‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 76 sur 262 · Alfred Duquet, loc. cit., pa^c · texte numérisé non relu

Alfred Duquet, loc. cit., pa^c

2. Ancien major de tranchées à Scba.sto]iol, le gonôral Raoult, que ses fonctions appelaient constaniniont aux avant-postes pour la r6ceplion des parlonioiitairos et les échanges de prisonniers, avait connu là le fameux général Tolleben, cliargé, du côté russe, de l'accomplisseuicnt des mêmes formalités. Une estime réciproque et bientôt uiu^ sympathie l'éoUe l'appi'ocha ces deux hommes, si lemarquables tous doux, bien qu'à dos points de vue différents. Aussi, lorsque après la guerre d'Orient, Tolleben, venu en France, fut conduit par l'empereur Napoléon III au camp de Chàlons, qui recevait celle année-là des troupes |]our la première fois, les deux officiers se retrouvèrent-ils avec un plaisir non dissimulé. Il arriva mémo que l'Empereur, eiitiMidant clia(pbO jour prononcer par son hôte dans les termes les plus élogieux le nom do Raoult, dcmaiid.i des renseignements sur lui à ses généraux. Le résultat fut la nomination du colonel Raoult au posie ti'ès envié de chef d'élal-major de la Garde impériale.

« Grièvement blessé à l''iœsch\viller, le général fut secouru par le commandant I)uhouss(?t, ipii « resta à ses cotés Jusqu'à l'arrivée des Allemands. Le général von der Thann (commandant le " I"' corps bavarois) avait cotnm Raoult en .\frique ; le trouvant étendu au pied d'ini arbi'c, il lil |iivvenir " 1(! Prince royal qui accourut au galop. L'énergique blessé eut encore la foi-cc de lui iicrNculer le « commandant Duliousset : — u Monsieur le major, dit le prince à ce dernii'i', en raison de voire " liello Conduite, vous éles libre. » Quant au général, transporté au ciiàteau du comte d<! I,eussc « (à Reichshoffen), il y mourut le 10 août (a). « [Spectateur mHiiaire, liv. du 15 août 1871, p. 1^!? et 188.)

(a) La date ilonmic ici par U: Spectateur militaire est orronce. t'est le 3 soptenitire seulement c|u'cst iiinrt le général Raoult.

sont désormais stériles; la bataille est définitivement perdue, et la seule chose à faire est de protéger, si c'est possible, la retraite de nos soldats épuisés.

Re/raiie sur Xlcdcibronn. — Le général Duerol, ipii peiulaui cette Journée a déployé une habileté et une énergie sans pareilles, est chargé de ce soin. Appelante lui la seule troupe encore à peu près organisée qui lui reste, la brigade du Houlbec, il la poste sur la lisière est du Grosser-Wald, et tient tèle, avec le I "■ /.diuncs, le 15° de ligne et trois batteries du!)", à la maive uKinIruitc drs liataillnns prussiens. (îràce à cette protection, les troupes dw ["' coi'ps pcuvrnt altciuiliv liciclislintTeii, mais dans quel désordre et dans quelle nnd'iisidu ! l'ius de divisions, plus de ivgiuienls, {dus de compagnies! Nos malheureux soldais, sans direction et sans chefs, eneombreut la route pêle-mêle avec h's voitures, les caissons, les cavaliers et les foiu'gous, s'entassent et s'écrasent dans les mes du village^ tandis (|ne les obus lancés par les batteries allemandes creusent dans leur masse mouvante de largi's sillons sanglants. Le maréchal, morne et l'âme brisée, marche en silence avec sou ctat-maj(n' décimé au milieu de cette cohue. Il est cinq heures: il ne reste plus rien à tenter. Le due de Magenta gagne Niederbronn et indique Saverne comme point de ralliement.

Cependant l'ennemi victorieux veut essayer d'anéantir les mallieiu-eux restes du 1" corps. Lançant contre le sud de P.eichsholïen six escadrons wurlembergeois et cinq escadrons prussiens, que soutieinient ileux batteries à cheval, il dirige sur l'est et le nord du village les deux corps bavarois. La cavalerie allemande, reçue à coups de fusil, avançait péniblement et n'osait s'exposer de trop près, quand tout à coup elle aperçoit, entassé près de la sortie sud du village, dans un cliemin coiidnisanl aux forges de Gundershoffen, un gros convoi qui a commis rimpr\idenee de s'arrêter. Elle se jette sur lui, sabre les conducteurs et les attelages, et le capture en entier'. Reprenant sa marche en avant, elle fait écraser de projectiles par son artillerie la brigade Wolf, qui a essayé de lui tenir tète, l'oblige à se replier, et arrive jusqu'à Niederbronn, où elle trouve, vers le sud du vdlage, près de la laliiii|ne de papiers, une batterie de la division Ducrot. Celle-ci n'ayant (|u'nn faible soutien, improvisé avec des soldats ramassés un peu |)ar[out, ne [lent se défendre huiglemps : les Allemands s'en empareni, au prix, il est vi'ai, de pertes sérieuses, parun lesipu'lles il faut compter celle du lieuteuaul-coloiu'l couunaudant les escadi'ons pi'ussiens.

Pendant ce temps, les Wurteinbergeois ont pénétré dans lieiclislioffen, où ne resteiil plus i[\w quel(|ues h(unines épars. l'n de leiu's pelotons, poussant di'oit au château, y fait prisonnier le général de brigade de Nicolaï cl son élal-major. In autre escadron, se portant sur la gare, y prend deux locouuitives et cent wagons charges. Comment tout ce matériel n'avait-il pas été évacué dans la journée? Une pièce renversée sur la route, à l'est de lîeichslioffen, est également ramenée par les cavaliers. Puis tous les escadrons se lancent sur la roule de Niederbronn, par laquelle s'écoulent nos troupes. Mais là s'arrêtent leurs succès, car ils se lieurleut d'abord

1. Ce convoi appartenait à la division do La.■li^'ne; il comptait 13 oriicier. et Luéducins, 18(1 huuwnes. 240 chevaux, 1 bouche à feu, 4 caissons et 1(> voilures.

contre le lU" bataillon de chasseurs, de la division Pelle', qui les alteml de pied ferme, puis contre la division Guyot de Lespart, rangée en bataille sur les hauteurs de Xiederbronn.

Cette division était, on se le rappelle, partie de Bitche dès le matin, mais, retenue par la crainte d'être assaillie sur sa gauche, elle ne s'était avancée, malgré le bruit croissant de la bataille qui se livrait à quelques kilomètres, que très lentement et avec un peu trop de précautions. Quand elle atteignit Niederbronn, avec le 12' chasseurs qui l'accompagnait, le 1" corps avait déjà évacué Reichshoffen, et elle n'eut que le temps de prendre position pour recueillir ses débris. Cependant son intervention tardive, appuyée par les salves d'une batterie, suflit pour éteindre l'ardeur des bataillons allemands et arrêter net leur poursuite. Ils tournèrent bride et regagnèrent Reichshoffen, laissant nos malheureuses troupes continuer leur retraite; celle-ci ne fut plus troublée que par quelques obus lancés de Niederbronn, quand, à 8 heures du soir, les Prussiens entrèrent dans ce village, d'où nos soldats venaient de sortir.

Ce qui restait du I" corps s'écoula dans deux directions différentes; une partie s'engagea sur la route de Bitche, suivie, à courte distance, par la brigade Abbatucci, de la division Guyot de Lespart. L'autre, la plus nombreuse, prit, d'après les indications du maréchal, la route de Saverne, que suivit également la brigade de Fontanges, 2° de cette division. Le même soir, le T corps, entraîné par la défaite du 1", se repliait en arrière, ainsi que nous le verrons plus tard, et quand, à 9 heures du soir, le silence de la nuit succéda, sur le champ de bataille abreuvé de tant de sang, au fracas de cette terrible journée, l'Alsace, que tant de liens si chers rattachaient à la France, était perdue pour nous.

L'armée victorieuse, dont le Prince royal, salué par des hurrahs enthousiastes, 1 narcourait les rangs en cet instant fatal, luvouaciuait sur les positions suivantes : le ^ ^^orps, à Frœschwiller; le XP, à Wœrth, Elsasshausen et Eberbach ; le I" bavarois, a , pj.Qggç}^^^.jljgj.^ Preuschdorf, Lampertsloch et Reichshoffen ; le II" bavarois, a Lcmbacu', Reichshoffen et Niederbronn ; la division wurtembergeoise (moins la 2' brigade placée t.<,pg^.jjjj(pQg^gg ^ Gundershoffen et Griesliacli), à Engelshoff ; enlin la division badoise, a. ^^j^gfg^ gj Schwaabwiller. La 4° division de cavalerie, (pii arriva le soir a Gunsfb^^j^ f^^^ lancée à la poursuite de nos troupes. Ouanl au \F corps, il elait toujours x^,^-, arrière et ne rejoignit pas ce jour-là.

Perles ih h, hntnillr de I'''-a\^cJi\viI/rr. — \a\ victoire (pie les Prussiens venaient de renii)orter était due, en majeu\^^ j,.,,,,-,,^ ., ,,.,„, ,-,,i„nne supéricrilé niiineri(iiie. Tandis que l'armée française coniV^,,.,j| ,,„ |,,^,, ,^,; 5,),, ,„„„„,gg^ 7^,S()() chevaux et UU canons % le Prince royal iN^.,^, j,„ ,^^^,,„.^, ^,,^ 1;,,,,^^ 1.25,500 hommes,

1. Le Wf biilailluii do ('hassours avait Otù ck . , ,. v 1 1 , 1,

>ivoyc le malin vei's Nieuerliroiiii, iiour [iroleyer la roule de retraite. \

2. Les seules troupes françaises qui ne priro.A. ,.^ |^^ l,^^..|l^. ^^,^^ . ,,. ^,, ,.a,aillou du 71" prisàWis-sembour^-; le S-', resté a Stras ,ou,.g, \ ^^^^^ I.UailInns ,lu l'I" r-sle. a lla^uniau, av.T l'artillerie de la d.visiun Conse.l-Du.uesnd. La dV^,.^.^^^ ^^^^^^^^ ^^^.^^.^^ ^,,^ ,,^^,^,^ l,^,,,^,, ^,^, |,,^,,„ ,^ Wisseinboui'i,'. 1

33,000 chevaux et 31"2 iKXiches à feu'; c'était uue [uoijorlinii île 1 Cdiilre :2,n ! Et cependant les pertes de l'ennemi étaient énormes : lOlJ (dliciers et 1,483 soldats tués; 3H3 officiers, 7,297 soldats blessés, enfin 1,373 disparus, an total 10, (Ji'â hommes hors de combat, tel était le biian de son coûteux succès. Ouaiil à nous, le chiffre de nos pertes témoignait de l'acharnement avec iequel notre poignée de soldats avait défendu ses positions. Nous comptions environ 7G0 officiers et 10,000 hommes tués ou blessés -; 4,188 hommes purent se réfugier à Slrasiioiirg, mais :2(H) iiflicicrs et 6,000 hommes ^ restèrent prisomiiers cuire k's mains de rcmicnii : c'élail un lnlal de plus de 16,000 individus hors de cnnibat !

« Les pertes de l'ennemi atleigiiaieut 7 0(1, les lu'ilrcs -2\ ni) de |\'ITcclif: l'armée française fit donc preuve, dans celle lerril)le Jinirin'c, d'une énergie qui lionorait et relevait sa défaite'. »

Mais ce qui ajoutait une singulière intensité à la douleur de celle-ci, c'est l'énorme quantité de butin que nous laissions au pouvoir des Allemands. Une aigle, 28 canons, 5 mitrailleuses, 91 caissons, 23 fourgons de munitions, 158 voitures et 1,193 chevaux nous étaient enlevés; enfin nous abandonnions sur ce terrain si tristement célèbre les corps de 3 généraux et de 7 colonels, morts glorieusement à la lète de leurs soldats !

Malgré tout, le nom de Frœschwiller évoquera toujours dans notre pays des souvenirs d'honneur et de dévouement, et restera comme un monuuuMd impérissalile de la bravoure française. On a vu dans cette journée les chefs faire preuve d'une indomptable ténacité, l'infanterie déployer un courage presque surhumain, la cavalerie se sacrifier tout entière pour le salut commun, et six régiments de cuirassiers se lancer à la mort avec une énergie sauvage. Quant à l'artillerie, si inférieure en nombre et en matériel, son abnégation a été au-dessus de tout éloge, et le noud)re des pièces qu'elle a perdues montre avec quel mépris du danger elle s'est prodi.guée pour tenir tète aux formidables engins dont disposaient les Allemands. Nous pouvons donc pleurer la défaite, mais nous devons aussi relever la tète au snuNcnirile tant d'héroïsme dépensé pour l'éviter, et devant le témoignage qu'en a porté l'adversaire lui-même : — « Le commandant en chef des troupes françaises, a.-t-il dit, avait lutté jusipi'à la dernière extrémité contre les forces supérieures des Alleuuinds ; partout, son armée avait condjatlu avec grand courage; sa cavalerie tout entière s'était volontairement sacrifiée pour dégager les autres armes. Mais (piaud on l'ut entouré de toutes parts, quand l'unique ligne de retraite s(> trouva sérieusement menacée, la résistance dut enfin cesser ^ »

Conséquences de la bataille de Frœscliwillei-. — Malheureusement, si la tièlaile restait glorieuse, elle n'en avait pas moins des conséquences désastreuses pour nous.

1. D'après la relation alleniaïuic ot pu (linilnuaiit rcITectif <riiiic divisinii liavaroiso du 1" corijs qui 110 ])arut pas sur lo théâtre de l'action.

2. I.e pliiffre des pertes de i'arméo fram-aise n'a jamais \m être; exa<'lement (Haoll. '■i. Chiffre donné par les Allemands.

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