SCÈNE VI
Béatrice, Victoire^ Comille.
Béatrice.
I e seigneur Comille est arrivé.
Victoire. Je m'en vas.
CoRNiLLE. Tu viendras k la malle [ heure , et te vaudroit beaucoup mieux que jamais ne m'eusses veu.
Victoire. Mon doux mary , vous soyez le bien arrivé ! Entrez, s'il vous plaist.
CORMILLE. Je neveux pas entrer. Vali-haut et m'envoye un autre manteau et un chappeau.
Victoire. Béatrice, as-tu entendu? Va quérir ce qu'il demande. Qu'avez- vous , qu'estes tant troublé? Il semble que vous soyez fasché; vous portez-vaus bien?
4a8 Làriyet.
GoRNiLLE. Tais-toy, jeté prie, et ne me romps point la teste.
Béatrice. Voicy le tout.
GORNILLE. Montez là-haut. Je suis si remply de rage que , si* je ne pensois me destrapper de ceste~cy avant que la sepmaine se passe , je creverois.
Victoire. 0 moy misérable! Béatrice, as-tu ouy ces dernières parolles qu'a dit mon mary ?
Béatrice. Je les ay trop ouyës.
Victoire. Je suis morte!
Béatrice. Gela est vray.
Victoire. Ge traistre Fidelle m'a accusée.
Béatrice. 11 n'en faut jamais douter. -
Victoire. Helas! paresseux Brisemur! couard Brisemur !
Béatrice. Ges propos sont jettez au vent : il n'est plus temps de faire la Magdalaine.
Victoire. Que veux-tu que je fasse ?
Béatrice. Qu'y remédiez, si faire se peut.
Victoire. Je ne sçay conmient.
Béatrice. Âuriez-vous le courage d'esmonvoir Fidelle à compassion ?
Victoire. En quelle façon?
Béatrice. En la façon qu'avez sceule décevoir, usant de vos ordinaires ruses , luy promettant de l'aymer, d'accorder à tout ce qu'il dira et autres choses semblables que sçavez mieux que moy. Efforcez-vous de jetter trois ou quatre petites larmes , car les larmes , coulans des yeux d'une belle femme, ont une admirable et incroyable puissau ce.
yjcTÔiRE. Il est vray, mais quand une grande amitié est convertie en hayne, le pleur augmente
Le Fidelle, Comédie. 4^9
le desdain ; mais soit comme tu dis; qa-en adyîeudfa-il pour cela ?
Béatrice. 11 adviendra que , s'il s*esmeut à compassion de Tostre misère et embrasse vostre
Srotection, vous serez deffendue non seulement e Tostre mar j, mais encores de tout le monde, car il ne manquera d'inventions pour vous sauver.
Victoire. Tu dis la vérité ; mais il ne voudra pas venir parler à moy.
Béatrice. Vous vous trompez , car je masseure qu'il viendra, quand ce ne seroit pour autre chose que pour vous offenser davantage.
Victoire. Va doncques, si tu penses le trouver, et retournes soudain avec bonnes nouvelles, pour ce que je suis en un tel trouble, que je ne pense pas vivre une heure.
Béatrice. J'y vas, et de bon cœur.