SCÈNE IIII
Narcisse , vestu en mendiant , le visage couvert ; René^ Babille,
Narcisse.
uel Ciceron, quel Mars, quel Apollon, [quel Roland ou quel autre docte oif [ reutendement aigu, me pourroit co- ' guoistie pour Narcisse? Par hazai'd, j'ay trouve en un des coffres de mon maistre cest accoustrement, lequel, pour ce qu^il me cache le visage, me plaist tant, que je n'ay voulu chercher autre habit Je tien du meschant, du larron et de l'assassin . 0 ! comme il me semble qu'il me sied bien! Je m'y plaist infiniement, et doute prendre telle amitié à cest habit, que je seray contraint de quitter mon maistre et aller mandier comme un gueux, c^r il me semble que c'est une belle chose. On vitaux despcus d'autruy, on ne fait chose quelconque, on ne des^tend rien en habits de livrées ; mais , qui plus est, on acquiert un crédit si grand, qu'à toutes les portes que tu frappes, la servante te vient au dcvaut avec l'aumosne à la main. L'aumosne est une espèce de don ; le don est un signe
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de révérence; la révérence est une recagnoissance de son supérieur. En recevant donc des dons et presens d un chacun, je deviendray le plus grand nomme du monde. 0 ! que belle aventure est la mienne ! Ma foy, je ne veux plus perdre temps, mais donner commencement a ma grandeur; je veux frapper à ceste porte... Tic, toc... Faites Tausmone a ce pauvre, il priera Dieu pour vous.
Remé. Que vas- tu cherchant? Desloge d'icy ; il n*y a point de pain.
Narcisse. Je dirai un de profundis pour les trespassez. . . Tic, toc... Qui voit de Tceil croit du cœur la misère d^autruy . Tic, too^
René. Retire-toi d'icy, sot que tu es>!
Narcisse. Je ne m'en iray pas que tu ne m'ayes baillé Taumosne.
René. Atten, atten, je te la vas porter.
Narcisse. Ho! est-ce ainsi qu'on y va? C'est un eschantillon de vraye pénitence. Saincte Marie !
René. ^Ceste aumosne se baille à tes sembla* blés.
Narcisse. Âyes discrétion. Diable que tu es, que t'ay-je fait pour me charger ainsi les espaulles?
René. Tien, et va au gibet.
Narcisse. 0 puissance du ciel ! voici un mauvais commencement de grandeur. On dit en un commun proverbe que tous commencemens sont difficiles, par quoy je veux encores tenter la fortune et frapper à ceste autre porte. Tic, toc. Faites Taumosne à ce pauvre homme qui a dix enfans , et n'a aucun revenu, ny mesticr, et ne sçait rien faire pour gagner leur vie ; faites-luy l'aumosne , gens de bien ; que Dieu vous ayde en vos tribula-
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lions!... Tic, toc... Qui la fera dire ou dira, de bonne mort point ne mourra.
Babille. Pauvre homme , Dieu vous fasse bien !
Narcisse. Faite»-moy Faumosne, pour Tamour de Dieu
Babille. Dieu te veuille avder.
Narcisse. Je dy que me&ssiez Faumosne... Tic, toc.
Babille. Volontiers... Tien, pren.
Narcisse. 0 ! belle chose en ceste fiaçon, bé !
Babille. Ha! ha! ha!
Narcisse. Tu t'en ris encores par sus le marché ! Oh ! c'est du pissat, par la mort de moy ! Que le chancre te vienne et le mange le trou a où est sortie ceste urine! Or, j'en suis esclaircy, il vaut mieux vivre un petit que mourir grand. Je veux aller à la maison de Victoire. On dit coustumièrement que la troisiesme paye tout ; mais , à sa porte : J'ay ceste confiance que les mariées sont tousjours de nature plus large au donner que ne sont pas les filles, et puis Blaisine me semble assez coprtoise ; mais il »ut que je parle peu, afin qu^elle ne me cognoisse, et que, pour feindre Fhonneste, elle m'envoye à la bonne aventure.
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