‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 10 sur 158 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

FiereAraa^ Vincent.

Fierabras.

I ompagnon^ que faictes-vous icy ?

Vincent. Mon Dieu ! que vous [ venez bien à propos ! je vous cher^rchois.

Fierabras. Y a-il long-temps quWes arrivé?

Vincent. Tout à ceste heure»

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FiERABRAS. J'ay faict seller et enhernasclier i

les cheyaux, «t, amn que les voyez mieux à vos- !

trc aise, je vous les veux monstrer hors Fcstable. j

Ma sœur, faictes sortir ces garçons. Toutèsfois, non, laissez-les là, nous les verrons bien en ma court de derrière, où Ton pourroit courir la lance. Mais, pour vous dire la vérité, je ne voy point trop volontiers les hommes venir si sou- '

vent céans.

Vincent. Au contraire , vous en devriez estrc hien joyeux , estant ceste escuyrie si belle, qu'il prend envye aux passans s'arrester pour la ,

voir.

FiERABRAS. Je gaignay ce beau roussin qu'avez veu à la journée de Moncontour , lors que, la cuyrasse sur le dos et le coustelas au poing, je rompy et desconfy les ennemis de Sa Majesté, encores qu'on tirast sur moy plus de deux mille coups d'artillerie, qui toutèsfois ne me peurent jamais offenser.

Vincent. Dieu sçait si cestuy-cy vid jamais attaquer escarmouche , ou s'ilsçait, combien il est obligé à &es jambes !

FiERABRAS. Que dictes-vous de jambes?

Vincent. Jedy que je pense que vostre cheval estoit lors au sang jusques aux jambes, et qu'estes fort adroit de vousestre peu sauver de tant de bouletz. FiERABRAS. Croyez que la dextérité est nécessaire à qui veult bien escrimer ; combien que la mienne estoit plustost pour offenser que pour parer aux coups.

Vincent. Pourquoy?

FiERABRAS. Pource que je regardois de quel costé de l'armée venoient les bouletz. Âdonc, les

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rencontrant d'une plus grande force qu'ils n'estoient poussez, je les reiettois sur lès trouppes ennemyes avec la main, deçà et delà, à dexti'c et à senestre.

Vincent. Je ne me puis plus garder de rire, ha ! ha ! ha !

FiERABRAS. Vous ricz, m'ojant reciter choses si nouyélles et emerreillables-; mais croyez pour vérité que je dis quelques fois choses incroyables.

Vincent. Je le pense ainsi.

FiËRABRAS. Mais allons voir mes chevaux. Je me vante vous faire voir aujourd'huy les plus belles bestes que vous vistes de long-teinps, et si avez envye d'avoir quelques hamois, comme caparassons, brides, selles d'armes dorées et de toutes sortes , et autres équipages, j'en ay les plus beaux du monde, dont je vous feray bon marché.

Vincent. Vous parlez bien : nous les verrons à nostre retour, et s'il y a quelque chose qui me duise, je vous en bailleray aultant qu^ua autre.

FiERABRAS. C'est bien advisé. Ce pendant, je les vas envoyer quérir chez le frippier à qui je les ay baillez pour vendre.

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