Goiioral Durhècagaix, loc. cit., tomo l"^ |iat;c ISl
3. Rapport officiel adressé au général Douay par le colonel d'AstUgtlO.
quartier impérial ainsi conçue : « Vuiis serez attaqué adjourdJiui ou demain' », le maréchal se hâta d'aviser le général Douay, afin de le mettre sur ses gardes, et lui adressa, à 6 heures du matin, le télégramme suivant :
Strasbourg, 5 li. 27 du matin, 4 août.
« Avez-vous, ce matin, quelques renseignements vous faisant ci'oirc à un rassemblement nombreux devant vous? Répondez immédiatement.
« Tenez-vous sur vos gardes, prêt à vous rallier, si vous étiez atla(iué par des forces très supérieures, au général Ducrot, par le Pigeonnier. Faites i)ré\(Miir le général Ducrot, en route pour Lembach, d'être également sur ses gardes.
« Signé : de Mac-Mauo.n. »
Tout naturellement, le général Donay, rassuré par les rapports de la reconnaissance, répondit qu'il ne s'attendait à aucune attaque et dicta, pour ses troupes, l'ordre que voici :
« Dans le cas peu probable d'un mouvement de concentration sur la division Ducrot, le mouvement commencera par la "2° brigade. Elle suivra les crêtes pour aboutir à la route de Wissembourg à Bitche, en i)assant ainsi par le bas de la montagne du Pigeonnier et le village de Climliach.
« Le 96' (T" division) couvre la gauche de la 2" division, dans la dirccliou de Nothweiler, à l'extrême frontière. »
Il était 8 heures : l'ordre venait d'être communiqué dans les liivouacs, et les soldats, parfaitement tranquilles, se disséminaient tout autour de leur tamp, les uns pour préparer le feu de la soupe, les autres pour nettoyer leurs armes ou fournir les corvées de ravitaillement, quand tout à coup un petit nuage de fumée blanche creva sur les hauteurs de Schweigen, une détonation retentit, suivie bientôt d'une seconde, puis d'une troisième, et sur Wissembourg, réveillé comme par un cauchemar, s'abattit une pluie de fer et de plomb. C'était la batterie d'avant-garde de la division Bothmer (2° du 11° corps bavarois) qui, voyant l'insouciance de nos troupes, avait brusquement ouvert le feu.
Cette voix brutale du canon, éclatant tout à coup dans le silence, et portant la mort dans nos régiments stupéfaits, c'était, dès le début, le procédé allemand dévoilé d'un seul coup. Des masses puissantes, appuyées par une formidable artillerie, amenées savamment sur un point déterminé, surgissant à l'improviste des bois et des couverts, et écrasant des adversaires qui ne se gardaient jamais, voilà, en effet, tout le secret des victoires prussiennes. Telle débutait la guerre, telle malheiu-eusement elle devait se continuer longtemps, jusqu'au jour où la leçon si chèrement payée aurait enfin porté ses fruits.
Cependant le commandant Liaud, jeté avec son balailhui dans la ville, avait garni (le défenseurs la partie nord de l'enceinte, et occupé les portes : il lit rèporulrt"
1. De FrœscluvUier à Sedan, JDui'iial d'un ot'ficior du i" l'orp.s (Haclicttc, lours, novoni-
bre 1870, page 14). — Sedan, par \c L,'énc'rail do WinipfTi'n, page 83.
par des coups de fusil à l'attaque de l'ennemi. De son côté, le général Pelle, bien que réduit à 3 bataillons, n'hésita pas à se porter à son secours, et dirigea sur la ville le 1" tirailleurs, appuyé d'une batterie de 4 : l'infanterie se posta le long des anciennes lignes de Wissembourg, au nord de la gare, en détachant un bataillon pour garder la porte de Bitche; l'artillerie prit position près de la gare, et le combat s'engagea, très énergiquement soutenu par cette poignée d'hommes, contre laquelle la division Bothmer,. se sentant encore trop isolée, n'osa rien tenter de décisif.
Arrivée des V° et XP corps allemands. — Mais, vers 10 heures, commencèrent à se montrer sur la Lauter les troupes envoyées à travers bois pour couvrir, pendant la marche, le flanc droit de la division Bothmer et qui maintenant se dirigeaient sur Wissembourg. D'autre part le XP corps, qui avait trouvé les passages du moulin de Bienwald inoccupés, venait de franchir la Lauter, après avoir jeté trois autres ponts pour activer le mouvement. Refoulant aisément quelques braves citoyens, qui, en habits civils et armés de fusils de chasse, s'étaient postés sur la rive droite pour lui tirer dessus, il avait traversé le Niederwald et se présentait déjà à Schleithal. La situation s'aggravait, et le général Douay, qui sur la foi de sa cavalerie croyait toujours n'avoir affaire qu'à une simple reconnaissance, dut revenir de son erreur. Il déploya donc aussitôt sa première brigade (de Montmarie) autour du Geissberg, et pour remplir l'espace assez étendu qui la séparait de la deuxième, occupée à défendre Wissembourg, jeta dans le vallon situé au nord du Geissberg les deux régiments de la brigade de cavalerie de Septeuil. Au même instant, deux batteries d'avant-garde du X? corps allemand venaient prendre position un peu au-dessus de Gutleithof, et leurs projectiles s'abattaient déjà sur le 50", posté autour du château de Geissberg ; la batterie de mitrailleuses, commandée par le capitaine de Saint-Georges (10" du 9°), se porta au galop vers le sommet du mamelon pour répondre à leur feu, tandis que la dernière batterie de 4 (12' du 9°, capitaine Foissac), soutenue par un bataillon du 74", s'établissait sur le versant est de Vogelsberg et joignait son feu, contre les pièces bavaroises de Schweigen, à celui du capitaine Didier (9" du 9"), déjà établi au sud de la station du chemin de fer.
Certes, bien que la division Bothmer fût encore à peu près seule engagée, nous n'étions pas en force, surtout sous le rapport de l'artillerie. Cependant la vaillance de nos canonniers et des tirailleurs algériens suffisait à en imposera l'ennemi, et à repousser ses tentatives contre les portes de Bitche et de Landau. Cette poignée de soldats luttait avec tant d'opiniâtreté et d'énergie, que le général de Botiimer se reconnaissait impuissant à les déloger, avec ses 12,000 hommes, et demandait au Prince royal, arrivé sur le lieu du combat, l'ajjpui du V° corps, dont les têtes de colonnes commençaient à déboucher à hauteur d'Altenstadt. C'était le moment pour la division Douay de se replier par échelons défensifs sur la division Ducrot, et
1. La division nolhiiier coiiijitait 12,000 liomiiios et 21 pi(V'ps de canon. Nous n'avions à lui opposer, à ce moment, que 2,700 hommes, avec 2 batteries.
CoMnAlTAXT'-
146 COMBAT DE WISSEMBOIRG
trabandonner, suivaiil ses instructions, une lutte qui menaçait de devenir par tr^ii inégale. Malheureusement, de nouveaux télégrammes venaient d'être remis à son chef, en réponse à celui par lequel il informait le commandant en chef de l'attaque ennemie*, et laissaient supposer que celui-ci ne tardei'aif pas à prendre la responsabilité des décisions délinitives. En effet, le maréchal de Mac-Mahdu lélégraiiliiail. à 9 heures 45, au général Raoult, à Reichshoffen :
« Je reçois l'avis d'une attaque sur Wissenibourg; (|ue vos Iroiqjes se lieunenl prêtes à marcher au premier ordre. Jo pnrs jjotiv Sniiltz, (Ton je me pui-ici'nï sur la ligne des avant-postes. »
Et, moins de trois (|uarts d'heure après, il lançait encore au général lianull cette nouvelle dépêche :
« Je pars pour Wissembourg en chemin de fer. De \\'issemliourg J'irai à cheval visiter les avant-postes jusqu'à Reichshoffen oùjecomiite vous rencontrer. )i
Communiqués au colonel Pioliert, chef d'état-major de la '2° division, s'ajoutant d'autre part aux recommandations antérieures sur riinporlance de \\'issembourg, ces documents conlirmèn'ut le général Douay dans l'idée qu'il ne ]iouvail, sans ordres nouveaux, refuser la lutte, et dans son intention « d'accepter lui cnmi)at qui semblait n'être, d'abord, qu'une forte reconnaissance poussée par l'ennemi sur notre frontière'. » Il se porta donc de sa personne au point culminant du Geissberg et laissa l'engagement suivre son cours.
Mais, bientôt, il s'aperçoit que les masses allemandes débouchent de tous les côtés à la fois. Dès 1 1 heures 1/4, l'avant-garde du X" cori)s ( 17" brigade) se montre à Gutleithof, qu'elle occupe ; la i(S' brigade arrive peu après à Alteiisladt, franchit la Lauter, et se déploie, à côté de la 17°, face au (leissberg, tandis (pie toute l'artillerie de la 9° division vient au graud trnl prendre position en avant et crible de projectiles nos quelques pièces éparpillées. Eu même leni]is, trois bataillons lilenl le long de la rivière et vont attaquer la vilh; par l'est, pendant que la division de Bothmer l'attaque par le nord.
Mort du général Douay. — De son côié, le général de Rose, cimimaudaut h: Xr corps, a marché au canon : la 4I''])rigade prussienne quitte Schicillial imui- \ciiir, toujours précédée de toute l'artillerie du corps d'armée, se déployer à gauche du V corps, et menace le Geissberg.Des flots d'ennemis semblent sortir des prornudciu's des lidis, des batteries iunombraliles tonnenl parloul à la l'ois, e| le ,L;éiirral Doua\', du liaul du Geissberg, voit monter tout autour de lui cette marée tunudliieuse (|ui menace de l'engloutir. Il sent que tout est perdu s'il persiste à rester là, et se décide enfin à la retraite. Ordre est donné au commandant Liaud d'évacuer la \ ille ci au général Pelle de se replier sur le Vogelsberg, lentement, pour donner le lenqis
i. A 8 licures 25, le cliof de garo de WissoiiilMUiiv :iv;iil transmis .-i StraslHiiii.;; la (lc|icclic (pic voici : » J'ai fait arrêter le train n" 2()-3I) à Soullz ; on tire fit ce nionicnl sur la ville; les lioulels arrivent jusqu'à la gare, n
2. Lettre adressée par le roloni'l Itolini au ^'encrai Durrot cl -itco par crhii-ci dans sa l)nirlniio ■ Wisscrnhonrg, page 27;
COMHAT 1)K W ISSK.MHOl HC l',7
Miix défenseurs de Wissemlxiur" de le ivjoindiv. Puis, le général, avanl de donner dt's instructions dans le même sens à la brigade de Montmarie, monte aux Trois Peupliers, où se trouvait la batterie de mitrailleuses. Tout à coup, un obus prussien tombant sur un des caissons, le fait sauter; des éclats de bois et de fer volent en tous sens, tuant ou blessant plusieurs servants, et l'un d'eux, frajjpant le général en lileine poitrine, le renverse à terre, mortellemeni atleiiil. On s'empresse, on le transporte à la ferme du Schafbusch, où il succombe deux Ikiiits après', et l'on court aiuioiicer la fatale nouvelle au général Pelle, ainiuel, p;u- droit il'aiiciennelé, re\enait le commandement.
Abel Douay était le premier de nos ol'liciers généraux ijui tombal au cliamp d'iKuineur, dans cette guerre fatale; ses services brillants et sa bravoure éclalaute lui eussent mérité de mourir en pleine victoire: du moins il ne jjouvait pas succomber plus glorieusement, ni sur un terrain plus illustré i)ar la valeur française, car, ainsi (pi"(»u va le voir, nos soldats se coiuluisirent, peudanl t(iul(' la durée de cette lutte inégale, comme de véritables héros.
Héroïqiw attitude du 1" tii-ailleiirs. — 11 était près de midi ipiand le général i^'llé prit le commandement. I.e 1" tirailleurs tenait tète, tout seul, aux efforts de deux corps d'armée, soulemis par soixante-six bouches à feu; ses li'ois balailloiis, déployés sous les ordres des coumiandants Sermansan, de Lauuner/. el de (loulanges" depuis la gare jusqu'à la i)orte de Landau, restaient fermes de\ant les assauts répétés de la 17" brigade, qui essayait vainement de les débusrpu-r, et repoussaient à la baïonnette les colonnes prussiennes qui les assaillaient de toutes paris. Luttant avec un acharnement sans exeui])le, ce brave régiment redoidilait d'énergie et de vaillance, à mesure que sa position devenait plus crititpu^; son feu uoiii'ri et bien dirigé infligeait à l'ennemi des pertes énornu-s, en dépit des xides cruels ipii se creusaient dans ses rangs, et bientôt le général de Kii-chbaeh Awl. pour \ciiii' à bout de sou admirable résistance, lancer sur lui de nouvelles masses, ipii débonlèrenl sou flanc droit et le menacèrent d'un enveloppenu'id complet. Pi-es{|ue tous les olliciers élaienl lioi's de coud^at et (iOO hommes, sur ■2,-2()(), gisaient à terre; (piaul aux Prussiens, ils étaient si éprouvés que dans un seid bataillon, comnuuidé maintenant |iar un lieutenant, ils avaient jiei'du Pi olliciei's el Kîô hoinnu's. Le major de Waldersee, commandaid le bataillon de chasseurs silésiens u" ô, élail hkuI el le général de Sandrart avait eu son cheval tué sous lui '.
Le général Pelle jugea que couliuuer à lultei' dans des coiulilioiis ])areilles M'i'ail folie. Il ordonna donc la reiraile el obli.uca les lirailleiu's à abandonner (h'Iinilivemenl a TeinuMni ce terrain (|u'ils lui a\aienl si liéi'oii|uenu'nt disputé. Leurs débi'is se relirercid a pas lents, el eu liraid loujoin's, sur le (ieissberg; le moiive-
1. On nu rniitruiiit d'v aliaiidoiinrr son coi^ps au inoiiiciit de la nnraili', |iaivc i|iic> la ilivisioii n'avait ni une voitiiro d'ambulance ni niènio un seul cacolot. (Général UultoI, Wissmiboiir';/, pa-c .'((l.)
■Z. \.r hataillon do Coulanges, d'aliord dotaclio à la porte do Bilclie, vonail d'otic rapiido ot joint an\ iliMix aiUrps bataillons de son réiriinoiM.
.'i. Hcintion du j^'i-and état-inajor prussien, paL-c 187-
ment s'opéra en ordre, régulièrement comme à la manœuvre, sans être autrement inquiété. Les Prussiens, heureux d'avoir entin triomphé de tant d'opiniâtreté, se répandirent dans la vallée et ne songèrent pas à poursuivre un adversaire décimé, mais dont l'altitude leur en imposait encore.
Défense de V.' issembourg par un batrul/nn du 74'. — Cependant le commandant Liaud avait été informé de la retraite. \'ers une heure et demie, jugeant, lui aussi, toute résistance impossible désormais, il lit prévenir ses six compagnies que la place allait être évacuée. Mais, à ce moment, l'ennemi, débarrassé du 1" tirailleurs, dirigeait toutes ses forces contre la ville et joignait ses efforts à ceux de la division de Bothmer, dont le feu venait de reprendre avec une intensité nouvelle. ^^'issembourg était cernée et une trouée à travers ces masses compactes devenait impossible. Le commandant Liaud résolut, puisqu'il fallait succomber, de le faire au moins avec gloire, et renvoyant à chaque porte deux compagnies, leur ordonna de s'y défendre jusqu'à la mort. Mais la porte de Haguenau venait d'être ouverte aux Bavarois par un des leurs, habitant Wissembourg, qui violait ainsi sans vergogne les lois les plus élémentaires de l'hospitalité. Liaud, à la tête des deux compagnies, fonça sur le poste qui l'occupait, le fit reprendre à la baïonnette, et, le ponl-lcvis relevé, refoula les Prussiens jusqu'à la gare'. Il se porta ensuite à la p.orle de Ritche, ([ui lui paraissait la plus menacée : mais en y arrivant, il fut fi'appé d'un coup de feu et contraint de remettre le commandement au capitaine adjudant-major Bertrand. Au même moment, la porte de Landau, écrasée de projectiles, venait d'être éventrée; les Bavarois s'y étaient précipités, et trois régiments s'engouffraient par son ponllevis dans la grande rue de la ville, pour se répandre de là dans les rues latérales". Chaque groupe de deux compagnies se trouva donc isolé, coupé des autres et presque complètement cerné. Tous trois ce])endant se barricadèrent dans les maisons voisines, et continuèrent à faire feu sur les assaillants.
Prise de Wissembourg. — 'l'dut à cdup, un drnpeau blanc |)arut aune fenêtre de riiùfel (le ville. Un major l)avarois s'apjiroclia, et lut int(M'pellé par un conseiller municipal qui offrait de rendre la ville, si l'ennemi consentait à laisser nos soldats l'évacuer. Le major accepta pour son compte et s'en fut infoi'nier le général Maillinger, commandant la 8° brigade bavai'dise, de cette étrange négociation. Mais celui-ci, qui voyait nos soldats exténués et réduits aux d(M'nières limites de la résistance, refusa de la ratifier ; bii'ii au coiiiraii'c, il lanra (Ninire chaiiue ])(U'le de nouvelles troupes et en cerna suc(>essiveuient cl coinplèlenient cha((ue groupe de défenseurs. Ceux-ci, apprenant (ju(^ la divisidu (■Ijiil en retraite, n'eurent bientôt plus d'autre ressource que de niellre bas les armes, cl rcnuemi se trou\a ih'liuitivement maître de Wissembourg".