‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 113 sur 158 · SCÈNE IIII · texte numérisé non relu

SCÈNE IIII

Fortuné^ Méduse,

Fortuné.

uisque Tamour des femmes ressemble à Teau mise en un crible , qui entre d'un I costé et sort par mille endroits , c est * une grande folie aux hommes de eroire qu'une affection si minime puisse durer peipe«tiiellement ! Je ne dj pas ]90ur ce qu'elles n*ayment, car je mentirois ; mais bien dis-je que leur flamme est comme celle d'une fine pouldre à canon, qui, sitost qu'elle est allumée, se baulse jus- 3ues au ciel, puis incontinent s'esTanouyt, n'y emeurant après qu'un épais broiiillard defumée, lequel peut estre comparé aux fictions dont ces iugrattes usent ordinairement pour monstrer qu'dles ayjnent, de quoy je suis plus que trop assenré. Enfin il faut se résoudre de faire comme je fais : je ne puis chacune contenter, mais bien me mocquer de toutes; il n'eu faut aimer aucune, pour ce qu'en toutes £açons que ce soit, elles se mocquent aussi de nous. Le service n'y sert de rien, car elles sont ingrattes ; la foy n'y vaut pas beaucoup, parce qu^elles sont înfidelles; l'amour n'y profite en rien, parce qu'elles sont sans amitié, et ne visent à autre chose sinon à contenter leurs gloutz et desordonnez appétits. Sitost qu'elles ont saoulé leur ydonté d'un amant, résolues d^ le quitter, se

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seryent de toute légère occasion ; par quoy feignent soudain au'il s^est vanté de leur amour ^ qu^il en fait sloire, et par ainsi a descouvert ce qui s*est passe entre eux, et avec un dire : Vous m^avez fait tort, et vous estes monstre ingrat envers moy ; l'amitié que je vous porte ne meritoit pas cela. Mais, baste ! Et par ainsi publient au misérable amant un perpétuel bannissement. Autres feignent croire qu'il jouyt d'une, nouvelle amoureuse, qu'il ne tient conte d'elle, qu'il là mesprise, et de là prend des occasions de l'abandonner et le planter là pour reverdir. Autres feignent que la messagère a esté descouverte par ceux de la maison, occasion pour quoy elle est menassée de mort si jamais elle prend la bardiesse d'avancer le pied pour passer le sueil de la porte ; après, si on leur envoyé des lettres, sans les lire et non pas seulement les ouvrir, passionnent et travaillent les pauvres cbetifs, et par mesme moyen leur ostent la liberté de se plus promener par la rue aimée. Autres feignent d'avoir par leurs maris esté réduites à une misérable vie, et ce par nouveaux soupçons ; occasion par quoy elles font entendre à leurs amans qu'il n'y a plus moyen n'y d'espérance que jamais ils puissent les veoir, et par ainsi les pauvres infortunez, voyans les fenestres fermées par lesquelles elles avoient accoastumé se monstrer pour les consoler, et craignans quelques nouveaux accidens, souspirent et se lamentent ; et elles, en un autre endroit de la maison, rient, se donnent du plaisir, et soignent seulement de combler d'espérance les nouveaux amans, lesquels, montez sur un toit, une tour ou autre lieu fort emihent et baut, demeurent là tout

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esbahiz à regarder de quel costé vient le vent. Après, si Tamoiireux est amy du mary, ou parent, ou familier de la maison, sitost qu'elles sont saoulles de luy, disent à leur propre mary que ceste trop grande familiarité n'est pas belle , que chacun en parle et que son honneur y est interressé, et , ce disant et faisant semblant de n*en vouloir parler davantage, leur mettent en la fantasie qu'elles ont esté requises d'amour, et font cbasser les pauvres affligez. Autres après, et cestecy est la plus propre ruse des femmes, feignent ^ d avoir prins une résolue délibération de quitter leur première Vie et de vivre cbastes, et par ainsi donnent congé à leurs amans, lesquels cependant, croyant à leurs décevantes paroiles, portent cela patiemment, et trouvent que non pour autre chose elles se sont retirées et fréquentent les lieux de dévotion, que pour prendre nouvelles pratiques par le moyen de nouvelles maquerelles , afin de jouyr de nouveaux amans, desquels, sitost qu'elles en sont esprises, elles en veullent avoir là iouyssance , pour ce que celle voye que le premier amoureux , avec tant de sueur , tant de travail, tant de peines et de dangers, leur a ouverte et applanie, leur semble tant aisée et délectable au jeu amoureux, qu'elles veullent que tousjours leurs champions au jeu à bride abbattue se jettent dessus ; et ainsi, du premier au second, du second au troisiesme, et du troisiesme au quatriesme, le jeu ne prend jamais fin. 0 sots amoureux ! ouvrez vos yeux et commencez à reconnoistre vos fautes, et quant et quant les inhumanitez de ces ordes et infâmes harpies, lesquelles, si une fois se voyent contraintes de vous abandonner

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à Foccasion de leurs faulses démonstrations, croissant le yray amour &s désirs plains d'ardante volonté d^estre avec vous, vous manifesteroient Testât de leur vie, vous conforteroient à prendre bonne patience , vous donneroient quelaae bonne espérance, vous prieroient vous souvenir dVDes, vous promettroient vous ajmer estemeUement, vous feroicnt sçavoir que pour mourir elles ne vous laisseroient pour un autre , et à la fin vous contraindroient estre contens de les accompagner aa tombeau et de leur donner le dernier baiser : car ce sont là les vrays efiects que Tamour fait naistre en nos esprits. Mais quand elles vous quittent d^elles-mesmes en vous disant : Vous m^avez £ut apprendre k mes despens combien cVst mal fait adjouster foy à tous autres mbcqneurs; mais, patience ! si par le passé je me suis portée en jeune fille, à Taavenir je me comporteray en iemme , car je ne voudroy pas qu'il m'advinst comme à plusieurs autres, soyez asseurez qu'elles n^ayment pas , ains qu^elles ont leurs pensées dressées ailleurs. 0 ! combien de fois les maladvisez emlovent des nuicts entières à se promener soubs esfenestres de lem's dames aymées, mourant d*un désir de lesveoiret de les onyr, et elles, couchées au lict entre les bras d'autres leurs amans, se rient des misérables, et disent quelquefois à ceux qui leur tiennent compagnie : Sçavcz-vous quel est ce passionné qui se promène en la riie ? G*est ce fol un tel ; faisons-luy un affront, vuidons-luy le pot à pisser sur la teste. Et ainsi se donnent du plaisir, et nous, pauvres abusez, demeurons consumez de passion. Doncques, que chacun s'estudie à les tromper, pour ce qu'au temps où nous

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soDunes, garder la foy à qui la rompt est une pure folie. J*ay soufTert ce que j'ay deu souffrir ; maintenant, je yeux jouyr à toute reste. La ville est . grande, les femmes sont toutes faictes d^une mesme taçon:je m'estudie à leur faire rompre le col. Partant, je me yeux donner du plaisir autant qu'il me sera possible : car cestuy-là est bien fol qui, ayant respect au futur, laisse à jouyr du présent, méduse m*a promis de faire en sorte que je jouyray de Virginie, de laauelle, après qu'une fois j^en auray contante ma yolonté, je ne m'en yeux plus soucier, et desirerois quVlle fust bruslée ayec la vieille barbue, sorcière cornue, pourtrait de Lucifer, cabinet de yices, concierge des retraits, boutique des onguens, des fards et des enchanteries, et Toutrepasse des maquereUes! Mais la yoicy tout & propos. Dame Meause, les oreilles yous devroient bien corner à l'occasion des louanges que tout à cesle heure je yous donnoy en moi-mesme ? Méduse. Ma rose damasquine. Dieu yous comble de toute félicité, puisqu'ayez mémoire deyostre pauyre yiellotte plaine de toute disette et tribular tion!

Fortuné. Qu'ayez-yous fait ayec Virginie? flst-elle encor amoureuse de moy ? Quand yeutelle que j'aille me recréer et donner du plaisir ayec elle?

Méduse. 0 mon enfant! il nV a pas grand moyen : je n*ay jamais peu parler a elle, sinon un bien j^u, et Fay trouyée fort esloignée de mon intention, qui me fait douter que ne ferons rien, si ce n'est par ruse et déception.

Fortuné. Que ce soit par ruse ou par force , je

426 Làritet.

FiDELLE. Allotts-noas cacher cy derrière.

GoRNiLLE. Allons.

FiDEIXE. Voilà quelqu'un qui yeut sortir.

CORNILLE. Laissez-moy aller.

FiDELLE. Demeurez. Voyez un peu, premièrement...

Narcisse. 0 très douce Victoire! combien m'as-tu esté chère ! tu m'as maintenant rendu le plus heureux jeune homme qui vive.

CoRifiLLE^ Ha! traistre ! Laissezr-moy aller, laissez-moy , je tous en prie !

FïDELLE. Quoy ! youlez-yous mettre sur yostre teste les cornes qu'ayez en yostre sein?

GORNiLLE. Ha ! meschante ! je feray que ser^ yiras d'exemple à toutes les mal'heureuses qui te ressemblent ! De quoy m'a profîtté ne penser jamais à autre chose qu^à ton contentement, à te mettre en main le ûein de ma yolonté , pour me gouverner à ta poste et me £aii*e ton serviteur, afin que tu me fusses fidelle. Que maudit soit qui m'a engé de ta charongnc !

Fidelle. Il falloit plustost que luy inissiez en bouche un mors fort, et qu'avec iceluy la gouyernassiez, plustost que luy mettre en bride la main de yostre yolonté, par ce qu'aujourd'huy tels sont les espérons de leurs effrenez appétits qu'ils ont la force de vaincre toute autre force. Pourvoyezvous donc pai' tel moyen que ne yous ruyniez yotts^mesme.

GoRNiLLE. Quand je l'auroy tuée, lors la provision en seroit faite.

Fidelle. Je trouve bon que la fassiez mourir, mais le moyen d'y procéder ne me plaist pas, pour ce que, si vous la tuez, cela redoodera à*V09-

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trc desbonneur ; tous ferez une vergougneuse honte à ses parens , les rendrez vos ennemis , et ne sortirez pas quitte et absoubz des mains de la justice.

GoRNiLLE. Que yonlez-Tous que je fasse?

FiDELLE. Ce que font les hommes sages: que vous Fempoisonniez , et donniez à entendre à ses parens qu'elle est morte par quel qu'accident.

CORMILLE. Vous dictes bien, je feray ainsi.

FiDELLE. Allez, car je veux me retirer.

CORMILLE. Par ma conscience! ma chère femme , si ta mauTaise et meschante vie m'a planté les cornes sur le front, ton juste mourir me les en ostera, et bientost. Tic, toc.

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