Ibid
à Schœnenbourg ; enfin le \l° corps, trop éloigné pour prendre part à la lutte, marchait de Landau sur Wissembourg. Le Prince royal jugea que, dans le cours de raprès-widi, il allait avoir, sur chacune de ses ailes, de 30,000 à 40,000 hommes à engager, tandis que le maréchal ne pouvait disposer au maximum, même avec la division Guyot de Lespart, que de 60,000 hommes. L'occasion lui parut trop belle pour être négligée, et approuvant alors l'initiative du général de Kirchbach, il dicta les ordres suivants, en vue d'engager l'affaire à fond :
« Le II' corps bavarois agira contre le flanc gauche de l'ennemi, de manière à venir s'établir au delà, dans la direction de Reichshoffen. Le I" corps bavarois, laissant une division en arrière comme réserve, et accélérant la marche autant nue possible, appuiera entre le IP corps bavarois et le V° corps prussien. Le XP corps se portera vigoureusement contre Frœschwiller, Elsasshausen et le Niederwald. Dans le corps Werder, Indivision wurtembergeoise suivra, par Gunstett, le mouvement du XI° corps au delà de la Sauer ; la division badoise gagnera provisoirement Surbourg. »
En avisant de ces dispositions le V° corps, le commandant en chef l'invitait à surseoir à l'attaque des hauteurs d'Elsasshausen, attendu quil fallait au delà dune ou de deux heures au W corps bavarois et au XF corps, de trois Iieures au corps Werder, avant quils pussent arriver en ligne ^ On peut juger par là de l'imprudence commise par le général de Kirchbach et après lui par le Prince royal. Trois corps d'armée, déjà engagés depuis plusieurs heures, combattaient sans succès; en arrière de leur ligne de bataille, longue de quatre kilomètres, il n'existait, pour le moment, aucune réserve, et deux ou trois heures étaient nécessaires pour en avoir unt\ en sorte que, sans leur formidable artillerie, ces corps se seraient trouvés à la merci du premier mouvement offensif de l'ennemi. Rien ne prouve même que cette artillerie aurait pu les sauver des effets d'une charge vigoureuse, exécutée par la petite armée du maréchal, avec l'élan ordinaire de nos troupes. Ils risquaient alors d'être rejetés sur les têtes de colonnes qui arrivaient en arrière, d'y porter le désordre et la désorganisation, et d'entraîner toute la UI" armée dans un désastre sanglant. Combien il fallait que la théorie funeste des « bonnes positions » eût fait école dans nos étatsmajors, pour qu'au lieu de tenter l'aventure, on ait maintenu nos valeureux soldats dans celle altitude de défensive passive, qui ne convenait ni à leur éducation ni à leur tempérament, et laissé échapper ainsi une occasion unique, décisive, qui ne pouvait qu'être fugitive, et ne devait, hélas! plus se reproduire dans tout le cours d'une lutte dont la disproportion allait bienlùl s'accuser trop nettement!
Cependant le maréchal de Mac-Mahon, qui jusqu'alors n'a cru qu'à de simples démonstrations, est venu de sa personne se placer auprès d'Elsasshausen', d'où il voit l'ensemble du champ de l)ataille. Les avant-gardes des corps de deuxième ligne, pressant le pas à l'appel (hi Prince royal, commencent à noircir les hauteurs qu'il