‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 123 sur 158 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Fîdelle^ M. Josse^ lesSergens, BeeUrice, Victoire, Blaisine,

FlDELLE.

> e me resouls, puisque je ne Fay peu ) trouver, d'attendre qu'il retourne en la ) maison.

M. JOSSE. Ha! seigneur Fidelle, yeugez-moy, deliyrez-moy ab hominibus iniquîs,

FlDELLE. Que diable faictes-vous en cest habit? que veulent faire ceux-cy de vous?

' M. JosSE. Gaton dict : Interpone tuis interdum gaudia curis, ut posais animo quemcumque sufferre laborem. Partant, en ce temps de çacesme-prenant, jours de récréation, j'afloy paisiblement, desguisé .ainsi que voyez, et ceux icy m'ont retenu et lié , et me veullent faire virgis verberare comme un larron. Vous sçavez toutesfois que je suis integer vitœ scelerisque punis,

Béatrice. Madame, le larron est pris avec Blaisine.

FlDELLE. Qu^est-cequet'adesrobé cestuy-cy?

Serggns. Une chemise.

Victoire. Ha! meschans ! vous estes enfin attrapez !

FlDELLE. Gestuy est homme de bien; je ne veux pas souffrir qu'on luy fasse tort.

M. JossE. Seigneur Fidelle , aydez-moy, car vous le pouvez faire; n'endurez que celuv qui vous a esté précepteur et qui vous a imbu es

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bonnes lettres soit affligé de ceste contumelie , et après je vous feray un beau panegirique.

Victoire. Seigneur Fidelle, cestuy-cy m'a desrobé une chemise; mais, puisqu'il est yosti*e amy, je n'en veux sçavoir autre chose.

Fidelle. Il ne vous a rien desrobé, mais si TOulez sçavoir comme l'affaire de la chemise s'est passée, je le vous diray. Mais vous autres, ditesmoy un peu , pour quelle raison ayez-yous retenu ceste-cy ?

Sergens. Nous l'ayons trouvée ce pacquet soubzsonbras, et, jugeant qu'elle l'ayoitdesroboé , nous l'ayons menée k monsieur le preyost; et pour ce qu'elle s'est excusée gentiment, ledict seigneur nous a commandé l'accompa^er en la maison où elle demeure, et si sa maistresse se dame satisCaicte d'elle, que la laissions en liberté, sinon que la menions en prison.

Fidelle. Madame Victoire, ayant que fassiez autre response , escoutez-moy. Narcisse, mon serviteur, estant amoureux de vostre Blaisine, ne pouvant, par prières , la faire condescendre k ses volontez, ainsi qu'il desiroit, procura que la tromperie fist ce que ne pouvoit amour, et partant vestit cest habit et luy alla demander l'aumosne. Elle luy ouvre en bonne intention , et luy entre avec meilleure volonté. Comme ils s'accordèrent, je n'en sçay rien : tant y a que, estant surprins par Je despensier, pour se sauver, Blaisine desrobba...

Victoire. Ha! traistresse! est-ce ainsi? as-tu bien la hardiesse de faire entrer un homme en ma maison pour me deshonorer? Ribaude que tu es, je te veux faire mettre au carquan.

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Blaisine. Madame, je Tay faict pour bien. Il me vint demander Taumosne ; moy, qui suis toute

Î)itoyable , croyant que ce fust un pauvre , je la ui portay; mais soudain il entra en Ja maison et ferma la porte, puis se mit à Fentour de moy. Je Touloy crier, mais il commença à dire : Si tu cries, je te feray honte devant tout le monde, A ceste cause , moy, qui tient cher mon honneur, afiin qu^il ne me fist honte , je m'accorday à sa volonté.

Victoire. 0! belle excuse, eshontée!

Blaisine. 11 juroit qu^i] m'aymoit, et me disoit : Veux-lu faire mourir ton ndeHe serviteur? Je mourray si tu ne m'aydes, et tu seras damnée, pour ce que tu me feras perdre Tame, ô perfide que tu es! Â ceste cause, moy, qui ne demapde qu^aller en paradis , ne le voulu refuser; mais îe Fay fidct mal volontiers, par la croix que voilà !

Victoire. Certes, tu t'es portée fort bien , et tu t'en apercevras sitost que mon mary sera revenu en la maison.

Blaisine. Il m'a donné la foy.

Victoire. T'a-il promis t'espouser?

Blaisine. Ouy, Madame, et considérez que c'est mon mary : car, quand je vy maistre Josse à la porte , pensant que ce fiist Narcisse , je prins mes bardes pour m en aller avec Inj,

FiDELLE. Ce n'est pas si grand mal.qu'il semrbloit. Entrez en la maison, car on vousr'apportefà la chemise , et si on fera chose qui vous sera de contentement, ce que je désire surtout. Hais faictes délivrer ceste-cy.

Victoire. Laissez4a.

Sergens. Allez à la bonne heure.

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Victoire. Et de mes services?

FiBELLE. Ne TOUS en souciez pas ; nous obtiendrons nos intentions.

Victoire. Je vous baise les mains. Béatrice , as-tu esté parler à Tamy ?

Béatrice. J'ay entendu pour chose certaine qu'il a esté assaiily par ses ennemis et tué.

FiBELLE. Messieurs les officiers, je croy que jusques à présent estes bien asseurez de Tinnocence decestuy-cy ; partant, adyisez de le laisser.

Sergens. Nous ne pouvons : de sa bouche il a confessé le larcin , et Monsieur le prevost nous a enjoint de le mener en prison.

M. JOSSE. La crainte au tourment m*a fait dire ce qui n'est pas, car tormentum dicitur quasi torquens mentem.

FiDELLE. Maistï-e Josse, vous devez sçavoir que j'ay pardonné à Victoire et que j'espère faire en sorte que son mary luy pardonnera encores ; par quoy ne vous esmerveillez si je procure pour TOUS, pour ce qu'estant à présent deslivré deceste fureur qui ne m'a laissé cognoistre vos conseils pour bons, comme ils esto^ent en effet, j'auroy grand tort si je vous manquoy de secours. Vous,

fens de bien, retournez ensemble avec cestuy-cy Monsieur le prevost, et luy dictes de ma part comme la chose s'est passée ; que j'iray parler à luy, et que je seroy bien aise qu'il le mist en liberté, comme le veut la justice et la raison. Sergens. Nous le ferons ainsi, allons.

M. Josse. Seigneur Fidelle, je vous remercie.

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