‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 119 sur 158 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

Blaisine, M^Josêe^ des Sergens.

Blaisine.

\ es gentilshommes, par pitié et pour lamour de Dieu , faites une aumosne à ceste pauvre vefve chargée de trois pe-

tits enfisiDs; survenez , je vous prie , à

nostre misère par Quelque charité.

M. JOSSE. Probi hommes^ boni viri, date paupéri homini eleemosinam.

Sergens. Yoicy une heure extraordinaire pour demander Faumosne... Ho! Madame, auelssont ces meubles que vous portez là-dessoubs? Ça, que nous les voyons.

Blaisine. Ils sont miens , je ne veux pas que tu les voyes.

Sergens. Tu les as desrobez.

Blaisine. Tu as menty par la gorge !

Sergens. Gestuy-cy me semble le larron de la chemise ; prenez-le , c'est luy-mesme.

M. JossE. Vous ne dites pas vray, pour ce aue je suis vir bonus dicendi peritus , et non tatro,

Sergens. Oii meines-tu ceste femme?

M. JossE. Elle n'est d'avec moy, et forte fortuna nous sommes rencontrez en ce lieu.

Sergens. Vien parler à M. le prevost. *

M. JosSE. Gomment, à M. le prevost? Laissez-moy.

Sergens. Liez-le tout à ceste heure.

44S Larivby.

M.JOSSE. Au moins, escoutez-moj: duo verba,

Sergens. Quoy, herbat Fais ton office.

M. JosSE. Je ne vous ay pas dit herbuy mais verba, averberando dicta , qui veut autant «lirque parolles.

Sergens. Madame, vous avez desrubc Cl:.

meubles; nous vous constituons prisonnière.

Blaisine. Je suis femme de bien, et ces meubles sont miens.

Sergens. Portez-vous des brayes soubz vosr Ire cotillon?

Blaisinë. Je porte le gibet pour te pendre.

Sergens. D'où vient ceste braye qu'avez parmi vos bardes ?

Blaisinë. Que sçay-je?

Sergens. Elle y est venue d'elle-mesme. Il est bien aysé à venir que les brayes courent après elle.

Blaisine. Je suiç femme d'bonneur : je demeure en la maison du seigneur Gornille.

M. JossE. Et moy, je suis bommc de bien: je suis précepteur du seigneur Fidelle.

Sergens. Et nous sommes faucons qui prennent vos semblables.

Blaisine. Ha! misérable que je suis ! en p. • bourbier me suis-je mise pour te complaiic :

M. JossB. Ha! miserum me, à quel tcnrsuis-je réduit pour t'aimer !

Blaisine. Àydes-moy , au moins.

M. JosSE. Je ne puis , car je suis lié.

Blaisine. Hé ! Narcisse! jeté prie, ne m'abandonnes pas.

M. JossE. Je suis M. Josse, nec possiun atu lium tibi dare, o ma douce Victoire !

Le Fidelle, Comédie. 44igi

BLAisnvE. Il n'est besoin appeller la dame Victoire, car elle est en la maison, et ne pense pas maintenant à nos afTaires.

Sbr«ens. Voyons-les un peu en la face. Des^ couvre ceste-là, et je desboucheray cestuy-cy. Blàisine. Helas! qu'est-ce queje yoy?

M. JosSE. Domine Deus, adjui^a me! Olciom^ me me fefeïUl opinio î

Blaisine. 0 mescbant pédant! soubz le cou'* vert de ceste tromperie cbercheois me deshonorer. Menez-le à monsieur le prevost, car je requiers qu'il soit puny.

Sergens. Marchez devant, et luy monstrez le chemin.

M. JosSE. Ha! meretricule infâme, tu te mocques ainsi des hommes doctes et vertueux ccmune mes semblables ! Je pensoy avoir aivec moy ma désirée et aggteakle amelette, et, la conduisant in regnummeum^ devoir vivre heureux avec eUe, et je trouve que j'ay despendu après une vile femmelette le fil de fa plus belle oraison in génère demonstratiyo que formast jamais Ciceron , et, qui pis est, je me ^ouve par elle en la puissance des hommes.

Sergens. Voicy la plus belle histoire qu'on ait jamais ouyë.

M. JossE. Considérez que je suis homme de bien , et ne pensez pas , combien que me voyez mal vestu , que je ne sois un docte personnage , pour ce que aub sordido paUio sape tatet sapienlia.

Sergens. Vien donc , car je te sçay dire que tu auras le palio.

M. JosSE. Vous ne m'entendez pas, et faites un

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équivoque : je dy pallio avec deux //, qui signifie un vestement, et je infère que soubs un pauvre vestement se trouve quelquefois la sapience ; et non paUo avec une /, qui signifie recompense de coureur.

Sergens. Yien de volonté, sinon nous te traisnerons.

M. JosSE. J'iray, mais ce que je vous dy est digne d'estre sceu.

. Sergeics. Nous ne le voulons pas sçavoir.

JH . JossE. Vous n'estes donc pas hommes, puisque omnis homo natura scire desiderat, dit le âtagirite?

Sergens. A propos de sagette...

M. JosSE. Je ne dy pas sagette, mais Stacirite, surnom du philosophe Ânstote, peripateticien.

Sergens. Sus, marchons au prevost.

M. JossE. Que j'aille au prevost! Ayez compassion demoy.

Sergjsns. il aura compassion de. toy si tu es nocent.

M. JossE. Vous voulez dire innocent, pour ce que la diction in est privative, comme indigne, non digne; indocte, non docte.

Sergens. Le chancre te mange !

M. JossE. Eeu miful

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