‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 81 sur 262 · jAcyjiiN, lue. cit., page · texte numérisé non relu

jAcyjiiN, lue. cit., page

.3. Opérations et marches du ït" corps^ page 27.

Le maréchal, commençant le 21 le mouvement vers l'est, dont il sera parlé en détail à son heure, ordonna le départ de l'armée sur Reims et fit prévenir les parties du 5° corps (division Goze et brigade Maussion) qui étaient encore en route, de rallier ce dernier point. C'est donc là, et le "2-2 août seulement, que le b' corps se trouva tout entier réuni à la nouvelle armée qu'on venait de former à Chàlons.

Les détails dans lesquels nous venons d'entrer au sujet de la retraite des 1" et 5" corps ont pu sembler arides au lecteur. Nous n'avons pas cru cependant pouvoir les taire, parce qu'ils sont le témoignage le plus frappant de l'incohérence incroyable qui présidait à la direction supérieure des opérations. A chacun des ordres émanant du major général succède presque immédiatement un contre-ordre; le 5° corps, bien que placé formellement sous le commandement supérieur du maréchal de Mac Mahon, reçoit directement du quartier impérial ses instructions. Et quelles instructions ! Ce n'est qu'après le 12 août, quand le grand quartier général est dissous, que la direction devient un peu plus normale. Mais là encore l'absence de renseignements certains sur la position de l'ennemi, et l'aflluence de nouvelles que l'emploi vicieux de la cavalerie ne permet pas de contrôler, jettent le malheureux 5° corps dans une série d'hésitations et de fausses manœuvres qui l'eussent exposé à une destruction totale, si l'ennemi avait été plus entreprenant. C'est seulement le 22 août, seize jours après son départ de Bitche, qu'il arrive au camp de Chàlons, ayant parcouru 270 kilomètres, soit à peine une moyenne de 1(3 kilomètres par jour, dont un tiers en chemin de fer! Une marche rétrograde accomplie dans de pareilles conditions était certainement aussi déprimante qu'une défaite, et il n'est pas étonnant que le 5° corps, à peine remis de ses secousses, ait fait preuve, quelques jours après, à Beaumont, de tant d'imprévoyance, immédiatement rachetée, il est juste de le dire, par une bravoure que nous allons bientôt avoir à admirer.

11. Retraite du 7° corps. — Le 4 août, le général Douay s'occupait à Bolfort de constituer son corps d'armée auquel manquaient, outre la division Dumont, encore à Lyon, beaucoup de personnel et presque tout son nialériol, (puuul il reçut du maréciial de Mac Mahon la dépêche suivante :

« Nous sommes attaqués par des forces supérieures; envoyez à llaguenau une division. »

Immédiatement, legénéi'al Douay dirigea sur le poini indiiiué la ilivision Conseil- Dumcsnil, qui prit à la bataille de Fnpschwiller la part (pie l'un sait, et il resta avec la seule division LiéJjert. Or, à cette date, les Allemands faisaient, comme nous l'avons dit, des démonstrations plus ou moins sérieuses sur la rive droite du Pdiin, en face de Neuf-Brisach, et cherchaient à détourner ainsi l'allcnlion des troupes d'Alsace sur leurs véritables intentions. La fréquence de ces mouvements de troupe décida l'Empereur à rapprocher le 7" corps, et, les 5 et 6 aoi'il, celui-ci reçut l'ordre de se porter à Mulhouse, où le général Douay envoya son uni(iue division d'infanterie, avec la brigade de cavalerie Cambriel' et la réserve d'artillerie. Le 7 au

1. Cette brigade était la seule de la division Anieil. L'autre brigade (géii(irul Jolif-Ducoulombior) avait été conservée à Lyon et ne rejoignit pas le "• corps.

matin, après une nuit passée dans l'angoisse causée par des rumeurs inquiétantes propagées dès la soirée du 6, le commandant du 7" corps recevait du maréchal le télégramme suivant, si émouvant dans son laconisme : « J"ai été attaqué dans mes positions par des forces supérieures ; j'ai perdu la bataille et fait de grandes pertes; je prends les ordres de l'Empereur et vous les ferai connaître. — Mac Mahon », puis, une heure après, cette dépêche de l'Empereur : « Jetez, si voiis le pouvez, une division dans Strasbourg, et avec les deux autres couvrez Belfort'. «

Cet ordre du souverain combla d'étonnement le général Douay, qui ne pouvait croire de la part du commandement à une pareille ignorance de la situation. En effet, comme l'a écrit un officier de son état-major, « que le quartier impérial ne sût pas que la division Conseil-Dumesnil était englobée dans la débâcle du 1" corps, cela pouvait s'expliquer; mais avoir laissé ignorer à l'Empereur que, des trois divisions du 7" corps, l'une était avec le maréchal à Reichshoffen, que l'autre se trouvait encore en formation à Lyon, et que le général Douay disposait seulement d'une division, cela était surprenant". » Quoi qu'il en soit, le général Douay crut devoir replier sur Belfort les troupes qu'il avait à Mulhouse, et les mit en marche par étapes, dans les conditions les plus pénibles et les plus difficiles. Une chaleur suffocante, des vivres insuffisants, une inquiétude générale, bien justifiée par les tristes nouvelles qu'on avait reçues, enfin la crainte continuelle d'être attaqué sur les derrières par les troupes victorieuses du Prince royal, tout contribua à rendre ces deux étapes particulièrement douloureuses, et l'on se demande pourquoi la voie ferrée ne fut pas utilisée. Cependant les troupes arrivèrent le 8 autour de Belfort, s'établirent sur des positions qu'elles mirent en état de défense, et préparèrent ainsi la longue résistance de la vaillante cité. Le l'a, arriva la division Dumont, et dès lors le général Douay put disposer de 17,000 hommes d'infanterie, de 1,300 cavaliers et de 90 bouches à feu^

Le 7' corps, complètement ignorant du sort qui lui était réservé, attendait donc sur place des instructions, quand, le 16 août, lui parvinrent deux dépèches du nouveau ministre de la Guerre, général de Palikao. La première, arrivée vers trois heures, le prévenait qu'il allait quitter Belfort et se porter sur Paris; la seconde, datée de cinq heures de l'après-midi, lui enjoignait de se rendre à Chàlons.

Le ministre ayant jugé en effet qu'il n'était pas possible de transporter directement sur cette dernière localité les troupes stationnées à Belfort, sans risquer d'entraver les mouvements des 1" et 5° corps, qui employaient à ce moment même la ligne Ghaumont-Châlons, faisait passer le 7' corps par Paris. On utilisa à cet effet les deux lignes de Lyon et de l'Est ; la cavalerie et la réserve d'artillerie s'embarquèrent à Monlbéliard et prirent la voie Besançon-Dijon-Paris. L'infanterie monta en chemin de fer à Belfort même et gagna Paris i)ar Langres et Chaumont.

Le ;20, les premiers trains arrivaient à Paris, et gagnaient, par la ceinture, la ligne de Strasbourg. Comme, dans la nuit du 20 au '21, on avait été avisé au minis-

1. Prince Uini;sco, Bel/ori, Reims, Sedan. Paris, Pion, 1872, page 27.

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