‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 139 sur 158 · II · texte numérisé non relu

II

56 LA.RITET.

Dorothée. Helas ! ô quel tourment, Jésus!

SlLYESTRE. Fort mal depuis qu'elle ne tous a reu; éscoutez comme la pauvrette se plaint. ■ Le Capitaine. Ëstrelle accouchée?

SiLTESTRE. Elle a fait le plus beau petit gilrçoB du monde.

Le Capitaine. Me ressemble-il? Dy vraj.

SlLYESTRE. Comme deux gouttes d'eau. Le petit meschant ne veut en façon quelconque tenir ses mains liées ; il veut tousjours un cousteau au poing; il a desjà un courage de lyon.

Le Capitaine. Ho! hoj il est nden. Voilà le meilleur signe que je voye, car, quand j'estois en maillot, j'arracnay un œuil à ma nourrisse, parce qu'elle me youloit menasser.

Siltestre. La dolente a esté quinze jours enfermée en la chambre , et maintenant s'est na peu fait porter à l'huys pour prendre l'air. Dieu YueiUe que ceste licence qu'elle. s'est donnée sans l'ordonnance du médecin ne Iuy hce mal ! Quand quelqu'un a mal , toute diose Iuy nuit;

Le Capitaine. Entrons. Attend icy, Bracqnet, jusques à ce que je te face appeller.

Dorothée. 0 cnetive que je suis l Oit es-tu allée, Silyestre ? que fais-tu f où es-ttr ? Tu me laisse bien icy toute seule, sçadiant en qael estât Jesais !

$ILYE8TRE. Escotttez : elle se trouYe mal, elle m'a appelle .* Madame, prenez «courage,, je tous ap* porte la meilleure nouYélle du monde. >. •

DoROtHÊB. Je ne puis avoir bonne nooiYélle jusques à ce que monamy soit retenu; de la guerre. ; •

Silyestre. Et s'il en est de retour? tts'il est icy?

Les Tromperigs, Comédie. 5i

Dorothée. Qui? Mon œil! mon ame! mon repos ! O ma yie, tous soyez le bien arrivé !

Le Capitaine. Le foudre de la guerre, ayant miitté les armes, retourne saillard reyeoir sa trèschère dame , et s'esjoiiit de la retrouver hors de danger, enrichie d'un petit garçonnet.

Dorothée. Vous soyez le très bien venu, mon coeur. Je suis quasi morte ; je sçay que me plantastes des douleurs au corps qui m ont mal menée , helas ! 0 Dieu ! o ! quelle douleur ! .

Le Capitaine. Ne tefaschesdu travail, ma joye, puisque tu es délivrée d*un beau petit garçon, qui, s'il, ne forJigne de la vertu et force du père, emplira bientost ta maison des despouilles ennemies.

Dorothée. Il seroit bien meilleur quelle fust plaine de bled, affin que la faim ne nous estrangle avant que ce temps vienne.

Le Capitaine. Faim? peu de courage! peu de foy ! Pren cœur.

Dorothée. Vous voyez comme je suis ; je me trouve encores toute foible et débile. Prestez-moy un peu vostre bras , je vous prie , mon bien : je ne puis encores soustenir ma teste.

Capitaine. Je viendrois au travers des enne^ mis , les armes au poing et au milieu des harquebonzades , te soulager, ô ma douce bouchette , ô mon ame savoureuse ! Ce n'est sans cause que je te porte si grande affection , mon petil œil. ' Dorothée. Vous me le monstrez mal, deineurant vi long-temps.

Le Capitaine. Tu le verras tantost. Je t'ay fait apporter les deux plus beaux petits chiens du monde, qui ne sont pas si gros que le poing, blancs

5% Larivet.

comme neiee et bai-bets jusques aux pieds. Parla mort de PUate! c'estoit le présent qu'un prince d'AUemaigne envoyoit au roy, que j'ay osté au colomnel des reistres, qu'après j ay fait mourir, ayant desfait toute son armée.

Dorothée. Me voilà bien refaicte ! il ne me falloit que cela pour ayder à manger nostre pain ! Toutestois j'ayme bien tout ce oui me vient de vostre part, moa mignon ; il faudra que les nourrissiez < et moy aussi.

Le Capitaine. Ne te soucie point de cela, ma tourterelle ; entrons. Ho ! combien vous les aymerez, car ils sont gentils, masle et femelle ; ils fen feront des petits où prendras plaisir ; ils jappent, ils courent, ils mordent, ils vont requérir, ils rapportent; bref, ils font merveilles. Bracauet, apporte ce velours. En voicy du figuré, neau par excellence, pour te faire une cotte, mon cœur.

Dorothée. Me voilà bien pourveuë! Pour un si grand mal un petit présent : Je voy bien que devenez vilain ; un si grand bienfait ne se paye point qu'avec grande ingratitude. Vous vous en allastes, beau sire, et me laissastes icy grosse, désespérée k cause de vostre départ et sans aucune provision. Je sçay la façon de faire des gens de guerre : ils leschent environ quatre jours leurs amoureuses et puis les laissent là.

Le Capitaine. Lapasque est plus baute.que je ne pensois ; cest enfant me coustera. Bracquet, baille encores ceste pièce. de bural de soye et ceste autre de camelot de Turquie. Tenez, mon bien, contentez-vous; aymez-moy, ne vous faschez point.

Dorothée. Je me contente, je vous pardonne;

Les Tromperies, Comédie. 53

mais encores faut-il payer les façons de ces ac coustremens.

Le Capitaine. Faictes venir le tailleur et me laissez faire.

Dorothée. 0 ma vie ? o mon bien ! que ce sbît donc tout à ceste heure, car vostre présence fait pœnr h tous mes maux. Baisez-moy, m'amour; baisez -moy.

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