SCÈNE XI II
Victoire^ Béatrice.
Victoire.
; eatrice ! sors dehors.
Béatrice. J'y vas.
Victoire. C'est icy qu'il faut se rc- I soudi^e et prendre courage ; autrement, je suis perdue.
Béatrice. Que vous plaist-il?
Victoire. Fidelle a veu le seigneur Fortuné sortir de chez moy ; il m'a surprins à la porte que
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je le haisois, il a sçeu les sorcelleries ; il m*a dit mille vilenies , et juré de m'accuser à mon marj, tellement que me yoilà morte.
Béatrice. Helas ! et comme ayez- vous fait?
Victoire. li n*est besoin dire autre chose; il iaut pouryeoir.
Béatrice. Or sus donc, dès maintenant.
Victoire. Je me trouve fort confuse , diverses choses me roullent en la fantasie ; une seule me semble pouvoir reiissir, laquelle neantmoins je ne voudroy employer.
Béatrice. Et quelle est-elle?
Victoire. Faire tuer Fidelle, lequel, m^ayantsi long-temps aymée, combien qu'à présent il me soit devenu ennemy, ne mente la mort, pour ce que, si je doy dire la venté, je luy ay donné grande occasion de me hayr ; neantmoins, si je tien ma vie chère et si je veux vivre , il faut que je me résolve en cest estrauge party , car il ne s^appaisera jamais qu'il ne m ait accusée à mon mary, et s'il m'accuse je suis morte.
Béatrice. Cela est tout certain. Madame; ne perdez temps, faites-le , car il vaut mieux que la croix voise en la maison d'autruy qu'elle vienne en la nostre.
Victoire. Si je m'enfuyois?
Béatrice. Que feriez-vous par cela? Vous ne pourriez pourtant eschapper , ains vous publieriez au monde pour une amante infâme. I*aites-le tuer, car voilà le moindre mal que puissiez faire.
Victoire. Me le conseilles-tu?
Béatrice. Ouy , et vous en prie pour vostre bien.
Le Fibëitle, Couedie. 36^
Victoire. A qui veax-tu que je commette ceste affaire de si grande importance ? Ne sçais-tu qu'enfin toute cbose se descouvre ?
Béatrice. Pourveu qu'il meure, qu'importe qu'on dise que l'avez fait tuer ?
Victoire. Gomment! il importe de ma vie et de mon honneur.
Béatrice. Quant à l'honneur, qui la perdu une fois le peut aventurer encores une autre. De la vie, je m'en ry , pour ce que sans preuve on ne fait mourir aucun.
Victoire. Tu dis vray. Si j'envoyois appeler un de mes frères et qu'on lu j dist que cestuy me fait l'amour et que par force il veut de moy ce que de gré je ne luy veux accorder, ayant tous^ jours esté et voulant mourir femme de bien , et qu a ceste occasion il le tue.
Béatrice. Voilà qui est bon.
Victoire.' Mais très meschant.
Béatrice. Vous estes donc desjà repantie?
Victoire. Repentie, non; mais le moyen me semble très mauvais et vain, par ce que, si je le descouvre à mon frère, je luy donneray un soupçon de moy , et puis ce sera tout : car, n y ayant en ceste ville femme qui ne veulle entretenir un amant, il se mocquera de moy, qui pense luy faire croire , cela joint qu'on ne tuë un homme pour dire; Il aime ma sœur. Aucune femme ne peut estre forcée de faire part de soy-mesme h un homme, elle n'en fera rien si elle ne veut. Tellement que je n'en feray rien, deussé-je mourir.
Béatrice. Si est-ce qu'il faut tousjours ayder aux extremitez.
Victoire. Je ne sçay que je doy faire.
T. VI. u
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Béatrice. Qui est ce bravache oui senroit tousjours Yostre mary en ses querelles?
Victoire. Et bien?
Béatrice. Ne vous fait-il pasTamoiir?
Victoire. Ouy.
Béatrice. Qu'y a-il donc de plus propre? Parlez-luy-en « commandez-luy et le contentez à son gré. Quel danger y a-il ? La chose sera secrette; un péché secret est k demy pardonné, et par ainsi sauverez yostre honneur.
Victoire. Tu dis bien. Va-t'en courant au bout de ceste rue et frappé à la dernière porte, et si le seigneur Brisemur est en la maison , car te) est son nom, dy-luy que je désire un service de luy, et qu'il vienne parler k moy ; et si de fortune tu ne le trouves, atten-le, et ne revien que tu ne l'ameine.
Béatrice. J'y vas.