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La Guerre franco-allemande, page

L'Alsace, abandonnée par le 1" corps vaincu, et par les 5° et 1° corps obligés de le suivre dans sa retraite, tombait tout entière, moins la seule place de Strasbourg, aux mains de l'ennemi. La barrière des Vosges cessait d'exister, l'armée de Lorraine était tournée par le sud, el la route de Paris se trouvait découverte. Ouant à rcITel moral, il était plus pitoyable encore; nos troupes qui se croyaient et qu'on croyait invincibles perdaient confiance en elles-mêmes, et leur tempérament impressionnable subissait avec une violence extrême la commotion de cet échec foudroyant. La démoralisation succédait sans transition à tant d'énergie et de courage; la fermeté dont les cliefs de l'armée venaient cependant de donner une preuve éclalanle, les abandonnait, et la cohésion, si nécessaire dans les revers, faisait place à un délabrement général qui devait imprimer à la retraite sur Ghàlons un caractère regrettable. Dans le camp ennemi, au contraire, la victoire exaltait les esprits en proportion de la grandeur et de l'imprévu du succès ; les liens de l'unité nationale se scellaient dans le sang répandu en commun, et la connaissance exacte d'une supériorité désormais prouvée donnait à tous, officiers et soldais, une confiance précieuse pour l'avenir.

Pour toutes ces raisons, la perte de la bataille de Frœsclnviller i)renait les proportions d'un véritable désastre. Mais ce désastre pouvait-il être évité? Incontestablement oui, si le maréchal de Mac-Mahon, mieux informé des mouvements de l'ennemi, mieux au courant de sa supériorité numérique et tactique, s'était dérobé le 5 pour aller occuper les défilés des Vosges. La valeur des troupes ne saurait, si admirable soit-elle, suppléer à tout; et quand, par suite de leur petit nombre. celles-ci sont condamnées à la défensive passive, leur perte est assurée. Le résultat de la bataille eût été probal)lement bien différent, si le 5° corps lout enlier et deux divisions du 7° avaient grossi les forces du maréchal. Mais nous avons vu i\\n' le 5° corps, bien que campé à une distance qui lui eût permis d'apporter en lemi)s utile ra])point de 25,0tl0 hommes et de 36 bouches à feu, fut relenu loin du champ de balaille par la divergence des instructions ([u'il recevait, autant ([ue par la préoccu[)ation d'une atlaque innnineute, dont l'absence de nMiseignemeuls précis faisaient, avec quelque raison, redouter l'éventualité au général de Failly. En outre, la division Guyot de Lespart mit à marcher au l'anon une lenteur inexcusable. Quant au 7° corps, il avait, le 4 au soir, sa "2° ilivision et sa rést'rve d'arldlerie à Mulhouse, c'est-à-dir(> à quebiiies heures de chemin de fer de HeifiisluilTiMi. La constitution encore incomplète de ces unités décida probablement le nuiréchal à les laisser sur place, car elles ne reçurent pas l'ordre de se porter à lui. Le fait certain, c'est ([ue, reid'orcé de deux divisions du 5° corps, vl de deux divisions du 7'' avec toute l'in-tillerie, le due de Magenta aurait pu mettre en ligne 7(),(K)U hommes et "2"21 boiiclies à feu. Uni ne doute que, dans de pareilles conditions, les chances de la lutte ue fussent devenues toutes différentes ?

C'est donc à l'incertitude dans le ("oiniuaiidcmi'nl, à son définit d'unité, et à l'absence d'uu service d'explorati(Ui iiiicIcoikju;', (ju'il faut attrihuiu- fécraseuient du 1" corps. L'isolement de ce corps doit être regretté d'autant plus qu'il a justifié l'audace extraordinaire de ce chef d'état-major prussien, engageant de son propre

Combattants

mouvement une bataille générale contre le gré et la volonté formelle du général en chef. Certes, l'initiative est féconde et doit être encouragée à tous les degrés de la hiérarchie ; cependant, quand elle atteint ces limites, elle risque de devenir singulièrement compromettante, et le colonel von der Ësch eût probablement regretté amèr?ment la sienne, si, au lieu de se réduire au seul 1" corps, l'armée du maréchal s'était trouvée constituée comme il vient d'être dit plus haut, et si ses flancs, au lieu d'être à l'air, avaient été appuyés sur des ouvrages de campagne, solidement occupés par une garnison suffisante. Ni la puissante artillerie du Prince royal, malgré sa brillante audace, ni les lignes d'infanterie incessamment renouvelées grâce à l'esprit de solidarité vraiment remarquable qui animait les généraux ennemis, n'eussent probablement réussi alors à prendre pied sur les hauteurs de Forstheim et d'Eberbach, et à chasser ainsi nos braves soldats de leurs positions, en les menaçant de couper leur unique ligne de retraite. Mais de semblables considérations n'étaient guère de saison après un succès aussi triomphal. Il parut au contraire à l'état-major prussien que la victoire de Wœrth donnait comme une consécration à des procédés généralement réputés insolites, et ceux-ci furent, dès ce jour, tenus encore plus en honneur. Nous verrons, dans le cours de ce récit, les généraux allemands y demeurer fidèles ; cependant, s'ils ont conquis ainsi de nouveaux triomphes, c'est uniquement parce que le coupable oubb où nous étions tombés des vrais princijjes de la guerre ne nous a pas permis de ])unir leur témérité.

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CHAPITKE III

I. Rctraïle des 1" et 5' corps. — Le marôchal de Mac Malion élail arrivé de sa personne à Saverne, vers neuf lieures du soir. Les dilTérenls groupes de son armée qui, suivant ses instructions, s'étaient dirigés sur ce point, et auxquels la brigade de Fontanges servait d'arrière-garde, n'y arrivèrent qu'à sept heures du malin, le 7. On chercha alors à reconstituer tant bien que mal les unités désorganisées, à reformer les régiments et à évaluer les pertes. Mais cette dernière opération fut reconnue bientôt imi)0ssible, car non seulement d(!s fractions de troupes assez importantes avaient pris, comme nous le savons, la roule de Bilche, mais encore des quantités d'isolés, s'égarant à travers les passages des Vosges, avaicni gagné soit Lichtenberg, soit la Petite-Pierre, soit même des i)oints (pielcuiuiiu's où ils attendaient des nouvelles de leurs corps respectifs. Divers détachements, formant à peu près un total de "2,000 hommes, s'étaient aussi réfugiés à Strasbourg, nii leur appoint ne fu-t pas inutile à la défense, et avaient porté au général Ulrich, gouverneur de la place, l'annonce du désastre avec la certitude ([u'il ne pouvait désormais compter sur aucun secours.

La reconstitution du l" co,ri)S était donc imiiralicahle, pour le moment; on so

borna à indiquer des points de ralliement où les débris de chaque corps de troupe vinrent se réunir à leurs chefs, et on distribua aux soldats affamés ce qu'on put trouver de nouriilure, après avoir eu recours à la générosité des habitants.

La cavalerie ennemie perd Je contact. — Fort heureusement, l'ennemi n'accentuait pas sa poursuite, et la journée du 7 put être donnée tout entière au repos dont nos malheureux soldats avaient un si impérieux besoin. L'état-major allemand, croyant, d'après la direction prise par la brigade Abbatucci et aussi, il faut bien le dire, d'après la logique, que le gros de nos forces se repliait vers la Moselle pour faire sa jonction avec l'armée de Lorraine, avait en effet prescrit à la 12° division (du VP corps) do se porter vers Bitche dans la matinée du 7 pour nous couper la retraite. En même temps il lançait en avant la 4° division de cavalerie (prince Albrocht); mais celle-ci, induite en erreur par ses éclaireurs, prit tout d'abord la route de Nicderbronn, où se trouvait déjà la brigade de cuirassiers bavarois, et n'envoya dans la direction d'Ingwiller, c'est-à-dire sur la route de Saverne, qu'un régiment de hussards. Au débouché de Niederbronn, le prince Albrecht aperçut des soldats français qui se montraient dans les défilés des Vosges, et cela suffit pour qu'il s'abstint de pousser plus avant. Mais, comme les observations recueillies ne lui permettaient pas de douter qu'une partie au moins des foi'ces françaises se fût repliée par la route d'Ingwiller, il se décida à prendre entin cette direction, emmenant avec lui la brigade de cuirassiers bavarois'. A mesure qu'il avançait, les traces de l'armée battue se montraient plus évidentes et plus nombreuses : des fusils, des sacs, une pièce de canon abandonnée, des fourgons encombraient le chemin ; des traînards se faisaient capturer, tandis que des groupes de soldats débandés, embusqués dans les maisons ou les fourrés, tiraient sur les escadrons en patrouille. Aussi, à dix heures du matin, le prince Albrecht, suffisamment renseigné, mandait-il au Prince royal que a le gros des forces françaises s'était retiré p:ir Niederbronn, sur Bitche, mais qu'une notable partie avait pris par Ingwiller^ » Continuant ensuite sa marche, il atteignit à onze heures Bouxwiller, où il lit reposer sa division. Enfin, à cinq heures du soir, il arrivait à Sleinbourg, avec 30 escadrons et 3 batteries.

C'était là une force respectable et qui pei'mettait au général allemand de se montrer audacieux : il suffit cependant à celui-ci de recevoir une salve de mous- "^{ueterie et d'apprendre que quelques bataillons français étaient en marche vers Steinhourg où il venait d'établir son bivouac, pour (pi'il jugeât prudent de l'ebrousser chemin. Il se relira donc sur Bouxwiller, malgré la fatigue de ses chevaux et les périls d'une marche de nuit, et s'y arrêta jusqu'à nouvel ordre. Or, au même moment, le maréchal de Mac Mahon, sur rdnlre de l'Empereur, venait île l'aire l'eprendrc la retraite vers Nancy. Par suite, quand, le lendemain matin, le prince Albrecht voulut recommencer la poursuite, 45 kilomètres le séparaient déjà de nos

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