SCÈNE I
Constant, amoureux ; Gillette, maquerelle. Constant.
|oici donc, yilaines putains, le fruict I que je recueille de vous! Voici donc, Jmastines, le payement de yos obligaétions et la recompense de mes mérites! Est- ce ainsi , sales gopes , que Ton ferme Thuys à celuj qui vous a racnetées de misères , retirées du caignard et leyées de dessus le fumier, où les
Soux vous mangeoient? Vous souvient- il plus u temps que baailliez de faim comme chiennes et que n'aviez un petit morceau de pain à serrer entre vos dents? Laissez faire à moy, je vous rangeray bien tost k vostre première coquinerie. Vous estes mescoguoissantes , ha ! j*eii auray ma
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raison. Ha ! vieille ribaude ! c*est de toy que je me reax vanger ! Il te semble , vieil magazin de meschanceté , que tu es une princesse depuis que j'aj gamy ta maison. La maraude ne se soucie plus de personne, Tingrate ne me recognoist plus. Je te ravalleray bien tost ceste gloire, bonrelie que tu es. Mais la voicy. Miracle qu^elle s'ose monstrer en la rue.
Gillette. Je t'aj bien ouy. Constant; je veux que toutes ces tiennes bravades me vaillent autant d'escus au soleil, car par cela tu me monstres combien fermes sont les clouds dont te tenons attaché. Je sçay que ne sçaurois abandonner ceste porte. Ya-t^en , desloge , fay voile à ta poste , car d'autant plus chercheras t'esloigner,. d'autant plus les flots amoureux te repousseront en ce port.
Constant. Port? Ha! quel beau port ! où les très cruels corsaires m'ont brigandé et où j'ay mis à fond tout cela que j'ai peu tirer de mes moyens. Cela te semble-il beau port?
Gillette. Ouy, beau port, là où tu as trouvé repos aux tempestes amoureuses et où le veut des souspirs ta laissé. Tu ne mets en ligne de conte sinon ces chetives chosettcs que nous as données, et n'escrits en recepte les plaisirs , courtoisies et douceurs que tu as receuës en ceste maison. Va, in^at toy-mesme! vas te cacher, tu ne mente la faveur que nous l'avons faite. Souviennetoy que , lors que la jeunesse de ceste ville, au froid, à la pluye et au vent, nous donnoit de naict des aubades , maudissant nostre cruelle rigueur, tu te donnois du bon temps sous les belles courtines, et estois traité à gogo comme un ai^eausous la mamelle. Penses-tu gésir au giron des grâces
Les Tromperies, Comédie. ii
sans qu'il te couste, dy, beau jouvenceau, dy?
Constant. Et crois-tu, sancsuë, qu'une forge me batte monnoye pour saoufter ton insatiable désir, dy, maraude, dy? Ne cesseray-ie jamais de te donner ? Ne seras-tu jamais lasse de prendre , gouffre et précipice de toute ma substance ? A peine as- tu eu une chose que soudain tu en redemande une autre. Quel abisme sans fond est cestuy-cy !
Gillette. Hé, Constant , je ne suis tant sangsue que tu es sot; appren , appren désormais ce proverbe que tant de fois je t'ay dit :
L'amoureux qui est sans argent Ressemble un escolier sans livres , Un nocher sans art, un sergent Sans recors, et un camp sans vivres.
Constant. Tu fourniras plus de proverbes qu'un asne de pets. Vien un peu sur le mérite. M'as-tu jamais demandé chose que je ne te Taye donnée ? Pourquoy à ceste heure m'enfermes-tu hors de la maison , dy, meschante , dy?
Gillette. Jamais te print-il envie de ma fille que je ne te l'aye accordée, dy , ingrat, dy ? L'un pour l'autre ; mon indulgence avec ton argent. Voy comme le compte se rapoite.
Constant. 0 que tu es meschante et eshontée!
Gillette. Une maquérelle honteuse Engendre à sa fille des poux, Et rien qu'ails, qu'oignons et que choux , Ne remplissent sa pense creuse.
Constant. De poux , de vermine et de rogne , Je Vay tirée, orde carongne.
Et si n'en as point de vergongae.
ta Làriyet.
0! combien ces proverbes me coustent cher, vieille larronnesse ^ traistresse !
Gillette. 0! combien me profitent peu tes braveries , jeune coquart, chiche , pouilleux ! Çà, argent! argent!
Constant. Et fi! je n'en ai point!
Gillette. Demeure à Thuys, et conte les chevilles.
Constant. Ne t'en ai-je pas donné tandis que j'en ay eu?
Gillette. La porte ne tVelle pas esté ouverte tandis que tu en avois?
Constant. Je t'en donneray quand j'en auray ; que veux-tu d'avantage?
Gillette. Je t'ouvriray quand tu en auras ; que veux-tu d'avantage?
Constant. Ha! eshontée! où est cela que je t'ay donné par cy-devant? En as-tu perdu la mémoire?
Gillette. 0 pauvre! n'as-tu pas veu ce qui est escrit sur lliuys de ma chambre?
Constant. La revoicy à ses proverbes. 0 misérable Constant! où es-tu réduit?
Gillette. Tout cela que donné tu m'as Est eschappé de ma mémoire , Si argent en bourse tu n'as, Adieu, de toy je n'ay que faire.
Constant. Lorsque du mien je t'ay fait part, Tu m'as adoré comme un Dieu , Mais or que je n'ay pas un liard , Me chassant, tu me dis adieu.
Le mal talent que je te porte, grosse truye, me £iit poète.
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Gillette. Il seroit besoin que ta poésie composast de Targent.
Constant. Ha! iograte]! tu n'es plus celle-là qui, avecques flatteries, caresses et blandissemens , me venoit au devant quand, dès le commencement, je portois en ta maison les presens ordinaires. Où sont les caresses et les doux accueils? Âdonc la maison me rjoit de toutes parts ; bienheureux estoit qui me pouToit faire quelque petit service. Vous ne recognoissiez autre soleil, vous [n'adoriez autre Dieu que moy. Et maintenant que je n'ay pas un double rouge , mes faveurs se sont esvanouyes en fumée.
Gillette. 0 sot et badin que tu es , ne sçaistu que nostre mestier et ccluy de Toyseleur est tout un? L'oyseleur nettoyé l'aire, tend ses rets, sème ^t respand le grain , afin que les oysillons s'y accoustument ; les pauvrets y viennent , sautillent, mandent, se joiient; mais enfin advient qu'ils sont pnns , et adonc payent le millet. Fay ton conte que je suis l'oyseleur , ma maison est l'aire , ma fille est le millet , et vous autres les oyseaux. Si du commencement j'ai usé de quelque ruse pour te faire cheoir en mes fiUets , ce n est de merveilles ; et comme est-il possible que tu n'entendes encores le mestier, veu que tu as esté si longtemps en ceste escoUe !
Constant. Je m'apperçoy bien ^ue je suis le pigeon, maintepant que je suis plume jusques aux os, et commence bien désormais i apprendre; mais je ne voudroîs estre si tost chassé au collège.
Gillette. Va, reprcn des plumes, puis revien vers moy : je n'enseigne point sans salaire* Adieu.
i4 Làriybt.
GonSTANT. Escoute. Que yenx-ta me je te donne pour une fois , sans me demander autre chose tout le long de Tannée, à la charge toutesfois que durant ce temps Dorothée ne sera à autre qu'àmoy?
Gillette. Donne-moy soixante escns. Adieu*
GoNSTANT. Escoute. Que tu ashaste!
Gillette. Que veux- tu dire? Parle.
GoNSTANT. Je m*efforceray de les trouver; mais je veux que le long de Tannée autre quemoy n'ait que soulder avec elle.
Gillette. Si cela ne te suffit, je feray encores chastrer ce laquais , afin que tu en sois plus asseuré.
GoNSTANT. Je vas essayer d'en trouver. Adieu. Encores que je ne sçache de quel bois faire flèche, neantmoins , pour garantir ma vie , il faut que j 'employé le vert et le sec, les changes, les usures, les interests, les larcins; je jure Dieu que nécessité n\i point de loy. Je feray ce que je pourray.