PROLOGUE
i eesieurs , a/Hi que eesU docte imUaiion des atè- I eiens et meilleurs poètes comiques vous soit plus agréable f je commenceray par vous en dire le \ sommaire.
Anselme, marchant d'Orléans, voyant les troubles s'allumer en France, délibère se retirer en Italie, laissant en la carde d'une bonne vieille [car sa femme estait decedée) deux siens en fans, Vun masle, appelle Fortunat, aagé environ de kuict ans, et une fille nommée Genièvre, deVaage de sept ans. Mais, passant par la Bourgongne, il fitt arresté prisonnier par les Buguenois, qui le tindrent plus de dix-huiet mois. Depuis, sorty de leurs mains, et pensant continuer son vogage, retomba en d^autres, oU il demeura plus d'un an. Enfin, esehappé, alla à Route, 0* il séjourna quelques années; mais, ogant-dire que l'on vouloit tenir les Estais en France, et espérant que par la conclusion d'iceux les troubles prendraient fin , délibéra retourner en sa maison; taules fais, en chemin il fut derechef arresté prisonnier des ennemis, qui Vont tenu jusques à présent. Durant ces prisons et voyages, la vieille qui avoit les enfans en garde délibéra les mener à Paris, pensant qu'ils y seroient plus seurement, et, pour ce faire, les habilla tous deux d'un court vestement, de façon qu'il semblait que ce fussent deux garçons. Et d'avantage, afin de mieux conserver la pudicité de la fille, luy changea son nom, et l'appella Robert, lui recommandant
8 Prologue.
eeUr ia condition. En ces entrefaites^ la nieille meurt, les enfans, ne pouvans plus vivre à Paris , tant faute de cognaissanee qu[à cause de la famine qui y estait, viennent en la ville de Troyes en Champagne , oU Fortunat de fortune entra au service de Dorothée^ courtisanne, et Robert se mit à servir Severin. Ce Severin a un fils appelle Constant et une fille nommée Suzanne, Constant est amoureux de Dorothée, maistresse de Fortunat, et Suzanne, sa sœur, de Robert, la tenant popr masle,
Robert , ne sachant satisfaire à la volonté de Suzanne, qui la molestait à toute heure, met en une nuict en son lieu son frère Fortunat en la chambre de Suzanne, qui lors la baisa si estroitement qu'elle en est grosse, et maintenant preste à accoucher, iy autre part, Robert, fille, allumé en Camour de son maistre Constant, souffre double ennuy, l'un pour Vamour qui le mar telle, Vautre craignant qu'on ne descouvre que Suzanne a leplaiu, Severin, père de la fille grosse, s'en aperçoit, en-voye à Orléans s'informer delà parenté de Robert, afin que, s'il n'est trouvé digne d'espouser sa fille , qu'il pense estre grosse de son fait , de le faire mourir. Mais , à ce que je vien d'ouyr dire , le père de Fortunat et de Robert est venu avec le messager, et pense que tout se portera bien. Ayez patience : pour ce que Je sçay que ne voulez tous soupper icy, je vous ay fait apprester du ris pour gouster; vous aurez un brave soldart qui ne vous laissera dormir, et un vieil médecin, tous deux amoureux de Dorothée, courtisanne, qui les pellera jusques au vif. Ne bougez de vos places : j'enten du bruit; les voicy venir.