‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 125 sur 158 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Virginie^ Saincte^ Babille^ Méduse^ Fortuné, Qctavian^ fideUe, Sergenê,

Virginie, en la maison.

elas , misérable que je suis ! à Tayde ! I à Ta jde ! au secours ! Saincte, m'amie, )aydez-moy. ^

Sergens. Quel bruit est-ce là? Arrestez I . ,

Saincte, en la maison. Ha ! traistre! ouyre laporte!

Virginie. Helas ! moy chetiye et misérable 1 que me reste-il plus de bon? i ,

Méduse et Fortuné s'enfuyent de la maison* Octavian, nud, en chemise, court a^rès avec Ves^ pée au poing, et après luy sortent Sainqte, portant une lumière en main, et BabiUe as^ec la pelle du feu, crians .•

QCTAVIAN. Prenez, prenez les traistres !

Saincte. Prenez! tenez! arrestez! Qui a-il de nouveau, Monsieur? Qu'est-ce que ceux-là vous ont desrobé ?

. OcTAViAN. Je ne sçay , car j'estoy au lict. Viiv ginie, que f est-il advenu?

Virginie. Que me pourroit-il advenir pis, cbetive que je suis !

OcTAViAN. Qu'y a-il ? parle clairement,

Virginie. Ce traistre, par le moyen de ceste .meschante, est entré en la maison, a monté en ma chambre, et à vive force m'a...

Le Fidelle, Comédie. 469

OCTAYIAN. Ha! traistre! je te tueray.

Fidelle. Arrestez-yons, seigneur Octavian.

OcTAYiAN. Ho! meschante femme , est-ce cy ]a foy que j'avoy en toy?

Méduse. Seigneur Octavian , qui faict quelc^ue chose à bonne fin ne meiîte blasme.' Ce gentilhomme m'avoit dict que vostre fille luy ayoit promis de le prendre à mary, consommer le ma^ riage , et puis tous le faire sçavoir. A ceste occasion, meuëde charité, croyant que tous deux fussent d'accord , je Tay conduit eu la maison.

Virginie. Je ne sçay aucune chose de tout cela: je ne Tay jamais veu.

' Fortuné. Tu en as menty par la gorge ! je ne luy ay point promis autrement.

Fidelle. Seigneur Fortuné, est-ce vous?

Octavian. Ha ! seigneiu* Fortuné, traiter d'une telle façon ceux desquels avez receu tant de bénéfices ! Menez-le en prison , je veux qu'il soit puny.

Fidelle. Je te pourray maintenant rendre la pareille de la faveur que tu m'as faicte.

FORTUNÉ. Demeurez, car nous estions d'accord.

Fidelle. De grâce , un peu de patience , seigneur Octavian. Aux choses qui sont passées, on ne peut trouver aucun remède; parquoy faut pourvoir A ce qui peut advenir. Si vous faictes chastier le seigneur Fortuné , et peut-estre luy oster la vie, qu'aurez-vous faict? Pour tout cela, vostre fiile ne sera telle qu'elle estoit auparavant. Tirez-vous un peu plus de ça : Ip party du seigneur Fortuné est sorlaUe à vostre condition , et peut-estre davantage.

470 Lariyey.

OcTAVUN. Uestvrày.

FiDELLB. Partant, regardez de faire qu'il se contente de la prendre a femme , et reinereieE Dieu qu'il est tombé en: eeste faute , parce qu*A ceste occasion tous Tiendrez k la marier mieux que n'eussiez faict en on autre temps.

OcTATi AN . Je trouvcyostre opinion fort bonne, pourveu qu'il la vueille.

FiDBLLE. Laissez faire à moy. Seignear Fortuné, puis qu'avez fait la folie, il vous faut résoudre jouyr encores des fruicts qui naissent d'ien^le. Yous avez desbonoré ceste pauvre fille, et à ceste occasion estes retenu. Si allez en prison , il est tout clair et évident que la justice vous donnera un très sévère cbastiment, et pour l'boâneur d'elle vous contraindra l'espouser, et peut-estie, pour donner exemple à autruy, vous osterala vie : de façon que je vous conseille la prendre dès main-^ tenant pour vostre femme ; et ainsi vostre vie et l'honneur d'elle seront conservez en un mesme temps. ;

Fortuné. Puisqu'il n'y a autre remède', j'en suis contant; mais je doubte qu'elle ne le vueille consentir.

FiDELLE. N^ayez point de doubte. Dame Virginie, puis que vostre fortune a voulu qu'ayez esté réduite à ce point auquel ne pensastes jamais, et que les espérances qm vous avoient nourrie jusques icy demeurent par cest accident entièrement esteintes, je vous pne, tant pour la consolation de vostre père que pour la vie d'un gentilhomme qui vous ayme , et encores pour! le bien et honneur de vous-mesme, que soyez contante d'accepter pour vostre mary le seigneur Fortuné , et

Le Fidelle, Comédie. 471 vous asseurer qu'à ceste occasion je vous en demeureray tant obHgé , que toute chose impossible me sera fort aysée pour vous complaire.

YiRGiMlE. Je m-y efibrceJray tousjours, quand je ne seroy astrainte à ce par aucune autre raison que je sçay que je feray chose qui vous sera agréable, estant de cela priée de Vous, pour qui jVoy jusques au feu ; et, puisque ma mauvaise fortune le yeut ainsi , me yoicy disposée à faire ce que me commandez, et de mourir encores pour vous.

FiDELLE. Je vous remercie. Or, embrassez- Tous. Je prie Dieu qu'il vous conserve longuement en continuelle félicité.

Fortuné, Madame^ je vous accepte pour ma femme , et vous jure de vous aymer autant qu'il convient à une très chère sœur, vous priant ne vouloir préposer Tameur que Jusques icy avez porté au seigneur Fidelle à vostre devoir et à mon honneur.

Virginie. Tenez pour certain que tout ainsi qQ''en un si lon^ temps j'ay peu retirer ma mémoire de luy, qui m'a quasi du.touteiie a mespris, qn^ainsi je vous aymeray constamment , puis que je 5tiis tant aymée et tenue chère de vous.

OCTAVIAN, Ho! mes enfants, remerciez Dieu que les affaires ont heureusement reussy. Entrons en la maison, car il vient sur le tard et faict froid. Seigneur Fidelle,. nous vous remercions.

Fortuné.. Daine Méduse , puis qu'avez esté cause de nostre allégresse^ venez affin de vous resjouyr un petit, pour ce que, dès ceste uuict en avant vous n'aurez, plus à venir en ma maison. Seignem* Fidelle, adieu.

47^ Laritey.

FiDELLE. A Dieu, seigneur Fortuné.

Méduse. Le temps vous fera cognoistre ma bonté, et m^aurez plus chère que jamais.

Saingte. Au moins.pournostre peine, donnez-nous à soupper.

Fidelle. Auez tousionrs cliantant.

Saincte. Bonne nuict à vostre seigneurie.

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