La Guerre franco-allemande, page
Spicheren, livrée contre les intentions du généralissime, et aussi, hélas ! une nouvelle victoire pour les armes allemandes. Il est à croire cependant que le général de Steinmetz ne fut pas complètement absous par le succès. L'état-major prussien, en plaidant longuement les circonstances atténuantes, a cherché à masquer cette désobéissance véritable sous une périphrase d'un délicat euphémisme, où il est question seulement d'une « certaine divergence dans les appréciations et dans les vues immédiates du grand quartier général et du commandant en chef de la r° armée^ ». Mais l'irritation intime qu'a dû ressentir le général de Moltke, à voir ainsi son autorité méconnue, ne s'est certainement pas calmée de sitôt; cet homme à la volonté si absolue et à l'àme si sèche ne pouvait certainement pardonner un pareil mépris de ses ordres, "et il est probable qu'il l'a rappelé à qui de droit, quand, après la bataille de Saint-Prival, le général de Steinmetz eut, pour la seconde lois, donné prise à des critiques. L'esprit d'indépendance un peu excessif de celui-ci fut donc une des principales causes de la disgrâce où il tomba peu après ; du moins explique-t-il les mesures prises à son égard, et comment, moins d'un mois après cette affaire, la V armée, décapitée, passait aux mains de l'ancien antagoniste du vainqueur de Spicheren.
Reconnaissances de la cavalerie. — Cependant, tandis que se déroulaient les phases de cet incident assez singulier, la cavalerie allemande poursuivait son exploration à grandes distances. Le 4 août, la brigade Bredow (de la 5° division) partait de Deux-Ponts, à deux kilomètres de la frontière française, lançait cinq détachements sur notre territoire entre Sarreguemines et Bitche , et reconnaissait les emplacements occupés par toutes les troupes du 5° corps'. Le même jour, le général de Bedern, qui patrouillait à l'extrême droite de la 11° armée, envoyait en reconnaissance un capitaine de hussards qui parvenait à se glisser jusqu'à Emmersweiler, sur les derrières de la position du 2° corps, et rendait compte des mouvements qu'opéraient à ce moment certaines de ses fractions pour changer d'emplacement. On en concluait, à tort, dans l'état-major prussien, que nous battions en retraite, mais on acquérait aussi cette conviction, qu'une attaque de notre part devenait de jour en jour plus invraisemblable et qu'ainsi aucun obstacle ne viendrait désormais entraver l'offensive allemande'. En tous cas, on demeurait convaincu, non sans un certain étonnement, que la cavalerie française persistait dans son inaction, et que décidément elle ne voulait pas sortir de la zone des positions occupées par nos corps.
M. (le MoUke possédait donc tous les éléments nécessaires pour agir avec |)ioin|)lilinlo ; mais comme la IIP armée était déjà engagée sur la frontière, il jugea (pi il riilliiil, avant de pousser les autres hardiment de l'avant, attendre le résultat