‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 95 sur 262 · ii'Tirral ili' .Slciiiiuetz · texte numérisé non relu

ii'Tirral ili' .Slciiiiuetz

•2. Général Von Dcr Tann.

i. Général de l'odbieski.

.'}. G'' (le Vo'uts-Uhotz.

oublièrent leur lassitude et, dans un vigoureux et suprême effort, rejetèrent en désordre sur le ^^■interberg les assaillants durement éprouvés.

Situation à trois lieures de l'après-mifU. — 11 était trois heures environ. L"olïensive prussienne avaitpartout échoué, et l'attaque, exécutée par 15,000 hommes appuyés de 24 bouches à feu contre 13,400 qui ne possédaient que 18 pièces', dont 6 mitrailleuses, n'avait pu prendre pied sur nos positions. El cependant les assaillants, s'avançant constamment à l'abri de fourrés, avaient trouvé là une protection efficace, qui manquait généralement aux défenseurs, obligés de combattre en terrain découvert sur la plus grande partie de leur front, et ne sachant qu'imparfaitement d'ailleurs utiliser les couverts. Entîn la supériorité matérielle avait été acquise, dès le début, à l'artillerie adverse, et nos pièces, comme à Frœschwiller, jie luttaient qu'avec les plus grandes difficultés. Cependant le courage des soldats avait suppléé à tout, si bien qu'à celte heure déjà avancée de la journée, les Prussiens non seulement ue pouvaient plus avancer, mais encore ne se maintenaient qu'avec la i)lus grande peine en face de notre front. Les mouvements tournants qu'ils avaient tentés, sans succès d'ailleurs, avaient développé leur ligne outre mesure, et la seule 14° division occupait une étendue de près de 6 kilomètres, alors que la position française en comptait quatre au maximum. Sa formation était donc, par cela même, excessivement mince, et il n'eût fallu qu'un effort léger pour la r(im])re complètement.

Mais, pour que cet effort fût fait, deux choses étaient nécessaires : d'abord la ferme volonté de ne pas s'en tenir à la défensive passive, ensuite la présence sur le champ de bataille du général en chef. Or, la confiance dans les positions dominantes, nous avons déjà eu plusieurs fois l'occasion de le constater avec douleur, était telle à cette époque que dès qu'on en occupait une, on ne l'abandonnait que pour battre en retraite, jamais pour foncer de l'avant; en outre, à trois heures de l'après-midi, le général Frossard, malgré les avertissements reçus sur l'imminence d'une attaque, n'avait pas encore quitté Forbach. Dans ces conditions, il était difficile de prendre l'offensive.

Quant aux Allemands qui ne connaissaient pas encoi'e l'inertie laclicpic^ dont nous étions frappés, ils ne se sont fait depuis aucune illusion sur les périls dont les efit menacés, à cette heure, la témérité du général de Kameke, si nos généraux avaient cherché à y répondre par autre chose que la passivité. « La situation du côté des Prussiens, dit la Relation du grand état-major allemand, rendait assurément fort urgente l'entrée en ligne de troupes fraîches pour venir en aide à la 11" division, dans la lutte inégale qu'elle avait soutenue jusqu'alors sur un front

de i)rès de 6 kilomètres à tout instaiii, on ])ouvait s'attendre à voir l'ennemi

profiter de sa grande supériorité numériiiuc |i(iiir refouler ou pour roniinc la faible ligne (11' li.Mlaille (|ni bii élail n|i|»iisée'. »

1. L'arrivée do la baUerie de réserve envoyée, vers deux liouros, de Forliacli i\ Stii'iiip, jiar \c ■rénéral l'rossard, porta ce cliilïrc à 21 |)iôces. 'i. I.ii diirrri' J)-iinco-(i//ciiiai>ilc, pa^c .'J;:iO.

HATAILLK DE SPICHEUIÎX nb

En effet, avec la brigade Valazé, restée à Forbach, avec la division Bataille, maintenue à Œttingen jusqu'à trois heures passées , le "1" corps coiuplait 29,000 hommes. Avec le secours du 3' corps, c'était plus de (fO.OOO hommes qu'on pouvait jeter sur l'armée de Sleinmetz, arrivant à la Sarre par petits paquets et débouchant unité par unité, au risque de voir ses divisions renversées les unes sur les autres... Non : on préféra rester sur place, se borner à défendre la position jusqu'au moment où l'on se vit forcé de l'évacuer, et faire tuer des hommes au lieu de se mouvoir et de mamruvrer. Jamais aussi inconcevabk^ inconscience des réalités de la guerre n'a été constatée; jamais on n'a vu le commandement s'effondrer de la sorte et jamais non plus général placé dans la situation critique du général de Kameke n'a eu cette bonne fortune d'avoir affaire à un adversiiire qui ait aussi peu su exploiter cette situation.

Attaque du lio/horLerg. — Cependant l'état des choses n'allait pas tarder à se moditier à notre détriment, par l'entrée en ligne successive des divers éléments de la V armée et du 111° corps. Vers trois heures et demie, le général d'Alvensleben atteignait Sarrebruck, amenant avec lui des batteries du IIl' corps qui couvraient aussitôt de projectiles l'éperon de Spicheren; peu d'instants après, d'autres batteries appartenant à la UY division (VHP corps) venaient augmenter encore l'inlcnsité du feu. Trente-six pièces tiraient à la fois, contre lesquelles noire uudhcureuse artillerie luttait en désespérée, mais sans résultat. Le général de Kameke, voyant d'autre part les progrès de la 28° brigade vers Stiring, jugea alors que le moment était propice pour revenir à la charge, et renouvela au général de Frani^-ois l'ordre de s'emparer de l'Éperon, en le débordant par le Gifcrt-Wald.

Se mettant aussitôt à la tète du bataillon qui était resté, depuis son récent échec, blotti au pied de la montagne, le général de Fran(;ois se lance à l'escakide des rochers. Après une ascension des plus pénibles, cette troupe atteint la cièle et se trouve face à face avec le 10° bataillon de chasseurs qui occupe la tranchée-abri. Un feu terrible arrête sa marche; elle hésite, se rompt, et va redescendre en désordre l'escarpement, quand l'artillerie du Galgenberg vient faire en sa faveur une puissante diversion; les obus qui, passant par-dessus la tète des fantassins, tombent dans la tranchée, y broient nos malheureux chasscui-s, ri rendent la position intenable. Le 10° bataillon est obligé de reculer et d'aller prendre position sur un versant de terrain, placé à (piehiue dislance m arrière ; et là, il recommence ses feux à volonté. Mais il est trop affaibli maintenant pour repousser l'assaut victorieux d'un ennemi déjà supérieur en nombre, et que vient au même moment renforcer une comi)agnic du .'J!)^ Tout ce ({u'il [(Ciit laii-e, c'est de le maintenir sur place; en vain le général de Fran(.'ois, l'éiièe à la niaiii, cssayet-il d'entraîner ses hommes dans un sui)rème effort. Frappé de riii([ balles, il s'affaisse et cxpiiv bientôt, payaid n(dileinent de sa vie ce prcuiicr triomphe si chèrement acheté.

C'était d'ailleurs le seul que l'ennemi eut remiiortè encore. Dans le ( '.ilerlAN'ald, la brigade Micheler contenait victorieusement les efforts des bataillons qui teutiueni

Î3fi BATAILLE DE SPICHEREN

par ce côté de tourner notre droite. Les Prussiens subissaient là des pertes énormes et finalement étaient repoussés. « Épuisés par celte longue lutte, ayant en partie consommé leurs munitions et ne pouvant trouver à proximité ni secours, ni approvisionnements, ils se voient contraints de battre en retraite. Les Français les suivent jusqu'à la lisière nord de la forêt, d'où ils accompagnent d'un feu rapide et meurtrier les débris qui se replient sur le Winterberg '. »

De même, plus près du Rotherberg, le 40' de ligne tenait bon et refoulait les compagnies du 39° prussien qui formaient la droite de l'attaque allemande de ce côté. La division Laveaucoupet, sauf la perte de la trancbée de l'Éperon, réussissait donc à conserver ses positions, et sa situation semblait d'autant meilleure qu'à ce moment (4 heures) lui arrivait en renfort la brigade Fauvart-Bastoul. Le général Bataille, entendant d'Œttingen le fracas de la bataille, s'était empressé en effet de diriger celte brigade sur Spicheren, sans ses sacs; il envoyait avec elle également un bataillon du "23° de ligne (commandant Bézard) et une ])alterie d'artillerie (8° du 5°, capitaine Benoist). C'était là un appoint précieux que le général de Laveaucoupet utilisa sans plus tarder. Plaçant dans le Gifert-Wald et sur les pentes est de l'Éperon deux bataillons du 66°, il envoya le l'este au nord-ouest du village, face à la vallée de Stiring. Les Prussiens étaient déjà en effet, ainsi que nous le verrons [ont à l'beure, maîtres de la Brcine d'or, d"ofi ils menaçaient de nous prendre à revers : l'arrivée très opportune de la jirigade Bastoul vint donc à propos mettre un terme à leurs progrès.

Malheureusement, à ce faible secours, l'ennemi pouvait maintenant répoudre par l'entrée en action de troupes nombreuses qui allaient, d'un seul coup, lui assurer une trop imposante supériorité numérique. Déjà apparaissaient sur les collines de la rive gauche les têtes de colonnes de la 16° division (Vlll" corps) et le gros de la 5°. De nouvelles batteries, arrivant avec elles, en débanpumt du chemin de fer, prolongeaient la ligne de feu dont nos troupes du i)lalcau avaient tant à souffrir, et venaient augmenter d'instant en instant le chiffre des pertes que l'absence de réserve rendait irréparables. Les généraux ennemis, atteignant l'un après l'autre le champ de bataille, se repassaient le commandement, par rang d'ancienneté, et donnaient à l'action, avec une direction qui se centralisai! à mesure, une cohésion bien plus redoutable que les efforts décousus du débiil. Au gén('ral de Kameke avaient déjà succédé les généraux de Stiilpnagel, commandaiil la .V division, cl de Ga?ben, commandant le VIIT corps, ("était maintenani le général de Zasirow, commandani le \'ll' corps, qui ])renait la direclion de la balaille, avec pleins pouvoirs de la pousser jusqu'au boul.

On se souvient en effet que eel oflicier gV'uéral, pressenti par le commandant de la I i'' divisinn sur l'opp^rlunilé de s'emparer des hauleurs de Spicheren, a\ail laissé libre son subordoniM' d'ai^ir suivant ses inspiralions'. Toulel'ois, voulanl, lui aussi, avoir l'assenlinicnl du commandant en chef, il avait envoyé à

Page 1