‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 75 sur 262 · C'étaient les 5' et 11" hatteries du 9' résiment · texte numérisé non relu

C'étaient les 5' et 11" hatteries du 9' résiment

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Co.MliATTANTS

batteries du 9^ dont les Allemands s'étaient emparés, et qu'ils n'avaient pu encore emmener ; ils franchissent le Petit-Bois à la suite des fuyards et arrivent en face du Niederwald dont la lisière est fortement garnie par les Prussiens refoulés. Alors éclate contre les turcos une fusillade terrible partant de tous les points ; en un instant, une foule d'ofliciers et de soldats sont frappés. Les turcos recevaient aussi des balles par leur flanc droit. Elles leur étaient envoyées par les troupes qui poursuivaient l'accomplissement du mouvement tournant contre la droite et les derrières de l'armée française, en remontant l'Eberbach. Après avoir perdu la moitié de son effectif, ce brave régiment dut se jeter dans le Grosser-Wald, et en border la lisière pour arrêter la poursuite des Prussiens. Ce n'est qu'à bout de forces et après avoir épuisé toutes ses munitions, qu'il battit en retraite à travers la forêt, et gagna la route de Frœsclnviller à Reichshoffen.

« Dans ce mouvement, qui causa une vive inquiétude aux Prussiens et qui fit l'admiration de tous les témoins oculaires, ennemis comme amis, le i" turcos perdit en un clin d'oeil 800 hommes, presque tous tués ou blessés. Il ajouta ainsi de nouveaux titres de gloire à ceux qu'il avait conquis à Wissembourg'. «

Ainsi tous les efforts de la plus admirable bravoure et de l'opiniàtrelé la plus endiablée venaient échouer contre les lignes ennemies, constamment alimentées de troupes fraîches. A notre gauche cependant les progrès des Bavarois étaient jusqu'alors moins sensibles, et les généraux Ducrot et Raoull avaient réussi à les modérer. Le I" corps bavarois, immobilisé devant le bois de Frœschwiller, que défendaient avec une énergie surhumaine les 8' et 13'^ bataillons de chasseurs, le 1" zouaves, le 2° tirailleurs et le 48^ de ligne, tous confondus et mélangés, ne parvenait pas à en conquérir la lisière : plus loin, le II' corps bavarois, contenu dans la forêt de Langensulzbach, tentait vainement d'en déboucher. Mais à mesure que de nouveaux renforts, traversant la Sauer, arrivaient en ligne, la position de nos braves soldats devenait plus critique, et la résistance plus difficile. Le colonel Suzzoni, du 2" tirailleurs", et le commandant Poyet, du S' liataillon de chasseurs, avaient été tués ; les hommes se sentaient épuisés, et le 48', décimé et presque anéanti, dut bientôt abandonner la position pour se retirer sur Frœschwiller.

Le général Ducrot essaya alors de lancer en avant le ."30" ; mais après un court retour offensif, ce régiment, qui avait perdu dans cette terrible journée 45 officiers et 960 linnnncs, et qu'enveloppaient des bataillons entiers, dut reculer à son tour. Sa retraite entraina celle de tous les défenseurs du bois de Frœschwiller; et leurs débris, conduits par le commandant Mathieu, du 2° tirailleurs, et le lieutenant-colonel Girgois, du 78°, se dirigèrent vers le village. Ge mouvement s'exécuta lièrenuuit, enseignes déployées et en tenant conslammeni tète à l'eiineini.

1. Wissembourg, Frœsc/urUler, Retraite sur C/inlons, par le coiiimandant he Chalus. Paris, Durnaino, 1882.

2. Le colonol Siizzntii avait (h'jà sauvé son drapeau. Prévoyant que son régiment était voué ù un écrasement complet, il appela à lui le vieux sergent indigène Moliammed-ben-Dakich et lui confia l'étendard du régiment, av(!c mission de le sauver. Ajirés trois jours d'une mar<'li(' péi'illeuse à travers bois, ce brave sous-orficier et fiiu^lques tii'ailleurs qui l'avaient aci'oni|iagné aUiM,i;niront Strasbourg, où ils remirent leur jirécicux dépôt au gouverneur de la ville.

Pri^e du drapeau du 36". — Les survivants du 36* étaient aux ordres tin commandant Laman, seul ofticier supérieur du régiment encore debout, et protégeaient la retraite. Sous la pluie de feu qui tombait, le porte-drapeau, blessé, s'affaisse (ont à coup. Les Bavarois se précipitent avec des hourras frénétiques pour lui fidever son précieux troiihée ; déjà, les quelques braves qui l'entourent ont suct'ondjé et le drapeau va être pris, quand, à leur suprême appel, une poignée d'hommes, ayant à sa tète quatre ou cinq officiers, se jette en avant, baïonnette liasse, el dégage l'étendard.

Alors commence une héroiVpie odyssée. Dans la grande rue de Fra'scliwillei', où la pelite troupe, toujours liraillaid, s'est enfin engagée, débouchent en même temps, par l'autre côté , des bataillons allemands, qui viennent de s'emparer du village par le sud. Les projectiles pleuvent sur le groupe valeureux qui se serre autour de son drapeau. L'oflicier qui porte celui-ci tondie, et avec lui presque tous ses compagnons d'armes. Il ne reste bientôt debout que deux officiers, deux sapeurs et une dizaine de soldats ; mais ces débris d'un régiment qui s'est battu noblement pendant toute la journée ne veulent pas laisser tomber entre les mains de l'ennemi ce ([u'ils possèdent de plus sacré et de plus cher. Ils se jettent dans une grange ouverte el s'y barricadent ; puis, allumant ini tas de fagots, ils essayent de brûler le drapeau. Inqiossible: la soie, mouillée de sang, ne flambe pas. Que faire? Le sous-lieutenant IMhet, prenant alors une résolution désespérée, arrache ces franges sanglantes de leur hampe à denn brisée et les cache sous un tas de bois. Cependant les Bavarois se sont rués à l'assaut de la grange ; la porte vole en éclats, et sur nos braves désarmés et impuissants tombe une horde sauvage, grisée par l'acharnement de la lutte, qui frappe sans (luartier tout ce qu'elle trouve devant elle. Un ofhcier arrache au soldat (pii hi leiiait l'aigle d'or et sa cravate tricolore, tandis que la hampe, brisée en mille pièces, jonche lie ses fragments épars le sol ensanglanté ; puis il donne l'ordre d'enirainer hois de la grange les quelques survivants de ce cond)al suprême, pour les promener devant les rangs ennemis.

La relation officielle prussienn(> accuse, parmi les trophées conquis à Frœsch- \\\\\ri\ une iu'i/lc. \n\\h, dans toute sa véi'ité, l'histoire de celte conquête. Il nous seinlilc qu'elle ajoulc [jIus à la gloiiv des vaincus ([u'à celle des vainqueurs'.

Prise de Fiœschwiller. — .Nous venons de voir qu'au momeid où le .'W s'engageait dans Frœschwiller, le village était déjà pris par rennemi. Les colonnes des V' et XP corps, victorieuses enfin de nos troiqjes harassées, avaient en effet pénétré par le sud dans ce réduit suprême de la défense, que les Bavarois attaquaient mainlciiaul pai'le nord. Le corps Wei'iicr, arrivé à la rescousse, envoyait un bataillon wurteudtergeois pour tourner la position par le sud-ouest, et les cinq corps d'armée

1. La soif du drapeau, cachée dans la grange de Frœscliwiller, ne fut même pas perdue sans niunr par le 'AW . La noWe relique fut retrouv6e après la guerre par un prêtre qui portait la ciiaritô dans r,..s pays dévastés, et restituée au régiment dont elle attestait l'héroïsme. Le 30° reeonsUtué lui n'iidil les honneurs suprêmes, et salua en délllant devant elle le sang dont l'avaient teinte en mou-

runl SCS soldat» loniljés pour la puU'ie;

du Prince royal, marchant concentriquement sur nous, enserraient le village de Frœschwiller d'un cercle de fer et de feu.

« C'est ici, a écrit éloquemment M. Alfred Duquet, c'est ici qu'il faudrait la plume des grands historiens pour raconter dignement l'agonie gigantesque des régiments qui ne fuient point. Oui, parmi ces décombres fumants, derrière ces haies déchirées, ces murs ébranlés, dans cette église crénelée, remplie tout à la fois de blessés affolés et de combattants furieux, au milieu de Frœschwiller embrasé, s'agite encore, sublime de désespoir, une phalange qui meurt et ne se rend pas. C'est rue à rue, maison par maison, pied à pied, que les Français disputent le terrain, et lorsque les Allemands ont achevé leur rude besogne, ils savent ce qu'il en coûte, combien il faut sacrifier de bataillons pour coucher à jamais par lerre les survivants de Malakoff et de Magenta'. »

Le généi'al de Bose, commandant le XI" corps, recevait là une seconde blessure, grave cette fois. Le général Raoult, commandant la S" division française, qui dans cette défense désespérée s'était prodigué avec une indomptable énergie, était frappé à mort^ Les débris de nos régiments soutinrent quelque temps encore une lutte acharnée ; mais le flot sans cesse grossissant des ennemis finit par les submerger, et, vers cinq heures, les survivants de cette défense héroïque durent rétrograder sur Reichshoffen.

Il en est cependant, parmi ces braves gens si peu habitués à la défaite, qui aiment mieux mourir que reculer. Une batterie, placée au nord de la route, continue à tirer « avec beaucoup d'efficacité », dit la relation allemande, jusqu'à ce que les tirailleurs prussiens, mettant hors de combat servants et attelages, aient réussi à lui capturer ses six bouches à ïcn. De même deux escadrons du 6° lanciers se lancent conti'e l'artillerie ennemie qui avance; ils sont écharpés et leur vaillant chef, le colonel Poissonniers, toudie mortellement frappé. Mais, hélas! ces efforts généreux

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