)able que le maréchal Cani'obert, avec ses trois divisions de Soissons et de Chàlons, sera appelé prochainement à occuper la frontière, avec son quartier général à Saint-Avold. L'Empereur désire appeler Douay le plus tôt possible dans la basse Alsace, avec son quartier général à Strasbourg, Mac-Mahon portant le sien à Haguenau. En résumé, hàtons-nous, car les renseignements que je reçois indiquent, étiez l'ennemi, des dispositions à l'offensive bien qu'il soit loin d'être prêt. »
une fois la France alin de « marcher à la conquête de nouveaux territoires' », et désignait Paris comme ro])Jeclif détinitif à atteindre. Ces projets, qui tournaient à l'oi)session, hantaient à ce point les cerveaux allemands qu'on les retrouve, développés et considérablement augmentés, dans une étude publiée en 1800 par le général de Hartmann, le même qui commandait pendant la guerre le IP corps de l'armée bavaroise, et enfin dans un travail établi plus tard par un officier du grand état-major prussien, le lieutenant-cnhuiel Meyer. M. de Moltke avait donc à sa disposition des éléments précieux, dont il usa largement. Il codifia en un plan uniipie les diverses combinaisons déjà proposées par ses prédécesseurs, et leur imprima le cachet de régularité et de méthodisme qu'était le fond de son tempérament personnel. Mais l'œuvre la plus remarquable de l'état-major prussien fut incontestablement l'établissement des travaux préparatoires de toute nature qui devaient assurer l'exécution de ce plan. Taldeaux de marche, tal)leaux de transport, organisation de la base de concentration, tableaux de mouvements des vivres et du matériel, tout se trouva constitué avec une précision telle et une telle rigueur de prévision, que lorsque le roi, revenu le 10 juillet d'Ems à Berlin, eut donné son approbation à l'œuvre de M. de Moltke, il ne resta plus, poiu' l'exécuter, qu'à inscrire sur les ordres de mouvements la date du premier jour de la mobilisation". Combien nous étions encore loin, hélas! d'une perfection pareille, et comment l'Empereur et son major général pouvaient-ils se faire l'illusion de croire qu'avec leurs improvisations désordonnées, ils réussiraient à la paralyser?
Le mémoire du général de Moltke assignait comme premier objectif aux opérations « de rechercher la principale armée ennemie et de l'attaquer là où un la trouverait ». Pour cela, il fallait évidemment disposer de forces supérieures, el le cher d'état-major établissait, par des chiffres positifs, que cette supériorilé, dès le début, n'était pas douteuse, surtout si l'on s'assurait de la coopération des Etats du Sud. Partant de cette base, il indiquait comme but à atteindre ensuite la séparation des forces françaises de leur (-(unnuinicatiou avec Paris, el leur refoulement vers le Nord. Si une défensive vigoureuse se dessinait de notre part, il ne considérait pas les forces de l'Allemagne du Nord comme pouvant être prêtes à temps pour s'y opposer, mais il recommandait de se concentrer sur le Rhin moyen, de façon à menacer immédiatemeiil le flanc de nos troupes engagées dans la vallée de Main. Examinant ensuite en détail le théâtre de la guerre future, le réseau des chemins de fer existant des deux côtés et les moyens dont disposaient les deux adversaires, il écrivait ces lignes caractéristi(pu's :
« Un seul ])oint reste donc en (|ueslion, c'est de savoir si nous })Ouvons, sans courir le risque d'être dérangés dans notre première concentration, l'effectuer au delà du Rhin, dans le Palatinat et dans le voisinage immédiat de la frontière française. Dans mon opinion, cette question dnil èii'c r('sniiic par : dui !
« Noire mobilisation est préparée jnsi(U(' (\;\u>. >^f> ilcruicrs détails. Nous dispo-