SCÈNE vin
Fiddle^ M. Josse.
FiDELLE.
ue la femme soit un esguillon donné à I l'homme , ains un dommage commun, (qui condamne à une infinité de toup- '^mens quiconque s'y rend subjet, ne s'en peut trouver un plus grand exemple que Victoire , laquelle , cachant sous une beauté angeli*que un coeur de tigre si cruel et glacé que aucune humaine affection ne le peut eschauffer ny esmoavoir à pitié , m'a incite à une telle rage et si grande fureur, que si, par la vengeance , je ne la temperoy, sans douhte j'estoy mort. Mais ores que la raison m'a osté de devant les yeux ce bandeau par le moyen duquel Amour me rendoit aveugle , je cognoy combien mal fait celuy qui se rendsubject à 1 appétit, et, complaisant aux sens, se range sous la puissance d'une femme , laquée (cecy soit dict avec la permission des bonnes qui sont encores) n'y a mort qui la puisse refréner, verg ongne qui la retien ne , crainte qui l'espou vente, loy qui l'assubjectisse , et <ihastiement qui Tamende, par ce que, tou jours ti^nsportée de ses tris pervers désirs, s'ach .line à te qui luy est plus
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agiie^ble et où tend plus fort son plaisir ; et si elle est advertie de quelque chose qui ne soit conforme à sa volonté, elle n*en croit rien. Si on la conseille, elle prend le conseil en mauvaise part; si quelqu'un la prie , elle se plaint ; si on la menasse , elle se desdaigne ; si on joue à elle , elle s^enorgueillit ; si on terme les yeux à ses deshonnestetez , elle devient eshontée ; elle est ennemie à qui luv contredit, et qui la chastie autrement que par la mort , comme j'ay faict à ceste ingrate Victoire , il la rend plus venimeuse qu'une vipère. C'est pourquoy, tousjoursen leurs yeux et en leur cœur, prompts à mal faire , on les apperçoit remplies d'un feu ardant , par ce que la femme n'est a autre chose attentive sinon à tenir caché souhs une artificielle beauté les plus ordes et vilaines choses qu'on puisse imaginer. Ce que sçaventbien les pauvres mariez, qui le matin les voyent avant qu'elles soient levées du lict , et qu'elles aient par )a iaveur de leurs couleurs despeint leur visage , et par le moyen de certaines eaux faict retirer et emoellir leur peau ridée , et avec du verre chault anneler et cresper leurs cheveux , non pas cheveux, mais fil de chanvre , dont amour cordonne ses lacets pour pendre ces misérables qui , trop nyais, se laissent attraper en leurs pièges. Tout leur soin et plus grande afiection ne tendent c[u'â trouver une telle façon d'habits , des inventions extravagantes , des deschiquetures et pertes d'estofie , des passemens superflus , des brodures inutiles, choses qui appauvrissent les familles ; elles font r'affolir les plus sages , et privent d'entendement leurs amoureux. En leurs yeux se yoid peinte la mesme lasdveté ; en leur firont se lit la
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continuelle légèreté de toutes leurs pensées ; en leur poitrine se descouyre la deshonnesteté de leurs Yolontez; eu leur regard la yaine gloire dont elles sont toutes remplies , et au marcher la superbe des anges damnez : de manière que de la femme on ne peut appi*endre autre chose qvCk offenser Dieu, la nature, le prochain et soymesme. Heleine, Grecque, qui voulut estre ravie de Paris, fut cause de la desti'uction de Troye; Betsabée, femme d^Urie, fut occasion que Dayid, prophète (que Dieu a dict estre homme selon son cœur) conunit en mesme temps homicide , adul> tère et trahison ; Eve, nostre première mère, in* duisit nostre premier père à pécher, par lequel péché nous autres supportons tant et tant de tourmens. Pour conclusion, la femme de Pilate chercha à empescher la mort de nostre Sauveur , affin que lliumaine génération ne peut estre rachetée, et le diable la choisit à ce faire comme instrument plus pestiféré que tout autre. Doncques, que chacun fuye ce sexe meschant, 'sexe infâme, sexe cause de tous maux. Mais voicy maistre Josse. Gonuneil vient bien à propos ! Et nien ! sans vostre ayde, nous avons sceuchastier les meschans. Que vous semble, maistre Josse, de Thonorable vengeance que j'ay eue contre Victoire? Je ne ^ense pas pouvoir jamais recevoir un plus grand contentement que cestuy-cy , et ores en moy-mesme en esprouve Teffect , car depuis que je Tay accusée à son mary, et que je suis asseure qu'il la fera mourir , me semble que je suis le plus heureux homme du monde.
M. Josse. Qui se délecte, qui se recrée, qui prend plaisir au mal d*autruy, il faict ce que dict
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Je prcfverbe : Sibi parât malam qui alteri parât. Pensez après que ce doibt estre de celuy qui le'
ÏkFOcure et en est la seule cause! C'csloit assez de 'avoir rendue ennemie de celuy qui Taimoit tant.
FiDELLE. L'offense n'est pas grande de n'estre plus aymé à qui plus d'une fois a senti les flammes d'amour.
M. JossE. Il n'appartient pas à un honneste et noble gentilhomme se yanger d'une femme , mais est convenable considérer qu'envers les dames l'esloignement des yeux estl'oubly de la souvenance, et que tout ce qui est advenu à tous amans luy peut cncores advenir, par ce que, si cela est vray que Costa est quem nemo rogai^it,\e ne croy pas que Pénélope, tenue pour miroir de pudicité, se soit en tout le temps (qu'attendant son mary^ estant sollicitée par les allechemens de tant d'amoureux) tousjours amusée à tiltre sa toille. Par quoy , la coustuine des dames amoureuses estant telle qu'elles ne reçoivent aucune raison qui ne soit conforme à leur volonté , icelle ne regardant la nécessité du faict , mais la fin de l'amour , de laquelle celuy qui s'en esloigne tombe en leur disgrâce, à ceste cause, je conclud qu'en ceste affaire vous vous estes porte en jeune homme.
FiDELLE. Monsieur Josse, apprenez à ne passer point vos bornes, car je n'ay plus besoin de vos enseignemens, et n'ay que faire de vos reprehensi'ons. Doresnavant, prenez garde comme vous parlerez ; autrement, vous en recevrez du dommage et vous eu repentirez.
M. JossE. DomiW, pardonnez-moy, car amor étpietas m'ont meu à ce faire.
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FiDELLE. L^amour et la |Hété trompent sonvent ceiuy qui trop s'y fie. Laissez qu'elle meiure, puis après venez me conseiller , car lors je vous presteray bonne audience.
H. iosSE. Seigneur Fidelle^ jeseray cy-après un autre Harpocrate.
FiDELLË. Soyez Hipocrate ou Âvicenne^je ne m'en soucie pas.
' M. JossE. Je n'ay pas dit Hipocrate, médecin, mais Haroocrate , qui, comme dit Calepin^ estoii le Dieu au silence.
FiDELLE. Je veux présentement aller veoir si je trouveray son mary pour le solliciter de la faire mourir , car pour beaucoup je ne voudrois qu'il se repentist.
M. JossE. Allez donc ; mais vous repentirez de vostre folie, o inconsidéré I
FiDELLE. Je ne te veux traicter comme tu mérites, pédant misérable et ignorant! Va-t'en à la mal heure ; oste-toy de devant moy, et ne t'approches jamais de ma maison , si tu ne veux que je te rompe les os, belistre que tii es !