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BATAILLE DE SPICHEREX 237
celui-ci, vers midi, un officier de son étal-major pour lui demander s'il devait amener son corps tout entier sur la Sarre. Or, voici quelle avait été textuellement la réponse du général de Stcinmelz : « Uenncmi doit être puni de sa négligence. Afin de l'empêcher de rentrer dans les positions qu'il a évacuées sur la rive gauche de la Sarre, le commandant en chef déclare en approuver l'occupation, dans l'intérêt de la 11° armée; on cherchera aussi à gêner les embarquements de troupes françaises qui ont lieu à Forhach, et (jui ne paraissent couverts que par peu de monde. »
Cet ordre, présomptueux mais net, dcNuil évidemment fixer toutes les hésitations du général de Zastrow. Celui-ci n'avait donc plus, une fois en possession du commandement, qu'à prendre ses mesures pour en assurer l'exécution, en tant qu'elle était possible'; et c'est ainsi qu'aussitôt après son arrivée, l'attaque de nos positions fut reprise avec une nouvelle viginMir'-.
Il était temps d'ailleurs de venir au secours des batailluns aux prises avec les nôtres : « A la suite de la mort du général de François, dit la iîelalioii allemande, la situation des cinq compagnies prussiennes du Rotherberg était devenue si fâcheuse qu'il importait de plus en plus de les soutenir. Déjà les munitions leur manquaient, et ce n'était que par des prodiges d'opiniâtreté qu'elles se maintenaient encore dans les tranchées dont elles s'étaient emparées sur la crête la plus avancée ^ » On dirigea donc de leur côté des troupes fraîches, grâce auxquelles nos lignes avancées dans le Gifert-Wald furent refoulées. Le général Doëns, voyant ce mouvement de recul, fonga sur l'assaillant avec quelques compagnies du 2" de ligne et réussit à l'arrêter. Mais les renforts grossissaient sans cesse; nos soldats écrasés sous le nombre semblaient tléchir; le général Doëns, bravant les balles ([ui pleuvaient autour de lui, se mit résolument à leur tête, et, les électrisant par sa bravoure, fit à leur dévouement un suprême ap[)el.
Alors se déroule, dans ces fourrés obscurcis de fumée et hachés de mitraille, une lutte poignante, dont la violence dépasse toute imagination. Les officiers, qui, quel que soit leur grade, payent de leur personne comme les sinq)les soldats, sont presque tous atteints. Dans cette affreuse tuerie, qui souille de larges plaques rouges le sol gazonné de la forêt, on voit tomber le jjrave Doéns, le colonel de Saint-Hillier, du "2° de ligne, mortellement atteint, les lieutenants-colonels Rode et de Houcheman, grièvement blessés. Bientôt il faut emporter le colonel Vittot et le lieutenant-colonel Aruoux, mis hors de combat, à l'angle ouest du bois, où com-
1. Dan.s la deuxième partie de son ordre, le général do Sieinrnel/. faisait preuve en effet d'une certaine ignorance de la situation: car non seulement il n'y avait à Forbai-li, le i\ août, aucun embarquement de troupes, mais encore ce point, où se trouvait un matériel de guerre considérable, était gardé à. ce moment encore par des forces assez imposantes pour jeter dans la Sarre, si on les eût mieux employées, les bataillons prussiens qui se préparaient â en déboucher.
2. L'ennemi, assez mal impressionné par le peu de réussite de ses premiers efforts, avait ralenti son action vers cinq heures, en attendant l'arrivée dos renforts espérés. Cette accalmie avait même fait croire au général Frossard que la lutte allait s'éteindre, du moins pour la journée, et il en avait avisé le maréchal Bazaine.