‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 104 sur 158 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Yirginie, fille; Saincte, nourrice.

Virginie.

) e me voy bien misérable , d^estre en [ceste façon contrainte me monstrer en )la ruë\ eucores que je sçache bien cela \ n'estre bien décent à une honneste fille, et que j*en pourray estre blasmée ; mais persuadée de Yostre conseil , ains forcée de Tesperance que j'ay de Teoir mon seigneur, je ne puis autrement faire que je n^ vienne. Dieu yueille que cestuy vostre conseil ne tourne encorcs à mon dommage, comme tant d'autres qui m'ont trompée !

Saincte. Virginie, ma chère fille, je t'ay tousjours conseillée avec raison et du pur de mon cœur ; mais si la fortune t'a esté contraire, c'est d'elle que te dois plaindre, et non de moy.

Virginie. Ains plnstost de vous, qui avez esté le commencement oe ma misère.

Saincte. Je ne t'ay exhortée aymer aucun, mais bien après que ton destin te rendit amoureuse, mené' à pitié de ta douleur, me suis-je efforcée à te donner secours.

Virginie. Vous ne m'y avez exhortée, mais ttedis que, moy estant encores petite fillette, avez dierche de tromper les ennuyeuses heures de la nuict, en me racontant diverses fables, vous es*

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yentastes en ma jeune poictrine les flammes dV mour. De combien m^avez-yous conté qui se sont chèrement aimez ? Et qui ne se seroit énamouré etk la foy et constance de Florio, qui fit tant pour Blanchefleur? Et qui seroit tant privée du sens, qui, oyant raconter combien de plaisir et combien de joyes amour porte quant et soy, nVnst désiré devenir amoureux pour vivre en ces doux travaux que me disiez que sonventes fois souloient tuer et ruiner les amans? Ces vostres dis- «£0urs saisirent tellement mon esprit, que, portant envie aux plus heureux, je nedesirois que trouver Foccasion de m'enamourer, pour cognoistre et enoores esprouver Tamoureuse douceur, et creut ce désir avec les ans, lequel eut tant de force,

Îu'aussitot que mes yeux s'offrirent au seigneur idelle, ou fust-ce par la ferme pensée qui estoit -en moy ou bien par la grande beauté d'iceluy, je me reudy vaincue, et des lors ne fust en ma puissance penser à autre chose qu'à Taymer très ardemment. Or considérez si toutmon mal ne vient pas de vous.

Saincte. Je n'eusse jamais creu qu'en une petite fillette telle que tu estois lors eussent eu force ces petits discours et contes à plaisir, lesquels sont faits presque par toutes les nourrisses, pour entretenir les enfans.

. Virginie. Sottes sont les mères qui souffrent ces choses, ne cognoissans combien peut allumer un jeune cœur ouyr raconter les amoui*s d autruy; et est ce père bien digne de reprehension, qui, pour entretenir ses filles, leur baille de tels livrft a lire.. Mais, ô moy misérable! la demie heure ■est passée, et il ne vient pas. Je .yeux que nous

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rentrions en la maison, afin que la fottune ne me fasse encourir en quelque ruine.

Saingte. Âttens encores un petit, et n^ayes pœur. Toutesfois, si tu veux t en aller, j'attendray icy dehors, et quand je le \erray venir je t'ap- •pelleray.

Virginie. J'y vas.

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