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La Guerre franco-allemande, tome I", page

SULDATïi DE LlNFANTIiRIE BAVAROISE

COMbATTANT»

sons de six lignes ferrées pour nous transporter dans la région comprise entre Rhin et Moselle; les tableaux de transport sont prêts et permettent à chaque corps de troupe de connaître le jour et l'heure de son embarquement et de son arrivée. Dès le dixième jour, les premiers détachements peuvent débarquer non loin de la frontière française; le treizième jour, l'effectif combattant des deux corps d'armée

■ s'y trouvera réuni. Au dix-huitième jour, le chiffre de nos forces s'élèvera à 300,000 hommes, et le vingtième jour enfin, cette masse sera pourvue de la presque totalité de ses voitures.

' « Nous sommes loin d'avoir aucun motif d'admettre que l'armée française puisse apporter plus de rapidité à se concentrer en état de mobilisation : l'opération n'a d'ailleurs jamais été essayée jusqu'à présent.... »

Toutefois, comme avec les troupes de leurs garnisons frontières les Français pourraient peut-être réunir 150,000 hommes environ en Lorraine\ et se jeter immédiatement sur Sarrelouis, le général de Moltke prévoyait que, dans ce cas, il serait nécessaire d'arrêter les transports sur la ligne même du Rhin, et de débarquer là les troupes qui formeraient bientôt une masse forte de près du double, et capable de reprendre l'offensive contre les Français en marche dans le Palatinat. On a vu que la crainte d'une irruption subite, que permettait de supposer la concentration de nos forces non encore mobilisées, avait fait adopter momentanément cette solution pour une partie des corps de la IV armée.

Venait ensuite une étude du groupement des troupes allemandes en trois armées, et des dispositions à prendre pour s'assurer la possession des points de concentration choisis. Les différentes éventualités qui pouvaient se produire, d'après les mouvements de l'armée française, étaient successivement examinées. On comptait,

'pour suivre ceux-ci dans tous leurs détails, sur la perspicacité de la cavalerie allemande, dont quatre divisions, appuyées au besoin par de l'infanterie, devaient être lancées en avant. Enfin le mémoire envisageait la nécessité de défendre les côtes de la mer du Nord et de la Baltique, qui ne pouvaient, disait-il, être menacées que dans la période de début immédiat de la guerre, « car ces entreprises lointaines s'interdiront d'elles-mêmes aussitôt que nous serons entrés sur le territoire français. » Pour y parer, un effectif de près de 120,000 hommes était, nous l'avons déjà vu, laissé à la disposition du général Vogel de Falkenstein.

Tel est, succinctement résumé et réduit à ses grandes lignes, le célèbre projet d'opérations auquel M. de Moltke a dû la consécration de sa renommée et les Allemands leurs succès sans précédent. Il consistait, eh dernière analyse, à prendre l'offensive dès que les trois armées seraient constituées, c'est-à-dire dans les premiers jours d'août, en partant d'une base donnée par le cours du Rhin moyen, de Coblentz à Germershcim ; à aborder à la fois la Sarre et la Lauter, pour séparer les troupes d'Alsace du gros des forces françaises, puis à exéculor ensuite avec

1. M. le général Derrécagaix assure que l'état-major prussien savait, par des indiscrétions dont la source n'a pas été connue, que l'empereur Napoléon III et le maréchal Niel avaient étudié secrètement le moyen de rassembler 150,000 hommes à Metz le huitième jour. (La Guerre moderne, tome I", page 344.)

PREMIERES OPERATIONS — SARREBRUCK l'23

les I" et II' armées un grand mouvement concentrique vers l'ouest, la F* armée servant de pivot, de façon à acculer bientôt l'adversaire soit à la frontière belge, soit à la place de Metz, soit même à la mer, suivant les éventualités.

Poursuivie avec une ponctualité rigoureuse, l'exécution de ce plan ne subit, du fait des Allemands, que des modifications sans grande importance, et imposées parla marche des événements. ^lais le mémoire ne prévoyait pas, et il ne pouvait pas prévoir, qu'après l'anéantissement de nos forces à Metz et à Sedan, de nouvelles armées se lèveraient en France pour disputer à l'invasion ce qui restait du sol de la patrie ; que Paris, sans autre ressource que les débris de nos régiments et des troupes improvisées, résisterait cinq mois durant aux horreurs du blocus; qu'entin il faudrait aller chercher jusqu'au cœur même de la France une paix qu'on croyait bien pouvoir imposer sans tant d'efforts. Aussi les opérations de la deuxième partie de la guerre ne découlent-elles pas; comme celles de la première, d'une préparation minutieuse et exacte, et l'état-major allemand a-t-il dû plusieurs fois regretter d'en être alors réduit à ses seules inspirations. Est-ce pour attester de leur fécondité qu'il semble se défendre d'avoir trop aveuglément suivi les instructions du fameux mémoire, et ne lui attribuer qu'une portée limitée aux premiers engagements? Toujours est-il que pour ([ui a suivi attentivement les dévelo[ipements de la campagne, jusques et y compris la chute de Metz, et a pu constater l'étroite conformité qui les enchaîne aux prévisions de M. de Moltke, il parait assez étrange de lire dans la relation écrite par le grand état-major prussien les phrases que voici :

« Il n'est pas possible d'arrêter avec quelque certitude un plan d'opérations au delà de la première rencontre avec le gros des forces de l'adversaire. Un homme étranger à toute notion d'art militaire croit seul voir, dans le développement d'une campagne, l'exécution d'un plan arrêté dès le principe dans tous ses détails et lidèlement suivi jusqu'à la fin. Assurément un chef d'armée a toujours devant les yeux le but essentiel qu'il poursuit ; les diverses alternatives ne le lui font pas perdre de vue ; mais il ne peut jamais préciser à l'avance, d'une manière certaine, les voies par lesquelles il compte l'atteindre. »

Si cependant semblable précision a existé quehfue part, c'est assurément dans l'œuvre de M. de Moltke et dans les mouvements stratégiques qui en ont été la conséquence. Mais il est nécessaire d'ajouter aussi que jamais chef d'armée n a été favorisé par une pareille infériorité de l'adversaire, tant au point de vue des forces qu'à celui du matériel, de l'instruction, de l'artillerie et de la préparation générale. C'est là un point essentiel, que l'histoire, quand elle iixera la part de renommée qui doit revenir délinitivement au célèbre major général des armées allemandes, n'aura garde d'oublier.

III. Premiers mouvements de troupes. — Jusqu'au "28 juillet, date à laquelle l'empereur Napoléon, arrivé à Metz, prit le commandement en chef de l'armée du Rhin, les forces françaises restèrent réparties en deux groui.es : le premier en Lorraine, formé des 2", 3°, 4' et 5* corps, sous les ordres du maréchal Bazaine ; le

second en Alsace, formé des 1" et 7' corps, sous les ordres du maréchal de Mac- Mahon. Quant aux mouvements, ils se bornèrent tout d'abord à quelques reconnaissances, et à la surveillance des patrouilles nombreuses que la cavalerie ennemie lançait du côté des avant-postes français. L'Empereur attendait, pour 1 (rendre l'offensive, que les réserves eussent rejoint, et il avait recommandé formellement d'éviter toute action prématurée. C'était là une précaution bien supertlue, car dans l'état de pénurie où ils se trouvaient, nos corps eussent été bien empêchés de se porter de l'avant. Sans ambulances, sans convois, sans munitions, ils étaient condamnés à une immobilité complète, que la force des choses, bien plus que la volonté du souverain, leur imposait formellement. Les places de Metz et de Strasbourg, oii nulle ressource n'existait, ne leur étaient d'aucun secours, et généraux ou intendants adressaient au ministère des dépêches désespérées, auxquelles celui-ci, débordé et ne sachant pas oîi donner de la tète, répondait par des promesses qu'il ne pouvait pas tenir.

« Il n'y a à Metz ni sucre, ni café, ni riz, ni eau-de-vie, presque point de lard ni de biscuit », écrivait, le 20 juillet, l'intendant en chef de l'armée. « Nous n'avons ici ni biscuit ni avoine », télégraphiait, le 24, l'intendant territorial de la même ville, auquel on venait de prescrire d'approvisionner les 3', 4' et 5" corps d'armée.

Les dépèches des généraux n'étaient pas moins pressantes : « Aucune ressource, point d'argent; nous avons besoin de tout sous tous les rapports », télégraphiait le général de Failly à la date du 19. « Le biscuit manque pour se porter en avant », écrivait, le 28, le major général lui-même.

Enfin les corps qui devaient faire mouvement étaient retenus, faute de ressources pour pouvoir subsister :

« Le 3' corps quitte Metz demain, disait, le 24, l'intendant Priant; je n'ai ni infirmiers, ni ouvriers d'administration, ni caissons d'ambulance, ni fours de campagne, ni train, et, dans deux divisions, pas même un fonctionnaire de l'Intendance. »

« Le {" corps doit se porter en avant, écrivait à son tour l'intendant de Séganville; je n'ai encore reçu ni un soldat du train ni un ouvrier d'administration. »

Il n'est pas nécessaire de multiplier ces citations navrantes pour dépeindre le désarroi formidable qui régnait dans nos rangs. Le major général, arrivé le 25 à Metz, ne tarda pas d'ailleurs à en faire la constatation douloureuse, car dès le jour même il parcourait les positions occupées par nos troupes, de Saint-Avold à Bouzonville, et constatait l'état déplorable où les laissait l'absence de toute organisation préalable. Lui qui pouvait prendre sa large part de responsabilité dans leur détresse, il dut, ce jour-là, faire des réllexions amères et se sentir douloureusement attristé... 11 fut du moins forcé de reconnaître qu'il était trop tard pour porter remède à une situation sans issue, et dut se borner à joindre ses instances à celles des généraux et des intendants. Ce n'était pas là ce qui pouvait aider son successeur au ministère à triompher des embarras cruels au milieu desquels il se débattait.

Cependant le général Frossard, arrivé le 19 avec le 2' corps à Saint-Avold, avait occupé Forbach. Sa mission consistait simplement à surveiller les mouvements de

PREMIÈRES OPÉTIATIONS - SARREBRUCK 125

l'ennemi dans le Palatinat, tandis que le maréchal de Mac-Mahon les ...nrilliTait de Baie a Lauterbourg et do Lauterbourg aux Vosges. Il est à croire que cette survei lance ne s exerçait pas sans difficulté, car, à la date du 23 juillet, alors que M. de -Moltke était, comme on la vu, parfaitement fixé non seulement sur les emplacements de nos troupes en Lorraine, mais encore sur leurs effectifs, et devait l'être le lendemain sur nos positions en Alsace grâce à la reconnaissance du capitaine Zeppelin', personne dans l'état-major français ne connaissait encore ni la composition des armées allemandes, ni leurs points de concentration. On parlait va-uements de troupes en marche dans le Palatinat; on disait même que l'extrême ,.mnte de notre frontière, du côté de Sierck, était menacée, et une brigade du -V corps avait été envoyée à marches forcées de Bouzonville sur ce point, pour parera une attaque imaginaire dont le bruit s'était même répandu, on ne sait comment jusqu'à Pans; on signalait des colonnes en marche entre Trêves et le Luxemhouro- „uiis sans préciser ni leur direction ni leur force. Bref, nn ne savail lini, ei ,'„ |,,uh. occurrence, le major général, qui n'avait pas encore quille h, capitale, pni le pa.li, le 23 juillet, de prescrire un déploiement général sur la lidnliêre même, el de pmier plus en avant les corps qui, comme le 3«, se trouvaient encre en deuxième ligne L'opération fut exécutée sans délai, et quand, le 2S juillet, l'Empereur arriNra à Metz, \\ trouva l'armée du Rhin dans les positions suivantes :

/ Indivision à Reichsholïen.

^" ^orps -2" — à Haguenau.

Maréchal DE iMac- iMahox. j 3" et 4" divisions k Strasbourg.

Division de cavalerie à Haguenau, Soullz et Ibiiuialli.

1''° et 2" divisions à Sarreguemines.

8° division à Bitche.

Division de eaxalerie à Sarregiieuiines et Bilelie.

l" division à Saint-AvoM.

5° Corps Général de P'ailly.

2' Corps Général Frossard.

3' Corps Maréchal Bazaine.

— a rorhacli.

j 'Y — à l-Jéuing.

V Division de caNalerie à Sainl-A\o|(l e| Forhac

T" division a rxtueiieporn.

2' — a Boni av.

•}" — à L5ou7.on\ ille.

4' — à M(Hz.

I)ivision de cavalerie à Boula\ .

4° Corps

V division à Sierck.

2» — à Filstroff.

Général de LAn,\nRAri/r. } ;! — à Thionville.

Division de cavalerie à Thionville.

1, Voir chapitre IV, page 108.

I 1" division à Colmar.

^ 'H" et S" divisions à Belfort.

Général Félix Douay. I r.- ■■ j t ■ ^ r, n- .

( Division de cavalerie a Beliort.

La Garde était à Metz; le & corps avait "2 divisions au camp de Ghàlons, 1 à Soissons, et 1 à Paris où se formait également sa division de cavalerie. Enfin la réserve générale de cavalerie avait ses 2 premières divisions à Luneville et la troisième à Pont-à-Mousson.

Le premier soin de l'Empereur fut de réunir les quelques renseignements, assez vagues d'ailleurs, que l'état-major général s'était procurés sur les positions de l'ennemi. Ils étaient tout à fait insuffisants pour le guider dans le choix d'une détermination quelconque. Inquiet et de plus en plus perplexe, il prit alors le parti d'aller reconnaître en personne la situation de ses troupes, et se rendit le -29 à Saint-Avold oii il inspecta les 2" et S' corps d'armée. Mais cette visite ne le renseigna pas davantage sur ce qu'il désirait savoir, et, dans l'impossibilité où il était de prendre une décision motivée, il se borna, dès son retour à Metz, à rapprocher encore davantage les troupes de la frontière, et, ce qui valait mieux, à resserrer sur le centre les corps de l'aile gauche. En exécution de ces ordres, le -2° corps posta son quartier général à Morsbach, sa S" division de Béning à Œttingen, et sa V° division de Saint-Avold à Béning. Le 3° corps se porta tout entier autour de Saint-Avold', et le 4° vint camper autour de Boulay-. Ce n'était pas encore là une concentration complète, mais il y avait certainement progrès sur la dissémination du début.

Sur ces entrefaites, une grave nouvelle parviiil au ipiartier général. L'Autriche, sommée par la Prusse de se déclarer, venait de faire connaître au roi Guillaume qu'elle enlendait conserver une absolue neutralité, et le roi d'Italie avait fait une réponse analogue à une demande d'intervention qu'était allé lui porter son gendre, le prince Napoléon. L'espoir si longtemps caressé d'une double ou triple alliance contre la Prusse s'évanouissait donc, et en même temps s'accroissaient les forces de l'adversaire, car le roi de Prusse, rassuré désormais sur la sécurité de ses frontières du Sud, et informé d'autre part de l'impossibilité où nous étions d'envoyer dans la Baltique un corps de débarquement, ordonnait aux I", IP et VI° corps et aux 1" et :2° divisions de cavalerie de rejoindre les armées d'opération^ L'état-major général français fut atterré. Passant brusquement de ses idées d'offensive, dont l'abandon lui était imposé ilésurinais, à une passivité complète, il parut se résigner à l'expectative, cl attendre les événements, sans faire aucune tentative pour les maîtriser. Dès le 2i», le major général télégraphiait au maréchal de Mac-Maiion (pie les intentions de l'Empereur n'étaient pas de mettre les corps

1. l" division a Saint-Avold, 2' à Haul-Honiliouig, 3" a Ilam-sous-Vasrljoi'g, l- à Boueiioporu.

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