‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 118 sur 158 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

M. Josse, desguisé; Blaisine,

M. JOSSE

i un Apollon , firère de Diane et fils de [Jupiter, pour coucher avec Isse, fille de j Macarée , ne reputa àrblasme vestir la f figure de Thumble personne d'un simple pasteur^ pourquoy prendroy-je à honte etdc»honnenr si je me suis desguisé et prins llu4nt d'un mendiant pour jouyr de ma tves chère Yîgï«

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toire? TuHes dict : Quod exemplo fit jure fieri puiant. Donc, me proposant aller aux désirez ac* coliemens , aux chers cmbrassemeus de ma très douce amie, plaise toy, o Phebus 1 retarder le cours de tes chevaux et me concéder une nuict tridnane, telle que eust Jupiter ^uand il jouyt d*Alcmène : car, si celle-ci au sein de laquelle

je me prépare aller n'est en beauté supérieure à l'autre, elle ne luy est pourtant inférieure. Hé! qai est ores à la fenestre de Victoire? Nempe^ c'est ma petite ame; accède donc, M. Josse, et, par ton melliflu parler, fay-luy entendre comme tu luy est très fort affectionné et ardamment vulneré de son ftmour, en luy demandant secours.

Blaisine. Voicy mon doux et beau Narcisse. Par ma foy, il me prend volonté de m'en aller avec luy.

M. Josse. Ego vado, comme je sens mes mem-' bres se refix)idir ! Je puis bien dire que la sentence de ce sage Galien se vérifie en moy, lorsqu'il dit que, quand on s'achemine à une entrcprinse difficile , le sang se retire des extremitez corporelles et court se rendre an cœur , fontaine des esprits vitaux. Mais , puis que tu es refroidy, approche de ta Thays, dit le célèbre Tcrence : car calesces plusquam satis.

Blaisine. Je le veux escouter.

M. Josse. Pulcherrima muUer et colomha mea speciosissîma, donnez permission et pardonnez à moy, homme de mente, si ores je me monstre tanthardy et impudent, qu'ayant mis à part toute honte et verccondie digne d'un homme fibre, je vien vous assaillir à l'impourveu, velutl lupus tonhihilem pecoram, nam à ce faire j'ay esté

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coDtraialpar cefurcifer nud, aislé, bandé et plia-» retré enfant de celle déesse qu'on nomme Venus, lequel, avec un de ses traicts, m'a transYertebré ceste poictrine, amoris vestri causa; par quoj, comme un malade febricitant,j'ay recours à vous, tanquam ad medicum, afiîn que me baillez celle médecine qui se trouve en vostre bibliotèque on cabinet, et qu'avec la lumière de vos esclairans yeux vous rasséréniez l'obscure nuë de mon cupidineux désir. Donc, pai* vos cbeveux plus que clorez, par vostre front plus qu'argenté , par vos Joues plus que rouges, par vos lèvres plus que vermeilles, par ces tétons traictables, par ce beau sein relevé, per totam deniqueapeciem de vostre corps, je vous prie et supplie, et per Castorem et Pollucem obtectory que vueillez et disposiez d'cs* tre contente de me recevoir en vostre giron et entre vos membres délicats, affin que, comme un marinier, lequel estant hinc illuc jactatus des fluctuantes ondes de l'amoureuse mer, je puisse tandem conduire ceste fresle nacelle au désiré port de vos amoureux bras et luy donner fond , m'arrestant en la tranquillité de vos grâces, vous aifàrmant^ jure j'urando, qu'encourage me trouverez un autre Hector, en force un autre Hercule, en valeur ud autre Gesar , en doctrine un autre Diogène, et en bonté un autre Caton. Ita ettaliter quœ quotidie ma^is, vous trouverez contente et à plain satisfaite de nostre conjonction, approuvée, confirmée et scellée par nulle baisers.

Blaisine. Tu parles de ceste façon affin de n'estre cogneu et pour veoir si j'en ayme un autre que toy ; mais tu te trompes, car je te cognoy

Le Fidëllë, Comédie. 44^ bien. Ouy, oay, atteu ; je vas en bas, et m'en Teux aller avecques loy.

M. JOSSE. Yoicj qvLe tandem mes soabaits sont parvenas à leur port désiré , ajant escboué sur ramoureuse arène , et en un moment obtenu' TeP fect de ce que, dès si long-temps, desiderio desideravi. Et qui donc, lo pœan ! se pourra dire plusT fortuné que moy, qui , a ma volonté et sans au-^ cune crainte, peux jouyr de ma jcourtoise et bien^ aymée dame ? Or, si sublimi feriam sidéra vertice^ j'ay bien à remercier celle puissante déesse qui, non moins dame telluris quant œquoris , mV par sa dextre baulsé jusques au souverain bien ;' mais , in hoc œvunt, je seray astraint avec Nar-» dsse d'un nœud indissoluble et plus que gordian: car, me prestant cest hahii plusquam perfecto , m'a ouvert le sentier par lequel je suis droitement arrivé. Mais eccam ipsam, qui, ayant changé d'habits , ressemble à une vraye chambrière.

Blaisinë. Mon bien, je ne pouvoy recevoir plus grande faveur que celle-cy.

M. JosSE. 0 fœminam acutissimam ! elle contrefait encores sa voix pour n'estre cogneue. Gomme dit bien le bon mson , sapientem faciebat amor,

Blaisine. Pour ce que le train' des affaires, est descouvert, toute la maison est en rumeur: Si ne fusses yen u' pour m'emmener, j'estoy pour encourir en quelque grand danger et deshonneur.

M. JosSE. Geste seule crainte a esté cause que je me suis advisé vestir cest habit , afiin de vous pouvoir ayder, pour ce qu'ayant le seigneur Gornille juré de vous coupper la gorge , et que si je demeuroy trop mon secours seroit vain , n^ es-

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tant à temps opportun. Or, je remercie autant qu'il m'est possible vostre bénignité , qui daigne Tenir avccques moy et me communiquer tous les accidens esquels yostre ûdelie amant pourroit encourii'.

Blaisine. Il y a bien longtemps que je t'aime et que je désire finir ma vie ayecques toy ; mais estant subjecte et soubs le pouvoir d'autruy, m'a fait continuellement fermer la bouche et feindre ne te recognoistrê pas. Mais je t'aime tousjours;

M. JossE A la vérité, Gornille est agité d'une telle et si grande fureur, que, non pas à une dame qui de jure et de faeto luy est subjecte , mais encores qu'il ne fist pœur à un homme suijurts.

Blaisine. Tu as praticqué avec tant de pédants, que tu me semblés un pédant. Je voudrois que tu parlasse en sorte qu'on te peust un peu mieux entendre.

M. JossE. Praticquer continuellement avec personnes doctes, outre les ordinaires estudes, fait l'homme très docte. Partant, dit le sage , cum Bonis ambula ; mais o dulcissima mulier, da mihi osculum pacia I et cela soit le commencement de nostre douceur.

Blaisine. Helas! pauvrette que je suis! je voy venir des gens. Vray Dieu, que je suis misérable si on me recognoist !

M. Josse. N'ayez point de pœur; tirez-vous à quartier, et, avec une voix foible et basse, demandez-leur l'aumosne.

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