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Duc de Gramont, La France et la Prusse

4. Ces incidents étaient le percoinent du tunnel du Saint-Gotliard et l'alTaire dos cliemins de fer belges. Le premier amena une interpellation dont la discussion calma les craintes que ce projet avait soulevées. Le second, survenu à la suite d'une ollVe d'achat faite aux Compagnies belges par notre Compagnie de l'Est, se termina à l'amiable, par un simple traité d'exploitation, que le président du conseil des ministres belges, M. Frére-Orban, était venu en personne négocier i Paris.

en face des Allemands', » l'Empereur ne voulait pas faire la guerre, et ne la subit, plus tard, qu'à son corps défendant.

Ce fut donc avec colère et stupeur qu'on apprit à Paris l'état si avancé des négociations pendantes et la réponse dilatoire faite par M. de Thiele, sous-secrétaire d'État de M. de Bismarck, aux demandes d'explications formulées par notre ambassadeur, le comte Benedetti : « Le gouvernement prussien, avait dit M. de Thiele, ignorait cette affaire, et elle lï existait pas pour lui. « C'était obliger la France à s'adresser directement au roi, chef de la maison de Hohenzollern.

La presse parisienne, en commentant la nouvelle avec aigreur, contribua à augmenter l'excitation générale, que le gouvernement, de son côté, ne chercha pas à calmer. Partout retentirent des paroles belliqueuses, et un député, M. Cochery, crut devoir se faire l'écho de l'opinion publique, en lançant, le 5 juillet, une interpellation à la tribune du Corps législatif.

Si l'on eût dû trouver quelque part, dans ces circonstances difficiles, la réflexion et le calme dont tout le monde avait besoin, c'est, à coup sur, sur les bancs du ministère qui tenait entre les mains ses destinées du pays. Mais celui-ci, malheureusement, n'était ni assez sûr de lui, ni assez maître de sa parole, pour remettre d'un mot les choses à leur place. La déclaration qu'il lut, dans la séance du 6 juillet, par l'organe de M. de Gramont, ministre des affaires étrangères, n'était qu'un tissu de contradictions, couronnées par une phrase comminatoire dont il était difficile de méconnaître le caractère belliqueux. On ne manqua pas en tous cas, à l'étranger, de l'interpréter dans ce sens, en sorte que la crise, au lieu d'être apaisée, prit tout à coup une acuité singulière, qui devait précipiter son dénouement.

Voici le texte de cette déclaration :

« Il est vrai que le maréchal Prim a offert au prince Léopold de Hohenzollern la couronne d'Espagne et que ce dernier l'a acceptée ; mais le peuple espagnol ne s'est point encore prononcé, et nous ne connaissons pas encore les détails vrais d'une négociation qu'il nous a cachée.

« Nous n'avons cessé de témoigner nos sympathies à la nation espagnole, et d'éviter tout ce qui aurait pu avoir les apparences d'une immixtion quelconque dans les affaires intérieures d'une noble et grande nation en plein exercice de sa souveraineté.

« Nous ne sommes pas sortis, à l'égard dés divers prétendants au trône, de la plus stricte neutralité, et nous n'avons jamais témoigné pour aucun d'eux, ni préférence ni éloignement. Nous persisterons dans cette conduite.

«. Mais nous ne croyons pas que le respect des droits d'un {leuple voisin nous oblige à souffrir qu'une puissance étrangère, en plarant un de ses princes sur le trône de Charlcs-Quint, juiisse dérangera notre détriineiil liMiuilibre actuel des forces en Europe, et mettre en péril les intérêts et l'honneur de la France. Cette éventualité, nous en avons le ferme espoir, ne se réalisera pas. Pour l'empêcher, nous comptons à la fois sur la sagesse du peuple allemand cl sur l'amilié du peuple espagnol.

1. W. RijsTow, Guerre des frontières du Rhin. Paris, Dumainc, 1873.

LES COMBATTANTS DK Is7(i-Tl

Le duc (.!<; Gramiiu.iil amiuiiraril. au SiMial la <l.'-.'laiali(iii il<; ij-u.-rrc.

COMUATIANTS

« S'il en était autrement, forts de votre appui, Messieurs, et de celui de la nation, nous saurions remplir notre devoir sans hésitation et sans faiblesse. »

Tenir un pareil langage, avant toute espèce de tentative de conciliation diplomatique, était pour le moins une imprudence. Son effet fut immédiat, et les rares amis de la France n'eurent plus qu'à déplorer, sans pouvoir y porter remède, l'esprit de vertige dont son gouvernement semblait atteint.

Cependant, tandis qu'il se coupait ainsi par avance la retraite, le duc de Gramont donnait mission à son ambassadeur I\L Benedetti de se mettre en relation directe avec le roi de Prusse. Il devait demander à celui-ci « d intervenir sinon par des ordres, au moins par des conseils, auprès du prince Léopold, pour faire disparaître, avec les projets formés par le maréclial Prini, sur cette candidature, les inquiétudes profondes qu'elle avait partout suscitées^ »

Le roi Guillaume se trouvait à Ems. M. Benedetti l'y rejoignit le 9 juillet, et eut avec lui une première entrevue, qui, bien que fort courtoise, n'aboutit à aucun résultat, le roi de Prusse persistant à ne vouloir considérer la candidature du prince que comme une affaire espagnole au point de vue diplomatique, dont il n'avait été informé qu'en sa qualité de chef de la maison de Hohenzollern. Deux jours après, le 11, M. Benedetti revint à la charge, et obtint cette fois que le roi consentit à faire connaître au prince qu'il l'approuverait s'il envoyait en Espagne sa renonciation.

Cette attitude un peu fermée du roi Guillaume était bien évidemment due à la malencontreuse déclaration du gouvernement français, et M. Benedetti ne s'était pas mépris lui-même sur le désir qu'avait son interlocuteur d'aboutir à une solution pacifique ; mais il était visible que celui-ci ne voulait pas paraître céder à une mise en demeure, et considérait toute concession officielle comme une atteinte à sa dignité de souverain.

Quoi qu'il en soit, les affaires prenaient une meilleure tournure, et bien que l'agitation commençât à gagner l'Allemagne, où les esprits, travaillés par la presse bismarckienne, s'enflammaient à leur tour, on était en droit d'espérer que si le prince Léopold voulait suivre les conseils de la sagesse, et consentir à une renonciation, l'incident se terminerait à la salisfaction de tous, sauf peut-être du seul M. de Bismarck.

Or, cette renonciation, M. de Olozaga, ambassadeur d'Espagne à Paris, prévenu ofliciellement jjar un télégramme venu de Sigmaringen, la communiqua le IS.juillet au gouvernement français. Elle était d'ailleurs, à la même date, publiée par le Mercure de Souabe, sur l'ordre du prince Antoine de Hohenzollern, et notifiée par ce dernier lui-même au roi (i(- Prusse dans une lettre qui parvint à son adresse le 13 dans l'après-midi.

La solution qui devait assurer le maintien de la paix, tout en sauvegardant la dignité et l'amour-propre du peuple français, et qui était certainement conforme aux désirs des deux souverains, intervenait donc d'elle-même. C'était pour M. de Bismarck, dont l'attitude en cette affaire avait montré trop clairement les intentions, un

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