‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 126 sur 158 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Fidelle^ Narcisse, Cornîlle,

Fidelle.

^ ue te semble de cest accident de For- Ituné?

Narcisse . Me semble que yous estes 'la meilleure personne du monde, puis que non seulement pardonnez les offenses qui vous sont faictes, mais procurez encores le bien à qui TOUS a offencé, et, pour garder la foy à qui vous est infîdelle , ne vous souciez de ramour d'une belle jeune fille telle qu'est Virginie. Je n'en

i jouyssance ( Fidelle. Tant grande estoit la passion que je sentoy d'estre abandonné de Victoire, que je ne sçavoy que je faisoy ; et suis infiniment marry, non tant de n'avoir jouy de Virginie, pour ce qu'icelle m'aymant, je m'asseure que pour Fortuné elle ne laissera pas de me complaire , mais de ce qu'iceluy, esmeu de si forte rage, a tant

Le Fidblle, Gohebie. 473

Uasmé le sexe féminin, lequel en efièct je cognoy csire bon et di^e de toute louange : car, combien que Yictoure m'ait monstre une affection contraure, si est-ce que pour tout cela sa faute n*a

5 eu nj deu souiller llionneur des autries. Ce fut oncques fureur, et non yerité, ce qui m'esguillonna k eti dire mal , dont je m^en repend et en suis marry. Quant à Fortuné ^ ne croje pas qu'à autre intention j'aye procuré qu'en se mariant il se deliyrast de pnson , sinon pour faire à luymesme ce qu'il m'a faict : car tu sçais bien qu'entre deux rivaux , encores qu'ils se pacifient ensemble, jamais ne peut régner un vray amour; mais ce qui importe le plus est que je voudroy ayder ceste misérable Victoire , et ne sçay comment.

Narcisse. Vous ferez bien, mais comme cbangez-Yous sitost de volonté?

FiBBLLE. Elle m'envoya quérir, et cependant qu'agenouillée et pleurant elle me demandoit pardon, elle s'esvanouyt, pour la grande douleur, comme je croy, qu'elle sentit de m'avpir offensé ; ce qui me meut à une si grande pitié, que je luy pardonnay.

Narcisse. En somme, la puissance des femmes est infinie , occasion pourquoi ce n'est pas de merveille si la femme, avec le Dean procéder de sa nature , peut non seulement attendrir un cœur de diamant, mais encores endurcir toute chose molle.

Fibelle. Cela est très vray, et s'en void l'expérience enmoy, par aui, plusieurs fois en un seul moment suis devenu ae piteux croel 9 et de cruel piteux .

474 Laritet.

Naikgisse. Or, Dtea vueille qae janiais ne sentiez nne telle oassion !

FiDELLE. Je reti prie aussi. Le larcin que ta as faict est desfcouvett, et Blaisine a dictqoe til Iny as promis. -

NargissB* Je luy tiendray encores, s'il toos plaict.

FiDELLE. yen suis contant. Ne te semble-il pa» qae celay qoi a descouyei^t à Gomille comme raifaire sVst passée, qu'il n'ayt encores la force dé luy faire pardonner?

Narcisse. DiTÎnement, mais il £aut que le

E reniez de loin et que trouviez occasion que ce dct, tombé à propos, soit pur, et non premedit; autrement, il le pourroit prendre pour un accord fait en tierce personne.

Fidelle. Ne t'en mets en peine, fy entreray bien à temps.

Narcisse. Le voicy qui vient tout à point.

Fidelle. Excuse-toy de ce quejediray... Et pourquoi ne me l'as-tù dit auparavant ?

Narcisse. Que sçavoy-jede cela?

Fidelle. Regarde de combien de maux tu es cause !

Narcisse. J'en suis marry.

CoRNiLLE. Le seigneur Fidelle est fort en oo** 1ère avec son seiviteur. Je me veux retirer i quartier.

Fidelle. Enfin, la misérable mourra à t(Ht : ccste mauvaise impression demeurera en son mary, et moy, qui ay tant aimé et aime Gomille, auray esté cause qu'il sera privé de sa cfaire compagne. Que maudit soit mon destin, et toy, qm en as esté l'occasion !

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GORRILLE. Ceux-là parleot de ce qui s'est fait, et, à ce que je puis entendre, ma femme est innocente.

FiBELLE. Le monde seroit bien heureux si toutes ressembloient à elle !

CoKNiLLE. Je sçay ce que j'ay à faire : ne m'en parlez point. Je n'aj plus de nance en aucune.

FiDELLE. Ains devriez vous fier en la pluspart d'elles , parce qu'encores que tous lés jours on entende dire de ceste-cy et de ceste-là d'estranges actions, ne s'ensuit pas pourtant qu'il soit vray ; mais sommes si simples, que laissons nous induire à le croire par l'ombrage de l'apparence de l'effect, que la malice des hommes nous fait souvent veoir, afin qu'indifféremment l'infamie et le deshonneur suive tout ce sexe. Combien croyez-vous qu'il y ait de femmes, vivant chastement , lesquelles tanlost par un vil serviteur, tantostpar une maligne chambrière, ou selon la vilité de Tesprit, et par mauvaise nature ou diverses opinions de cestuy-cy ou de cestuylà, sont injustement calomniées, et, franches de coulpe, mises en mauvaise opinion du vulgaire, qui de soy-mesme est prompt a croire plus le mal que le bien? Combien y en a-il qui par leur seule affabilité ont donné matière aux malins de les publier pour impudiques, baptisant pour vice une vertu qui est tant recommandée à toutes pa^sonlies, et sur tous aux femmes , tout ainsi comme, au conti'aire , la dureté et trop grande sévérité des couBtumes et façons de faire les rend odieuses , et souvent fait qu'estans ombragées d'icelles, la vertu ne paroist pas beaucoup en elles , jaçoit ou'elles soient très excellentes, de trouvent autant de ma-

47^ Larivey.

nières pour mettre en soupçon une .femme clliOBneur qu'il y a d'estoilles au ciel. Je.sçay, et n'y a pas encores fort long-temps, qu'une damoiselie, exemple de toute honnesteté , fut du monde tenue pour impudique à cause d'une sienne ser^ vante , laquelle quasi toutes les nnicts faisoit par une eschelle de corde monter par dessus les murailles de la maison un serviteur, son amy, qui publiquement se vantoit d'aller veoir non seulement la servante, mais la maistresse , et menoit souvent ses compagnons pour le veoir entrer par une fenestre de la chambre en laquelle a voit accoustumé demeurer ladite damoiselle. Par* cela , vous devez juger, Gomille, ce qu'en peuvent croire ceux qui voyent un tel spectacle. Maôs pourquoy me va-je estendant en tant de parolles pour vous monstrer combien grande faute commet celuy qui, trompé par une seule femme, se laisse transporter à la passion et au desdain , jaçoit que justement, pour mesdire de toutes, sans espargner llionnesteté et autres rares qualités de tant et tant de dames qui sont dignes estre tenu^ en souveraine recommandation? Et pour n'entrer es histoires antiques et modernes , afin qu'il ne semble que j'ay prins la charge de prouver par silogismes que le soleil baille la lumière , ceste seule ville ne vous en fera-elle pas foy, en l*-

âuelle vous cognoissez et voyez à toute heure des lustres dames et honorables damoisélles desquel* les on peut retirer non seulement la vraye idée de chasteté et de toute excellence de vertu , et toutesfois l'envie n'y a trouvé que mordre.

GoRNiLtE. Celles .cpii ont de l'entendement ne s'esmeuvent pour choses tant légères, et ne

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croyent si faeilement aux paroUes d*un serviteur qui peut estre transporté de mille passions. Il faut veoirde ses propres yeux, comme j'ay fait, et piû» venir à 1 acte de la vengeance et du chastiement , comme je feray en bref.

Fii>£LLE. Ce malheureux mary qui de douleur se pendit soy-mesme vid un Sarrasin , son esclave, en chemise sur le lict de sa femme, et' neantmoins le tout estoit fait par tromperie de la servante, laquelle, faschée d'avoir esté nattue par sa maistresse, Faccusa d'adultère à son mary, et quand elle vid que sa dame dormoit, appella 1 esdave et luy dict : Cours vistement au hct de Madame qui se meurt. Le misérable et fidelle esclave courut au lict et commença à la tirailler et démener. Elle sVsveille , et en ces entrefaites " arrive le mary, qui, se tenant asseuré de Fadultère, les tue tous deux. Mais enfin , par la mesme chambnère ayant sceu la trahison , la tua aussi , puis se pendit soy-mesme. Doncques on pourroit raisonnablement dire que la plus grande partie des femmes est honneste, et que plusieurs d'icelles qui gar accident de fortune , ou par la malice des personnes , ont esté réputées impudiques , sont neantmoins très chastes.

CoRNiLLE. Ce sont choses qui se disent, et Dieu sçait si elles sont vrayes ! Si les femmes' estoient autant honnestes que les désireriez , elles né seroient ai lascives et voilages comme elles

SOBt.

Fidelle. Cela qui vous semble lasciveté et vanité est un certain agencement et ornement convenable aux femmes, lesquelles doivent chercher maintenir et augmenter à leur pouvoir la

beauté tant essentielle en ce sexe, parce qu^oatre qu'elle est un très puissant moyen de les eatretenîr en grâce et les rendre ajuiànles à leurs maris , ne sçavez-YOus pas que la beauté du corps donne un indice manifeste oe la beauté de Tesprit?

CornilijB. Vous voulez donc convertir le yice en vertu , et appliquer le sens des choses à vostre mode?

FiDELLE. Ainsi je Tinterprète sainement, et si la passion ne vous aveugloit tant, vous cognoistriez clairement que je dj la vérité.

GORNILLE. Je vous coucède toute chose; mais dites-moy d'où vient que les femmes, se cognois^ sant n'estre aimées , sont si courtoises à favoriser

pomt j tiemcnt.

FiDELLE. Elles ne favorisent aucun en intention mauvaise ou amoureuse , mais tous ces petits brocards , ces ris, ces regards, ces chatoiiillemens, ces accointances ^e plusieurs prennent à faveur, sont faits des smiples femmes on accidentellement, ou avec seureté, ce qui doit estre prins en bonne part et en degré d^amitié ; mais pour ce que les hommes taschent avec le temps pouvoir vain> cre toute chose, r'apportent toute opération à Famoureux effect , et crojent que si la femme sa présente à la fenestre , que c'est pour les veoir ; si elle leur ferme au nez , c'est afin de ne donner soupçidn aux voisins ; si elle y regarde, c'est en intention de luj bailler quelqu'assisnation ; si elle ry , c'est pour la joie qu'elle a a'estre veue par ceux qui sont presens; si elle se monstre

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iaschée « c^est poar crainte de n^estre akaée ; si on la prend pour danser, c'est pour la grande amitié ^elle leur porte; si elle n'y va point, c'est qu'elle n'en tient conte. S'il advient quelques fois que la dame, en dansant, s'estorde le pied, et pour a arrester serre une main , cela est réputé à très grande faveur. Mais que vous dois-ie dire davan^ tage ? Si de hazard, en se coiffant, elle faitbransler le miroir, de sorte que les rayons du soleil rêver* bèrent sur l'obstiné amant , vous le voyez incontinent s'enfler d'une vaine gloire , pensant qu'elle fait cela pour tacitement demonstrer combien elle désire esclaircir les ténèbres de son cœur; et ainsi accommodent à leur intention tous les accidens que ce jour leur viennent ^ bons ou mauvais. Ils yivent tousjours en espérance , et si i quelques fois advient qu'aucun s'addresse jen vain son entreprinse et n'y puisse parvenir, jugeant avoir mal employé son temps, tout aussitostarecoursàJavenfteance , et non seulement dit avoir en abondance de ce que seulement il s'esft ima^né , mais , feignant d'estre amy ou parent du mary, lui escrit des lettres sans soubscnption , et donne à la misérable femme mille £iulses. imputations , monstrant estremeu.i ce debvoir par le zèle de l'honneur commun, et de là, et non d'aiQeavs^, naissent les calomnies des misérables femmes. Combien ponsez^vous qu'il y ait de jeunes hommes qui, estans ardamment amoureux, d'une damoiselle, feignent aimer la voisine, et, avec une face riante , bran»* lant la teste et jettant des baisers de loin , aveo un abbaissement d'yeux, un signe des mains, et quelques fois disant si haut que les voisins le puissent ouyr : Mon cœur, je vous reverray enûre

48o ' Lariyey.

cj et deux heures , s^efibrcent faire ermre aux pàrens qu'ils ont assignation avec ceste pauTfe innocente , laquelle , jaçoit qu'on ne Tait jamais yenë aux fenestres, les gens, par tant et si dirers signes , sont contraints croire qu'icdle , pour ne donner soupçon , s'est serrée derrière les verrières ? Et toutes ces choses font les jeunes gens afin que le mary et les parens de celle qu'ils ayment bien n'y ayent point de soupçon , et croient, encores qu'il les trouvast en sa propre maison, qu*ils y seroient entrez pliistost pour espier quelques -voisins que pour autre effet ; et ainsi , bien souvent, une pauvre innocente vient à estre condamnée à un blasme éternel. Partant, tout prudent mary se devroit contanter d'avoir une lemnie de noble tnaison, bien nourrie , luy garder la foy , ne prester l'oreille à ses serviteurs , ou bien aux servantes , ne croire aux lettres sans soubscription , et n'aller cherchant des occasions qui n*apportent que dueil,' pour ce que l'honneur n'est aittre chose- qu'une opinion des superbes approuvée pour bonne par les hommes , qui sont remplis de vaine gloire et obstinez, lesquels ne sout cause d'autre chose que de ruynès et de morts. Vive donc un chacun avec opinion d'estre hon6ré, et à ceste fin qu'il fasse bien , car, ayant la conscience pare et candide , il vivra heureux. Voyez , je vous prie, si ceste loy d'honneur est un abus des mortels ! Vous croyez que ma fenune soit deshonneste , et je vy déshonoré ; mioy , d'autre costé, je la tiendraV pour bonne, et me iùgeray di^e d'honneur. Vostre opinion n'est-elle pas aussi forte que la mienne? Pburqùoy doncques siioy et les autres devonsnous plustost croire à vous qu'à moy-mesme?

Le Fiii.ELLE, Comédie. 48i

CORNILLE. Les opérations sont celles qui , en pareil cas, con6rment au vulgaire les opinions bonnes ou mauvaises, quelles elles puissent estre.

• FiDELLE. Les actes vénériens ne se font es

S laces publiques , et n^oyrez jamais blasmer une ame par aucun qui dise : J'ay veu une telle fiaire

•ôts choses vilaines et sales ; mais bien entendrez une infinité qui diront : Je Tay ouy dire. Donc, comme j'ay dict, naist la mauvaise renommée du sexe féminin , non pour ses œuvres, qui sont pour la pluspart dignes d'éternelle louange , mais des

' accidens de fortune , de. Tiusolence des amans , de la malignité des hommes , et d'une générale et

-mauvaise opinion entrée es personnes adonnées

• au mal. Paitant , retirons-nous de ceste fausse croyance, et les aymons,- non seulement de parelies , mais d'effect, conune elles méritent ; quoy faisant , nous satisferons à qui , pour nous avoir donné Testre , nous sommes tant tenuz , et nous exalterons nous-mesmes, monstrans estre naiz de chose parfaicte, et non de vile et infâme.

GORNILLE. Jecroy maintenant que dites vray, et me plains doublement que ma femme, seule entre toutes les autres, a esté vilaine et m'a ainsi

• deshonoré; mais elle en portera la peine deuë, ; car voicy qui bientost me délivrera de telle infamie. Voicy la fin de sa vie, voicy le poison que j^ay préparé pour me deffaire d'une telle vergongoe.

FiDELLE. Seigneur Cornille, vostre femme a esté blasmée à tort , et est digne d'obtenir la vie.

Cornille. Vous semble-il que la faute commise soit indigne de mort ?

48a Larivbt.

FiDELLE. Elle n'a ccMuinis aucone faute, mais la fortune Ta trompée.

CoRNiLLE. Celuy qu'avons yen sortir de la maison y estoit allé pour enfiiler des perles !

FiDELLE. G'estoit Narcisse, mon serviteur, lequel, amoureux de vostre servante , je luy demanday qu'il avoit affaire avec elle. Il me dit commiB passa l'affaire, parquoy je cogneu incontinent que fausse fut l'imputation donnée à vostre femme.

GoRNiLLE. Où est-il? faites-moy parler à luj,

FiDELLE. Narcisse , vien çà.

Narcisse. Monsieur, je vous prie me pardonner.

GoRNiLLB. Dyviste! comme est passé l'affaire?

Narcisse. Estant amoureux de vostre servante , je trouvay façon d'estre avec elle ; j'y allay, et , y estant demeuré bonne pièce, je m'en retoumay.

Gornille. Et , au sortir de la maison , dis-tu quelque chose ?

Narcisse. Je ne m*en souvien point.

Gornille. Tu nommas Victoire pour femme.

FiDELLE. Helas ! nous sommes perdus !

Narcisse. Je m'en souvien maintenant. Je dy : 0 tris douce victoire ! tu me rends à ceste heure le plus heureux homme qui vive. Et il estoit vray, pour ce qu'ayant si longuement combattu contre Blaisine pour Tattirer a ma volonté , enfin , rayant vaincue, je reputay avoir obtenu la plus grande victoire qu'on peust espérer.* Je dy donc ce nom de Victoire pour avoir vaincu la cruauté de Blaisine, et non pour nommer vostre femme.

Le Fidelle, Comédie. 483

GoRMlLLE. Blaisine , Tien çà. Je m'esclairciray maintenant de ce fait.

Il va vers la maison.

FiDELLE. Tu m as donné la vie.

Narcisse.' Si Victoire avoit autre nom, je demeuroj condamné aux despans.

Blaisine. Que tous plaist-il?

GoRNiLLE. Cognois-tu cestuy-cy ?

Blaisine. C'est mon mary.

CORNILLE. Et comme ayez>yous fait ces nopces sans m'en advertir ?

Blaisine. Il me vint trouver, disant qu'il estoit amoureux de moy. Je me faschay. Il me print par la main, aflln que je ne dist mot.

Narcisse. J'ay esté avec toy, je ne le veux nier; mais j'y ay esté comme à Une putain, et ne t'ay promis autre chose que bon amour»

Blaisine. Tu as menty par la ^orgel car je' suis femme de bien, et tu m'as promis.

Narcisse. Cela ne se trouvera jamais.

Blaisine. Ne te souvien-il pas, compagnon , quand tu me poursuivoy avec menasses , et que je voulois m'escrier, que tu me dis : Tay-toy, car je te pren pour ma femme.

Narcisse. Je me mocquois.

Blaisine. A la bonne heure! Ne sçais-tu qu'un

Séché follement fiait va follement en la maison u diable?

Narcisse. Blaisine, tu cherches ton dommage. Je t*adverty que, si jamais tues ma femme, il faudra que tu m'habilles , que tu me chausses et fasses ma despense ; et, pour tant gaigner , il faudra bien manier. Blaisine. Manier quoy?

484 Lariyet.

Narcisse. Manier les mains au travail.

Blaisine. Ta dois sçaiFoir que je manie si bien les mains au travail , aue je ne porte envie à une autre pareille à moy. Mets-moj un pen Tesguille en main et me laisse faire. Tu vois tant défigures et semble que tu ne me cogoois point. Je suis un vif argent. Que tu es beareux !

Narcisse* Ouj, si les cornes me naissent d*or; mais âi sa poste ! Va , je veux que tu sois mienne.

GoRNiLLE. Yoicy comme souvent erre le jugement humain !

FiDELLE. Dieu soit loué, que la chose s'est descouverte à bonne heure !

CoRNiLLE. Je vous disois bien que ma femme estoit femme de bien.

FiDELLE. Et qui n*y seroit trompé ?

CoRNiLLE. Un marj, se cognoissant estre aimé de sa femme , ne devroit jamais adjouster foy ny à ses yeux ny k ses oreilles propres, encores qu'il entendist ou vist quelque cnose trop mal séante, pour ce<{u elle peust naistre d'un esprit purgé; ce que feray d'oresnavant , afin que la fortune ne me puisse offenser de rechef.

FiDELLE. Vous ferez en homme de bien.

GoRNiLLE. Voulez-vous que je. vous dise la vérité? Il me faschoit tant de la faire mouni^, que je m'estois presque resould d'attendre k veoir qnelqu'autre chose pour mieux m'en esclaircir.

FiDELLE. Mon cœur me faisoit deviner son innocence.

GoRNiLLE . Ores, k présent, je l'essemble à ceux qui, condamnez k la mort, si on leur fait grâce de la vie , la perte des yeux ou des mains leur sem-

le

Le Fidelle, Comédie. 485

ble un très grand gain. Ainsi, je repute à grande ayenture Finjure à moy faite par ceste-cy , puisue par icelle j'ay cogneu la chasteté de ma :emme; ce oui sera cause que je yivray tousjours en traiiquillité d'esprit.

Fidelle. Narcisse, je te pardonne, à la cWge que tu espouseras Blaisine.

Narcisse. J^en suis content, et vous en re* mercie.

Le Pédant arrive.

M. JOSSE. Nosautem lœtaridebemus.

Fidelle. M. Josse, je suis aise de yous yeoir en liberté. Enfin, yous estes sorty des mains de ces bestes.

M. JosSE. Seigneur Fidelle, à yostre seigneurie ago gratias, ingentes enim referre non possum. Je yous remercie infiniement, et n'espère jamais yous en pouyoir recompenser. Mais quîd novi^ que je yous yoy ayec ceste compagnie, et masculmi et fœminini generis , auhjove frigido , à ceste heure :

Fidelle. Nous ayons marié Blaisine, seryante du seigneur Comille, ayec Narcisse, mon sénateur.

M. Josse. Vobia gratulor^ mihigaudeo^ frase ciceronienne. Je m'en resjouy ayec yous : je yeux dire que j'en reçoy un grand contentement.

CORNILLE. Seigneur Fidelle, puisqu'à ceste heure la bonne fortune a icy amené M. Josse, ce ne sera que bien fait que luy fassions dire les bonnes parolles entre ces espousés.

Fidelle. Yous dites bien. Monsieur Josse, faites-nous ce plaisir.

M. Josse. Vous youlez que je fasse l'office de

486 Larivey.

pronuboj libenter; mais, afin que non solum omni ^ officio, ac potius pietate erga te ceteris satisfa- 1 ciam^ je le veux bien de moy-mesme. Il vous plaira me donner un peu de temps , afin que , j ayant à invoquer Talase , non decet le faire en * langage commun , mais en idiome romain , en langue latine, joint que cestliabitest plustost propre pour invoquer PÊumenide, absit verbo omen ! cecy soit dit pour bon augure. Geste nuit, à vostrc instance, je veilleray jusques à minuit sur le Doctrinal et sur le Coiiiucopie. Demain, ô nobles et paisibles spectateurs ! vous me pourrez, s'il vous plaist, venir ouyr. Intérim valetc et plaudite.

Fin.

LES

DB

PIERRE DE LARIVEY Champenois

Cette édition des Comédie» de Pierre de Larivey fait partie de VAndeH Théâtre firaaçoie, publié par M.VioUet le Duc. Cent exemplaires sealement ont été ûté% avec un titre particulier.

4765. — Parts. Impr. Guiraadet et Jonanst, 858, rue S.-HoBOré.

LES

DE

Champenois

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