SCÈNE VIII
Gillette y Dorothée^ le Capitaine.
Gillette.
koicy, mon capitaine, un beaii présent E que je vous fay, un beau musequin qui Ivous ressemble plus que mousche. Je I sçay que ne sçauriez dire qu'il n'est pas vostre. 0 quel visage de brave ! c'est vous tout craché; c'est vostre nez, vostre front, vostre bouche, vos yeux tout faits, excepté qu'ils ne sont pas droictemcnt si chastaigners. Voyez, regardez comme il se demeine, le meschant! il rit! Qui est cestuy-cy?.papa. 0 quel beaupoupard! Baisezle, tenez-le, prenez-le entre vos bras, faictes-luy caresse.
Dorothée. Ho ! pour l'amour de Dieu, ne le laissez pas cheoir !
Le Capitaine. Je vous prie, ne me le laissez point entre les mains, car je ne sçaurois si peu le presser que je ne lui froisse les os, tant j'ai là prinse forte.
Dorothée. 0 pauvrette que je suis ! Ne lui
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laiswez pa^. Le traistre m^a quasi faict mourir. Ha ! helas ! Je ne me porte encore point bien, helaîs !
Gillette. Il est besoin que faciez provision de beaucoup de choses. 11 faut du vin pour la nourrisse, affin qu elle ayt plus de laict, car il ne cesse de tirer nuict et jour; il la mange. Il faut des langes, des couches, des drappeaux, des be-
fuins, de la fleur, du laict, de Thuille, des chanelles, du bois, du charbon, des fagots, et mille autres choses qu^il faut tous les jours. Je sçaj bien qu'il m'en couste ! •
Le Capitaine. Cela est raisonnable. Tenez : voilà dix escus.
Gillette. Et le salaire de la nourrisse ? deux escus par mois.
Le Capitaine. En voilà quatre. Qu'y a-il davantage ?
Gillette. Baillez encore à la pauvrette de quoy avoir un pelisson, afHn qu'elle ait meilleur courage de se lever la nuict quand l'enfant crie.
Dorothée. Elle mérite.
Le Capitaine. Tien , bonne beste, voilà encore trois escus. Je voy bieu que cest enfant me coustera bon.
Dorothée. Et à la pauvre Silvestre ! Je fusse morte si elle ne m'eust secourue ; je sçay qu'elle a eu sa part du travail.
Le Capitaine. C'est raison : voilà quatre escus pour elle. Il me couste desjà plus de cent escus d'estre aujourd'huy venu céans.
Gillette. 0 misérable pouilleux ! ce petit mignon en vaut plus de cent mille. Vous avez un peu de mal à la bourse, et la dolente a esté malade au mourir ; vous n'y pensez pas.
Les Tromperies, Comédie. ^55
Dorothée. Hélas! ô que je me trouve lasse! Ostez-moy d*icy, le yent me fait mal à la teste. Aydez-moy, ma mère. Capitaine, prestez-moi la main, soustenez-moy.
Le Capitaine. Très volontiers ; appuyez-vous sur moy. Laissez que je la meine tout seul, car, avec la force de ce bras, je leverois un éléphant. Ne vous laissez pas aller, ains soustenez-vousbien, mon cœur. Cancre ! que vous avez le cul pesant !
Dorothée. Les forces me défaillent, je le vous
Gillette. Dieu soit loue que tu es hors de danger! Je voudrois que l'eussiez veuë il y a huit, jours ! La mort et elle, c'estoit tout un. Ce ne sera mal fait, seigneur capitaine, que la laissiez un peu reposer. Revenez sur Theure du disner, nous mangerons de compagnie.
Le Capitaine. Je le veux bien. Ma vie, prenez courage; ne vous souciez de rien.
Gillette. Sylvestre! ô Silvestre! La voicy ; laissez-la mener à nous deux. Allez- vous -en, adieu.
Le Capitaine. Adieu.
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