SCÈNE IIII. Vincent^ Magdelaine
Vincent.
i ma Magdelaioc me tenoit attaché à une Ichaine d'acier, je croy fermement qu'elle jn'auroit point plus grande puissance sur imoy que Tamour que je luy porte , lequel ne m'abandonnera jamais que par la mort. Mais la Toicy. Que veut dire, Magdelaine, que je ne suis jamais si triste et mélancolie, que la douceur et délicatesse de vostre beau visage ne descharge mon cœur de tous les ennuys qui renyeloppent?
Magdelaine. Vous le dictes de la bouche, mais à Teffect on void le contraire , tant vous recompensez bien Famitié que je vous garde,
Vincent. Que voulez-vous dire par cela?
Magdelaine. Et bien ! vous serez marié ?
Vincent. Marié! hé, je vous prie, cessez de me pi us tourmenter par tos jalousies : car, si tous pensiez par cela me rendre plus vo§tre, il est impossible ; si afin de me vaincre en amour, je me ren vaincu ; si c'est pour me faire mourir devant mes jours, je suis prest : prenez /un cousteau et faictes de moy ce qu'il vous plaira.
Magdelaine. Oy, je vous veux lyer, je vous veux vaincre en amitié, je vous veux faire mourir. Par mon Dieu , croyez-moy , vous ne m'esbloirez plus les yeux de l'entendement par vostre babil, comme par cy-devant m'avez alléché les
3z Lariyet.
oreilles, escoutant vos desloyalles promesses* Quel homme de bien, lequel, mettant a part le respect qu'il devroit avoir à la foy et amitié que je iuy ay tousjours portée, se va marier !
Vincent. Mais avec qui?
Magdelaine. Avec Renée., fille du seigneur Nicaise. Cognoissez-vous Renée?
Vincent. Vous estes devenu cornemuse. Qui vous a dict ceste belle bourde ?
Magdelaine. Où sont les promesses et les juremens de ne m'abandonner jamais , par lesquels vous me faisiez croire que ne pouviez vivre sans moy ? Où sont ces amoureuses et cuisantes flammes, ces douces et emmiellées parolles? Où sont maintenant (ô vaillant amoureux ! ) ces services, ces belles offres d'estre mien, ces prières qu'il me pleust vous commander, et ceste obeissanœ 2 Allez, allez , vosire brave foy m'a assez repue de parolles et de vaines espérances. Je vous cognois' ' maintenant , mais trop tard. Allez , mariez-vous, soullez vos désirs, contentez vostrepère, puisque Iuy voulez complaire ; une seule cnose me conforte, c'est que vivrez en chagrin en vostre message, parce que, si vostre espouse est femme accorte, entendant comme vous m'avez deceue ( devenue sage à mes despens ) , ne vous pourra jamais aymer de bon cœur.
Vincent. Hé! ma sœur! ne dictes ainsi, car vous n'en avez occasion.
Magdelaine. Si ay, j'en ay bien occasion, et par vostre faute Ne sçavez-vous ce que j'ay £dct pour vous , obéissant à vos volontez , et ce que tant de fois vous m'avez promis ?
Vincent. Magdelaine . s'il est ainsi que je me
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veuUe marier, je prie ce Dieu qui m'entretient en vie me...
MàgdIblaine. Helas! que ce Dieu demeure beaacoup à se vanger de vous, qui, par vos faux sermens, jouez de luy à la pelotte !
Vincent. Pôurquoy me faictes-vous mourir de dueil? pôurquoy me traictez-vous en parjure et mescbant , vous laissant ainsi tromper par une fausse suspicion? Oyezrmoy, je vous prie, et si trouvez que je sois menteur , je veux que ne me croyez jamais..
M AG DEL AINE. Ah! moD cher thresor! vous voyez que je suis jeune, nue, et seule; vous voyez que je n'ay icy parent ny amy, et pouvez penser que pour Tamour que j'ày tousjours portée a vous seul , je suis monstrée au doigt et mal voulue de tous mes voisins. Toutesfois, vous voulez estre si cruel et inhumain, que, me voyant battue de tant de fortunes , de souffrir me veoir plongée jusqu'au fond ! Souffrirez-vous veoir tresbucher en ruyne celle qu'avez aimée plus que vostre propre vie (si on doit croire à vos paroles) ? Helas ! ouvrez les oreilles à mes justes plaintes, et, selon vostre courtoise nature , prenez pitié de moy et de mes calamités, si je vous ày tousjours esté servante et subjette ; et vous , mon seigneur et mon roy , si j'ay tousjours mis peine à seconder vos plaisirs, ne m'abandonnez point ; sôyez-înoy seul mon conseil, mon espérance, ma compagne, mon amy, mon parent, mon deffenseur, mon doux baiser , ma douce bouche , ma boochetb savoureuse, toute plaine d'amour, de ris et de mignardises.
Vincent. Escontez, Magdelàiné, escoutez : je
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ne sçay comme ces nouveUes sont venues jusques à TOUS, nj oui en a esté le messager; mais quiconque il puisse estre, il vous a rapporté faux^
Magdelaine. Gomme se peut-il faire?
Vincent. Ëscoutez, si vous voulez. 11 est bien vray qu« le viellard me parla Tautre jour de sa fille et me presche tous les jours que je la prenne. Mais que j*aye jamais pensé la vouloir espouser, hy que je le veulle encores faire, cela est faux et controuvé. Je n'en veux point, elle ne sera jamais ma femme , et, deussé-je me rendre ennemy de tous les hommes , je vous ay seule désirée, et seule vous veux avoir ; aussi ne vous laisseray-je jamais tant que je vive.
Magdelaine. Puis-je ( ô mon ame ! ) vivre asseurée en ceste promesse et espérance?
Vincent. Très asseurée. Mais voicy le capitaine. Que maudit soit-il ! je voulois que m'en-^ soignassiez comme je doy faire pour venir ceste nuiet coucher avec vous.