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arrière-gardes, et il s'engagea dans les défilés des Vosges, sans y rencontrer personne. Le contact était encore perdu, délinitivenient cette fois.
Quant à la 1"2° division, elle trouva également Bitclie évacuée et le corps de Failly disparu : les remparts seuls saluèrent ses patrouilles de quelques coups de fusil et de quelques obus.
Ainsi la retraite d'une armée aussi complètement battue que celle du marécbal pouvait maintenant s'effectuer sans encombre. C'est là un fait assurément étrauLce, et nui montre bien à quoi se réduisait alors l'audace tant vantée des escadrons allemands ! Les cavaliers de iMurat, de Lassalle et les grenadiers de Lannes entendaient autrement la poursuite, et n'avaient certes pas opéré avec cette mollesse quand, en 180G, ils se lançaient à travers l'Allemagne aux trousses des débris d'Iéna et d'Auerstaedt ! On peut affirmer qu'après une défaite comme celle du 6 août, en présence d'une cavalerie intacte, nombreuse et ayant à peine paru sur le champ de bataille, l'armée d'Alsace devait s'attendre à être harcelée jusqu'à sa complète désagrégation. Il n'en a rien été. Dieu merci ! et ses régiments héroïques ont pu encore former le solide noyau auloui' duipiel sont venus se grouper les éléments un peu disparates de l'armée de Chàlons. Mais la cavalerie prussienne n'a pas lieu de s'enorgueiljir de son audace dans celte circonstance, car elle s'y est montrée singulièrement oublieuse des leçons qu'elle avait reçues autrefois des Seydiitz et des Ziethen !
Quoi qu'il en soit, dans la journée du 7, le maréchal de Mac Mahon avait adressé de Saverne à l'Empereur son rapport sur la bataille de Frœschwiller ; le soir de ce même jour, il remettait son corps d'armée en marche sur Phaisbourg. L'infanterie des deux divisions Ducrot et Raoult suivit la \oie ferrée et passa sous les tunnels des Vosges ; le reste de l'armée, avec l'artillerie, prit la grande route de Sarrebourg. La cavalerie marchait en tète de cette deuxième colonne, sauf le 11° régiment de cJiasseurs, qui, envoyé en reconnaissance vers Steinbourg, n'avait pas aperçu l'ennemi et était venu prendre place à l'arrière-garde. Tout le monde arriva dans la matinée du 8 à Sarrebourg, où rejoignirent également, ainsi qu'on le verra plus loin, le 5° corps et les fractions du l" qui ne s'étaient pas retirées sur Saverne, le G.
La direction imprimée à la retraite du 1" corps a été souvent et justement, du moins le croyons-nous, critiquée. La première ])ensée qui vient à l'esprit, en effet, est que l'armée battue à Frœschwiller devait, sans perdre de temps, se replier sur ses renforts, c'est-à-dire sur la Sarre, où se trouvait le gros des forces françaises, et chercher à rejoindre le plus lût possilfie les corps qui oecu|)aient la Lorraine. Mais était-ce possible? Voilà la question. Les coureurs ennemis se montraient déjà .-ur la Sarre et la Blies, et la route de liitche à Sarreguemines était coupée. Il aurait donc fallu, pour atteindre les forces placées en Lorraine, gagner d'abord la Seillc, puis le Nied, et descendre cette dernière rivière pour remonter ensuite sur Saint- Avold ; c'était là une marche de fianc très dangereuse, (pi'on devait avant tout éviter, ■t l'on s'explique parfaitement que, malgré la logique, une ligne de retraite aussi hasardée n'ait j)oint été adoptée de préférence. Mais était-ce une raison pour abandonner sans défense les passages des Vosges, pour reculer d'une traite jusqu'à
Chàlons, à "270 kilomètres en arrière, entraînant avec soi les 5" et T corps, et pour livrer ainsi, d'un seul coup, l'Alsace tout entière et une partie de la Lorraine à l'ennemi? Assurément non. Obligé de se séparer de l'armée de la Sarre, le 1" corps pouvait prendre résolument un parti, et, adoptant une direction divergente, se diriger droit sur Belfort; entre temps, il aurait pris position sur une des rivières qui traversent l'Alsace perpendiculairement au cours du Rhin, appelé à lui les 5' et 7" corps, et résisté en s'apj)uyant sur la place de Strasbourg. La IIP armée allemande, menacée alors sur ses deux flancs, était obligée de s'arrèler ou tout au moins de laisser sur sa ligne de communication des forces imposantes, sous peine de compromettre gravement celle-ci, et la route de Paris, pour laquelle on semblait éprouver tant de craintes,- se trouvait, du même coup, interdite à l'ennemi. Les auteurs allemands ne dissimulent pas que cette solution leur eût été funeste, et voici ce que dit à son sujet un de leurs écrivains les plus autorisés :
« Une poursuite continue par la IIP armée était impossible dans la direction de Belfort; elle eût cessé déjà à Strasbourg. Le maréchab pouvait y rassembler son corps d'armée en deux jours; puis, renforcé par le 5° et par le reste du 1\ sinon arrêter la 111° armée tout entière, du moins en immobiliser une grande partie. Paris se trouvait ainsi indirectement, mais ti'ès efficacement couvert. Et, après les événements qui se préparaient en Lorraine, les Allemands n'auraient plus eu de forces suffisantes pour investir Metz.
« En agissant comme il le fit, Mac Mabon entraîna à sa suite la IIU armée sur la route de la capitale et exposa celle-ci bien plus qu'il ne la couvrit '. >
Il résulte de tout ceci que le choix de la route de Nancy était aussi mauvais que possible; mais on ne saurait en attribuer la responsabilité au maréchal de Mac Mahon. Il lui fut imposé, comme nous l'avons dit, par les instructinns formelles du major général, qui, quelques jours j)lus tard, lui indiqua le camp de Chàlons comme point de ralliement définitif. Toutefois il est infiniment regrettable que le duc de Magenta n'ait pas jugé à propos, en se retirant, de faire sauter les tunnels du chemin de fer de Strasbourg à Nancy, comme le commandant du génie lui en faisait la proposition. Les fourneaux étaient prêts, car dès le 18 juillet, la Compagnie de l'Est, dont le dévouement et l'intelligente activité furent, ])cndant cette campagne, dignes des plus grands éloges, avait, avec rapju'olialiou du ministre de la (iuerre, fait le nécessaire à cet égard. Le maréchal es])érait-il encore pouvoir faire un retour offensif? Nous l'ignorons; mais toujours est-il que lorsqu'à Paris on sut que l'armée d'Alsace ne se reformait pas, comme on le supposait, sur le versant oriental des Vosges, des instructions furent lancées pour la destruction des ouvrages. « Il était malheureusement trop tard; ceux-ci étaient occupés par les Allemands, don/ i-icn nv(jala la joie, dit un de leui's historiens, lorsquils découvriront qa'aiiciui ohslaclc u'arrc/ai/ leur marche dans la traversée do la ligne des Vosges ^ »
1. Gonéral-licutenaut de Hannekf.u, Rcjlexions militaires, i;. Jacqmin, loc. cit., page 310.
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Arrivée du 5° corps à Sarrehourg. — Voyons maintenant ce qui s'était passé au 5^^ corps. Le 6 août, vers sept heures du soir, le général de Failly, qui toute la journée avait entendu la canonnade de Frœschwiller, était informé du résultat de la bataille par deux dépèches, l'une du chef de la gare de Banstein, ainsi conçue : « Bataille perdue, l'ennemi est à Niederhronn », l'autre du général Abbatucci lui rendant compte de la direction prise par les deux brigades de la division Guyot de Lespart'. Le commandant du 5° corps réunit aussitôt un conseil de guerre, composé des généraux de division et des chefs de service, et lui demanda son avis sur la situation. Après une discussion approfondie', le conseil opina pour une retraite immédiate, et décida qu'on prendrait sans tarder la route de la Petite- Pierre, en abandonnant à Hilchc tous les bagages et les voitures, même celles de comptabilité. Une compagnie formée avec les douaniers des environs, un bataillon du S6^ quelques artilleurs commandés par un capitaine, enfin un médecin et un sous-intendant militaire, devaient être laissés dans la place pour en former la garnison.
En conséquence, à huit heures du soir, le camp était levé, et le h" corps se mettait en marche, ayant en tète la division Goze. Ce n'est que dix-huit heures plus tard, et après une marche extrêmement pénible, qu'il arriva à la Petite-Pierre oîi se trouvaient encore des détachements du L'' corps, avec le général Ducrot qui avait heureusement fait préparer des vivres, et où le général de Failly trouva un télégramme du major général, ainsi conçu : « L'Empereur maintient les ordres qu'il vous a déjà donnés^ et d'après lesquels vous devez vous retirer avec vos troupes sur le camp de Chàlons. »
Le général de Failly, qui avait déjà reconnu des positions défensives autour de la petite place et prescrit de réparer en hâte les fortilications, donna donc de nouveau l'ordre du départ, et se dirigea, le 8, sur Sarrebourg, où il arriva dans la soirée. Là, il trouva le nuiréchal avec le I" corps et la division (îuyot de Lespart, dont certaines fractions avaient dû, pour gagner ce point, parcourir l'énorme distance de 120 kilomètres en 38 heures, sur la crête même des Vosges et par des chemins à peine tracés. Il y trouva aussi le commandant Vanson, du grand état-major général, qui venait, de la pail de l'Empereur, prescrire aux 1" et 5° corps de continuer leur retraite sur Nancy, mais de ne pas dépasser ce point sans ordre nouveau, et qui était chargé de diriger sur Chàlons directement tous les malades et éclopès'.
Marche sur Lmievillc. — Le maréchal et le générai de Failly prirent ditnc leurs dispositions pour partir au plus vite; mais, dans le but de se procurer jilus aisément des vivres-, ils convinrent de fractionner leurs forces en trois colonnes.