SCENE XIIII
Babille, M, Josse.
Barille.
) e croy que je seray tousjours par les f chemins ; j'ay opinion qu'il doit estre Prévenu. Tic ! toc ! 0 que misérables sont > les amoureux !
M. Josse. Qui est ceste mal morigerée, pecova campi^ qui d'une telle force bat ceste porte? Elle m'a fait contremiscere tous les intestins. Qui frappe à cet huis ? Qui est-ce qui heurte ?
Le Fidêlle, Comédie. 371
-: Babille. Le seigueur Fidelle sont-il ca la maison ?
• M. JOSSE. Fcèmina proten^a^ rude, indocte, imperite , ignare , indiscrette , incivile , inurbaine, mal morigerée, ignorante, qui t^a enseigné à parler en ccste façon ? Tu as fait une faute en grammaire, une discordance au nombre, au mode appelé nominatwus cum verbo^ pour ce que Fidelle est numeri singularisa et sont numeri piàralisj et doit-on dire : est-il en la maison? et non : -sont-ils en la maison ?
Babille. Je ne sçay pas tant de grammaires.
M. JosSE. Voicy une autre faute, un très grand iice en Toraison, pour ce que, comme dit Guarin, la grammaire , estant art recte loquendi recteque scribendi, jaçoit qu'en plusieurs langues elle soit escritte, n'est pourtant sinon un seul art, parquoy envers les bons autbeurs ne se trouve grammatice grammaticarum^ non plus encores
Sue tritica triticorum, et arène arenarum , car se dit tant seulement au singulier.
Babille. Toutes ces vostres niaiseries ne m^importent rien.
M . J OSSE . En ce sens on ne dit pas ne m'importe rien, pour ce que duœ negationes affirmant, et Tallent autant comme si tu disois, il m'importe un peu, ce que tu n'entends pas dire, par ce que tu Toulois que j'entendisse qu'il ne t'importe pas.
Babille. Je n'ay point aprins toutes ces choses-là ; chacun sçait ce qu'il a aprins.
M. JossE. Sentence de Seneque, au lirre he moribus. Unusquisque scit quod didicit.
Babille. Faites-moy ce plaisir, allez le appe-
iya Larivby.
1er et lu y dites que je suis la servante du seigneur Ottayian.
M. JOSSE. Prononce^moy Octayian avec c et ty pour ce que dérive du nom universel octo, qui en grec s'écrit par cappa et iaf.
Babille. Despeschez-moyje vous prie, et luy dites que je suis Babille.
M. JossE. Ce nom est fort propre aux femmes, qui veullent tousjours babiller comme toy.
Babille. Vous me semblez un diable.
M. JossE. Tun'entens le vocable, pour ce que diaèolus siguifie calomniateur et faux accusateur; je ne t'accuse pas , mais je dedare ton nom.
Babille. 0 diable , o démon que vous estes! faictes que je parle au seigneur Fidelle.
M. JosSE. 11 faut distinguer comme tu entens ce mot démon , pour ce qu'il signifie intellig^it, et jusques icy tu m'as pieu. Se trouve des caeo* démons et eudemons , bons et mauvais démons, comme tlolus malus, dolus bonus, venenum ma" hjun, venenum bonum. Que te semble de ces choses ?
Babille. Je ne vous enten pas.
M. JossE. Si tu ne l'entend, tu es comme morte, ncun sine doctrina vita est quasi mortis imago. Âtten, je m'en vas.
Babille. Allez au diable , qui vous puisse crever et ceux qui vous ressemblent !
Le Fidelle, Comédie. 37^