‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 8 sur 262 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Au moment où les événements de l<S(Jt5, éclatant comme un coup de foudre, vinrent jeter dans la vieille Europe une si profonde perturbation, le recrutement de l'armée française était assuré par la loi de IB^^, œuvre d'une commfssion qu'avait présidée le vainqueur de Watignies et de Fleurus, l'illustre maréchal Jourdan. Cette loi contenait, en résumé, les dispositions suivantes : la durée du service était de sept ans, le chiffre du contingent annuel devait être fixé chaque année par une loi spéciale, et ce contingent se divisait en deux portions, dont la première, plus ou moins élevée suivant les crédits budgétaires alloués, était incorporée tout entière, tandis que l'autre, formant la réserve, demeurait provisoirement dans ses foyers. Cette réserve pouvait toujours, par une simple ordonnance, être appelée à l'activité, et, en outre, le Ministre avait le droit de la réunir pour être exercée. Enlin, chaque appelé conservait la faculté de se faire remplacer, mais en restant responsable de son remplaçant, et obligé de rejoindre les drapeaux immédiatement, si celui-ci venait à déserter.

On avait évalué à 500,000 hommes le contingent de guerre que celle loi pouvait fournir, et l'expérience de l'année 1848, pendant laquelle le gouvernement provi-

soire de la République poiia l'effectif total de l'armée à 502,000 hommes, en appelant toutes les réserves sous les drapeaux, prouva plus tard la justesse de ces calculs'.

L'armée que donna à la France la loi de 183-2 est celle qui con(pnt l'Algérie, et qui triompha à Sébastopol de la bravoure superbe et de l'indomptable ténacité des Russes.

Comme l'a écrit si Justement M. le général Thoumas, elle demeura k un admirable instrument de guerre jusqu'au jour où les opérations militaires atteignirent ces proijortions colossales que de cruels événements nous ont appris à connaître, alors que les hostilités n'éclataient pas comme la foudre, concentrées pour ainsi dire dans le premier choc de deux adversaires, dont le mieux et le plus vite préparé doit presque fatalement l'emporter sur l'autre" ». Malheureusement, la loi de IS3-2 était entachée d'un vice capital, qui était l'impossilîilité presque absolue d'instruire les réserves. Les crédits budgétaires, toujours insuffisants, ne permettaient en effet que des appels irréguliers, sinon nuls, en sorte qu'il restait là près de 300,000 liommes qu'une déclaration de guerre pouvait du jour au lendemain jeter dans les rangs, sans qu'ils eussent jamais appris à marcher ou à tenir une arme quelconque.

Cependant, la première modilication apportée à la loi de 183"2 ne visa nullement ces défectuosités patentes, mais seulement l'institution du remplacement. Dès le début de la guerre de Crimée, on vit se reproduire contre celui-ci les attaques auxquelles, au nom du privilège et de la morale, il était en butte, depuis le général P^jy, et une nouvelle loi, i»r(jmulguée le 26 avril 1855, vint lui substituer l'exonération. Au lieu de se chercher à soi-même un remplaçjant, le jeune soldat appelé, et qui ne voulait pas servir, se bornait désormais à verser dans une caisse, dite de la Dotation de l'armée, une somme variable suivant les années, laquelle somme servait à constituer des primes attribuées à ceux qui, déjà sous les drapeaux, s'offraient à signer un rengagement pour sept nouvelles années. C'était là, à proprement parler, une simple affaire de mots, car pour qu'il n'y ait point de déchet, il eût fallu que le nombre des rengagés fût, chaque année, sensiblement égal à celui des exonérés. Or, on ne tarda pas à être loin de compte, puisque, en 1859, il ne se trouva que 13,713 des premiers contre 42,717 des seconds ^ 11 fallut donc que l'Fltat se pnicuràt lui-même des remplaçants, et devint à sou tour marchand d'hommes. La morale n'y gagnait rien, mais, en revanche, le prestige de l'Ktat en était singulièrement compromis, et les agences de remplacement singulièrement relevées, puisqu'elles traitaient maintenant directement avec le ministère. En outre, cette masse de remplaçants qui encombraient les cadres alourdissait l'armée, et la privau des éléments plus jeunes et plus actifs que lui eût fournis un contingent annuel élevé'.

1. Duc d'Au.mai.k, Institutions militaires de la France, paries 137-105. — Général Thoumas, Les Transformations de /'armée française. Paris, Berger-Levraull, 1887, loiue 1", page 17.

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