La Guerre franco-allemande, page
Charge des 8' et 9' cuirassiers à Morshronn. — Si les Prussiens parviennent à déboucher, cette division est perdue, et son chef, auquel la gravité du péril ne saurait échapper, n'a phis maintenant qu'une ressource, demander à la cavalerie du général Duhesme, dont la 3° brigade (général Michel) est massée dans un ravin à l'est d'Eberbach, de se sacrifier pour la sauver.
Aussitôt le 8" cuirassiers (colonel Guyot de la Rochère) se forme en colonne par pelotons et prend la tête : derrière lui le 9° cuirassiers (colonel \\'a[ernau) se déploie en bataille, débordant légèrement la droite du 8°, tandis que deux escadrons du 6* lanciers (de la brigade Nansouty) prolongent sa propre gauche. Le terrain est détestable ; un fossé profond le traverse, bordé de deux rangées d'arbres en partie brisés par les obus, ou coupés au ras du sol et réduits ainsi à l'état de souches dangereuses. Par-ci par-là, des houblonnières hachées opposent à la marche des escadrons des taillis d'autant plus impénétrables, que les perches s'emmêlent dans le feuillage déchiqueté.... Rien n'ébranle le courage de ces héroïques cavaliers, et tous s'élancent au signal du général Michel qui, l'épée haute, les entraine sur Morsbronn au cri de : « Vive la France ! » « C'est alors que s'accomplit, à travers une grêle de balles et sous le feu écrasant des batteries de Gunstett, cette charge désormais légendaire'. » Nos escadrons, accueillis par la fusillade terrible que dirigent sur eux les bataillons formés en avant de Morsbronn, subissent en un clin d'œil des pertes cruelles : cependant ils parviennent à passer dans les intervalles des troupes et à aborder le village, long couloir bordé de maisons qu'on a reliées entre elles par des charrettes, et terminé par un monticule que protège en avant une barricade construite à la hâte. La colonne une fois engouffrée dans cette rue y est fusillée à bout portant ; les balles qui la frappent en tous sens y creusent des vides énormes ; cependant elle avance toujours et ne s'arrête que devant la barricade, où les cavaliers, culbutant les uns sur les autres, viennent s'entasser pêle-mêle en un fouillis sanglant. Quelques pelotons ont essayé de tourner le village ; foudroyés par le 80" régiment prussien, ils sont également décimés. Un quart d'heure à peine s'est écoulé et de ces deux beaux régiments, il ne reste déjà plus une seule unité constituée !...
Le colonel ^^■alernau, qui cherche à réunir les groupes épars du 9°, a son cheval tué sous lui. Le maréchal des logis chef Mansart lui donne le sien. Le colonel peut alors masser les débris de son régiment et tenter une sortie par l'extrémité sud du village. Mais il échoue, et, démonté une seconde fois, il reste au pouvoir de l'ennemi ainsi que le sous-oflicier qui venait de se dévouer si courageusement. Le village de Morsbronn est jonché de morts, de blessés et de chevaux évenlrés : son unique rue est sillonnée d'hommes démontés et errant à la merci de l'ennemi qui les fait immédiatement prisonniers. La désorganisation est complète, et bien peu de cavaliers parviennent à se faire jour dans la direction du sud-est.
Cependant les survivants cherchent à se rallier et à rejoindre Eberbach : mais voici (pie tout à coup fondent sur eux, d'Hegcney où ils étaient en réserve, les trois