Relation allemanr/e, page l.'ir
3. Ai.KRED DuguiîT, Frœschwiller, C/iâlona, Sedan. Paris, Cliar|ieiitier, 1880, [lage 38.
COMIIMTANTS
154 COMBAT l)H WISSEMBOURO
Rien ne pourrait peindre la stupeur de la population et du gouvernement, quand ils eurent appris ce premier revers, auquel ils s'attendaient si peu. Avec i'impressionnabilité particulière à notre race, on passa sans transition de l'extrême confiance à l'extrême douleur. On vit le prestige de nos armes anéanti, la patrie envahie, le commandement réduit à l'impuissance, et confié à des mains incapables de l'exercer. Il était cependant trop tôt encore pour désespérer ainsi, car en admettant même, contrairement à ce que les événements ont prouvé plus tard, (pie l'armée française fût réellement trop faible pour arrêter l'offensive allemande qui venait de s'affirmer si nettement, il y avait, dans le courage superbe et l'attitude héroïque de nos soldats, amplement matière à la consolation et à l'espoir. Moins de 7, ()()() hommes avec trois batteries venaient, en effet, de tenir tête un contre dix, ])endant près de sept heures, à 70,000 Allemands, appuyés par 144 pièces de canon' . Ils avaient, il est vrai, laissé sur le champ de bataille leur général, S9 officiers et 1,5"21 hommes tués ou blessés, et 700 prisonniers ; mais ces pertes, qui atteignaient, sans compter ces derniers, l'énorme proportion de 23 0/0 ", prouvaient au contraire avec quelle vigueur et quel courage on s'était défendu. D'ailleurs, celles infligées à l'ennemi (91 officiers et 1,460 hommes) témoignaient de la difficulté qu'il avait rencontrée, et si, eu égard à son énorme supériorité numérique, elles pouvaient lui paraître moins lourdes, ce n'était pas cependant sans qu'il en eût été fortement impressionné.
« Les pertes éprouvées par les Allemands, dit M. le colonel Canonge, les avaient tellement étonnés et leur avaient donné une idée si exagérée des forces qui leur avaient résisté, que la retraite de la division put s'effectuer sans être inquiétée'. »
Nos soldats avaient donc réussi, par leur seule bravoure, à donner le change à l'ennemi sur leur petit nombre et sur leur manque de cohésion. Moins éparpillée, et mieux utilisée, cette bravoure pouvail ilmic encore, sinon vaincre, du moins préserver le soi de la patrie de toute nouvelle insulte. On verra par la suite ijuels prodiges a accomplis l'armée du Rhin pour rester digne de l'auréole de gloire qu'une de ses divisions, frappée d'un malheur immérité, lui avait conquise au prix de son sang.
1. Ces cliitïrcs sont ini|iliritoineiil ilouucs pur la Ri-hition allemnnile ('llc-niéiiic, ijui l'ilc succcssivoiucnt tous les corps ou fractions de eor])s en^ai^cs le 1 am'it.
2. Les batailles réputées les plus sangiautes du siècle, toiles que celles d'EyIau ci delà Moskowa, n'ont donné (ju'uno proportion de 15,8 0 0 ])our la preuiiéro, do 10,1 0/0 pour la seconde.