Ibid
combler rintervalle qui existait entre nos deux ailes, il donnait l'ordre au général Valabrègue de l'occuper avec quatre escadrons. Mais, au bout d'une heure et demie d'attente sous un feu qui leur infligeait des pertes cruelles, ceux-ci voyaient s'évanouir pour eux tout espoir d'intervenir, et, privés des abris que leur avaient offerts jusque-là des constructions isolées, maintenant démolies par les obus prussiens, se retirèrent en arrière vers Stiring et se placèrent en soutien de l'artillerie de réserve.
Tentative contre le Rotherberg. — Retournons au Rotherberg, où l'action a pris une intensité nouvelle, et où la physionomie définitive de la bataille commence à se dessiner. Le général de François, comprenant très bien que cette hauteur, dont la masse rougeâtre dominait tout le pays, constituait la clef véritable de la position, et convaincu, d'après les rapports de la cavalerie, qu'elle n'était que faiblement occupée, avait déjà, vers une heure, fait une nouvelle tentative pour s'en emparer avant que des renforts n'arrivassent à ses défenseurs. Prenant avec lui les deux bataillons de réserve du Reppertsberg\ il s'était élancé, au prix de pertes très sérieuses, dans la plaine mamelonnée qui s'étend entre la Sarre et l'Eperon, et avait tenté, sous la protection des trois batteries accourues sur le (jalgenberg, de déborder l'Éperon sur ses deux flancs. Poussés en avant par cet effort, les trois bataillons arrêtés depuis la matinée dans le Gifert-Wald reprirent alors l'offensive et réussirent à gagner les abords de l'Éperon. En un instant, la brigade Micheler, encore seule sur la hauteur, se trouva presque enveloppée, et le général de Laveaucoupet n'eut que le temps d'appeler à lui la brigade Doëns, maintenue jusqu'alors derrière le village de Spichercn. Deux ])ataillons du 63° de ligne et un bataillon du 2° franchirent aussitôt, malgré un feu terrible, le ravin qui sépare le village du Gifert-Wald, atteignirent l'Éperon, et, ouvrant sans plus tarder une fusillade meurtrière, contraignirent les Allemands du général de François à s'arrêter. Ceux-ci, décimés, tourbillonnant et à bout de forces, furent réduits à chercher des abris au pied même du rocher, et se blottirent pêle-mêle contre la base des escarpements, où les balles partant des tranchées placées au-dessus de leur tète, ne pouvaient plus les atteindre.
Mais, malgré tout, la situation n'était i)as sans gravité. Dans le Gifert-Wald, en effet, les Prussiens, mieux abrités, n'étaient maintenus en place qu'au prix d'une lutte opiniâtre et sanglante; les munitions commençaient à s'épuiser, aucune réserve n'était plus disponible, et les soldats, qui combattaient à jeun depuis de longues heures, témoignaient déjà d'une fatigue visible. Il fallut, pour maintenir leur énergie à la hauteur des circonstances, l'intervenlion personnelle du général de Laveaucoupet, qui, mettant l'épée à la main, se jeta en avant, et brillamment secondé par son chef d'état-major ainsi que par le commandant Peaucellier, réussit à communiquer à tous son ai'deur et sa bravoure. Électrisés par cet exemple, nos fantassins
1. Moins les trois compagnies qui, ainsi qu'il a été dit précédemment, étaient, au mémo moment, dirigées sur Stiring, au secours de l'ailo droite.