‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 84 sur 262 · La Guerre franco-aUemnmle, page 381. 1. Ibid · texte numérisé non relu

La Guerre franco-aUemnmle, page 381. 1. Ibid

L'OUUAnA.NTS

210 RETRAITE SUR CHALOxNS

vivre^^, puis il arbora le drapeau blanc, et se rendit à discrétion avec 2 officiers et "2l;î hommes', sur lesquels on comptait 34 lilessés. Il avait tué aux AVurtembergeois un lieutenant-colonel et 12 hommes, blessé un capitaine et 24 soldats.

Après la guerre, Archer reçut du conseil d'enquête chargé, sous la présidence du maréchal Baraguey-d'Hilliers, de juger sa conduite, des éloges mérités, et ce témoignage, si éloquent dans sa concision toute militaire, qu'il avait fait tout ce qu'exigent le devoir et l'honneur.

Prise de la Petite-Pierre. — Le même jour, un détachement du \^ corps, qui marchait au centre de la ligne, se présentait devant la Petite-Pierre, fortin minuscule à cheval sur la route de Saar-Union à Bouxwiller. On avait placé là une petite garnison, également du 96° de ligne, commandée par un capitaine, dont le premier soin fui de faire mettre en batterie les pièces en bon état et suffisamment nombreuses qui garnissaient les remparts. Mais, le 8 août, cet officier, tombé gravement malade, avait dû être évacué sur l'hôpital de Phalsbourg, et le commandement, en l'absence de tout autre officier, était échu à un sergent-major, nommé Bœltz. Celui-ci, comprenant que sa garnison était trop faible pour tenter la moindre défense, demanda, mais vainement, au général de Failly, alors en pleine retraite, de lui donner des secours. Il pensa alors que le seul parti à prendre était d'éviter la captivité, de tâcher de se rendre utile ailleurs, et d'abandonner la place, mais sans y laisser rien dont l'ennemi put profiter.

Dans la nuit du 8 au 9, le sergent-major lit donc enterrer les cartouches, noyer les poudres et jeter ses 8 pièces dans la vieille citerne du fort. Il était temps, car le lendemain, dès l'aube, des coureurs ennemis se présentaient devant la place et la sommaient de se rendre, donnant une heure pour réfléchir. Bœltz, qui avait déjà réfléchi, réunit ses hommes, gagna une poterne qui donnait sur les rochers, puis, une fois hors des murs, forma sa petite colonne en ordre de marche, avec une avant-garde, une arrière-garde, des flanqueurs, et se dirigea vers Phalsbourg. Parti à neuf heures, il entrait dans la ville à midi et demi. (Juand, à dix heures du matin, les Allemands se présentèrent pour traiter de la capitulation, ils ne trouvèrent que quelques traînards, et un matériel hors d'état d'être utilisé.

La récompense (jue la Patrie décerna au brave sous-oflicicr, pour rintclligence et le sang-froid dont il avait fait preuve, fut digne et de la grande nation qui l'accordait et de celui qui la recevait. Bien que les sous-officiers ne soient pas, aux termes des règlements, admis à l'honneur d'une justification |)ubli(iue de leurs actes, le ministre de la Guerre décida, en 1871, que Bo'ltz serait traité comme un ofiicicr. Il comparut donc devant le conseil d'eiKpiéte, présidé jiar un maréchal de l''rance, et si, s'en tenant rigoureusement à la lettre des lois, ce conseil dut se déclarer incompétent, ce fut ajjrès avoir constaté : — « que le sergent-major Bœltz, investi

1. Cette garnison était l'orméo de 21 liomnics du iW", 4 canonniers avec un maréclial do.s logis, plus quelques épaves de l'armée do Mac Malien, écliappés au désastre de Kr<i'scli\villeri elle possédait 7 caiinii»! ot 2(i() l'iiiiijs ClinKsopot, nvoo des munitions en quantité suflisaiitc.

RETRAITE SIR ClIALONS -211

accidentellement du commandement du diMachement appelé à former la garnison de la Petite-Pierre, et par suite du commandement même de la place, et dépourvu de tout moyen sérieux de résistance, avait fait preuve de décision et d'intelligence en faisant détruire les munitions de la place avant de l'évacuer, et en assurant le salut de la petite troupe qu'il commandait. » Bœltz fut, en outre, nommé chevalier de la Légion d'honneur.

Direction imprimée à in imtrclio dis nrinccs nllcwnndes. — Sur ces entrefaites, le 8 dans la soirée, M. de Moltke avait fini par connaître la véritable direction prise par les troupes d'Alsace. Il savait, d'autre part, que l'armée française de la Sarre, entraînée dans la retraite du '2" corps battu à Spicheren, se retirait tout entière sur la Moselle. Les précautions prises pour arrêter vers Rohrbach les débris de Frieschwiller devenaient donc inutiles, et la seule chose à faire était maintenant de pousser droit devant soi. Le chef d'état-major allemand avisa immédiatement par le télégraphe les trois commandants d'armée de la direction à prendre, et donna en particulier l'ordre au Prince royal de se diriger sur la Moselle par les routes situées au sud de celle de Saar-Union à Dieuze ; mais, en même temps, il prenait soin de régler la marche des deux autres armées de façon à maintenir ses forces toujours groupées, cherchant ainsi lieaucoup plus à se masser qu'à atteindre les corps français en l'elraite avant qu'ils aient pu se reconstituer'. Ainsi, comme l'a fait remarquer M. le général Derrécagaix, les chefs des armées allemandes ne furent préoccupés (fue de l'idée de s'avancer réunis sur nos lignes de défense, et ne poursuivirent pas, au vrai sens du mot, les 1", 5° et 7" corps. « Combinaison prudente assurément, mais que l'immense supériorité numéritpie de nos adversaires ne semblait pas rendre absolument nécessaire. Elle montrait du moins que le culte de l'avantage du nombre est, dans les applications de leur stratégie, un principe absolu et sans limites. »

Tant il est vrai que si la conduite de la guerre a donné de noli'c cùlé ])rise à (les critiques justifiées, les combinaisons des Allemands sont loin d'être toujours marquées au coin de cet audacieux génie qui force la victoire et assure les triomphes éclatants. Les batailles péniblement gagnées à coups d'hommes sont profitables sans doute, mais combien elles ajoutent moins à la gloire d'un général et à l'éclat d'une nation ([ue les succès préparés par les conceptions fécondes des grands capitaines, qu'ils s'appellent Condé, Turennc ou Napoléon ! Hemartpions cependant que, celte fois, M. de Moltke rappelle ses généraux aux vi'ais iirincipes de la guerre, et leur donne l'ordre de pousser la cavalerie au loin, en avant.

l.Les instructions envoyées de Sancbruck, le 9 août, à huit heures du soir, étaient ainsi conçues :

'■ Les renseignements recueillis font supposer que l'ennomi s'est retiré derrière la Moselle ou la

Seille. Les trois armées prendront cette direction. Les routes suivantes leur sont respectivement

affectées, savoir: III" armée, les routes Saar-Union-Dieu/,e et au sud; II'- arnico, les routes Saint-

Avold-Nomény et au sud ; I" armée, les routes Sarrelouis-Boulay-ies-Eiangs et au .sud.

.1 Alin de couvrir ce mouvement, la cacalcric decra être lancée an loin et soutonne par di's avant-gardes à grande distance, de manirrc à laisser aiu; annces la ieinps de ne cuncenlrer en eau de Itp.isoin.... etc. »

Obéissant donc aux ordres du généralissime, la IIP armée, appuyant assez fortement à gauche, continua sa marche en avant; le 10, la cavalerie du VP corps atteignit Fénestrange et Sarrebourg, tandis que le V corps s'arrêtait tout près de Veyer.

Tentative contre Phalshourg. — On se rappelle que le XP corps formait l'aile gauche; ayant pour objectif Sarrebourg, il devait forcément se heurter chemin faisant à la place de Phalsbourg, dont la possession importait d'autant plus aux Allemands que cette forteresse commandait le tunnel de Saverne et pouvait, par son action, gêner singulièrement les transits en chemin de fer. Mais Phalsbourg, pourvue d'une garnison de 1,252 hommes \ avait comme commandant de place un homme de devoir et d'énergie, le commandant Taillant, qui ne paraissait nullement disposé à se rendre sans combattre. Le général de Gersdorff, commandant du XP corps en remplacement du général de Bose, grièvement blessé à Frœsclnviller, essaya cependant de l'intimider et, le 10 août, le fit sommer de se rendre. Mais Taillant refusa résolument, et, menacé d'être bombardé, se borna à répondre : « J'accepte le bombardement \ «

Aussitôt les Allemands font avancer dix batteries, dont quatre se postent à 2,500 mètres au sud-est, et six à 4,000 mètres à l'est de la place. Ces 60 pièces de canon ouvrent sur les murailles un feu violent, auquel ne peuvent riposter que 10 pièces françaises, qui encore ne portent pas, et ce bombardement quel([ue peu fantaisiste se continue pendant trois quarts d'heure, avec une consommation d'un millier d'obus ; après quoi l'obscurité, jointe à une pluie torrentielle, vient imposer silence à l'artillerie allemande, qui se retire. Le XP corps, peu fier apparemment d'avoir fait tant de bruit pour si peu de besogne, se remet alors en route, laissant à la li« division, qui s'avance sur ses derrières, le soin de bloquer la forteresse qu'il n'a pu emporter '.

Arrivée de la III' armée sur la Sarre. — Le 12, dans la soirée, la IIP armée atteignait la Sarre. -Oe jour-là, les deux corps bavarois, les V et VP corps prussiens et la division wurtembergeoise occupaient la ligne qui s'étend, sur une longueur de 15 kilomètres, de Fénestrange à Sarrebourg, et jetaient leurs avant-gardes sur la rive gauche. La 12° division, toujours chargée de la liaison avec la 11'' armée, s'établissait à Saar-Union. La 4° division de cavalerie, patrouillant au loin, occujjait Moyenvic par une avant-garde, Lunéville jiar une autre *, et envoyait un parlemen-

1. Dont 200 échappés do Fru'sclnviller, et les 28 soldats du llfi'' (jiic BciMlz avait amenés do la Petite-Picnc.

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