SCÈNE IX
Le Capitaine, Bracçuet.
Le Capitaine.
racauet, as-tu veu ce beau petit garçonnet? Il n'aura pas trois ans aue je luj attacheray le poignard sur le cul, et Texerceray en toutes sortes d'armes.
Bragquet. Ce seroit ti-op tost ; attendez qu'il ait dix-huit ou vingt ans.
Le Capitaine. Vingt ans! Je veux iju'en cet aage il ait esgorgé mule princes, ruiné cent royaumes, saccage une infinité de provinces. Par Dieu ! je n'avois pas quinze ans que je fis ce que je te vas dire. Estant en un cabai*et où il n y avoit pas beaucoup à mander, se trouva un fendant qui coup à coup prenoit tout ce qui estoit de bon au plat. Moi, qui suis tousjours plus prest à quereller qu'un AUemant à boire, voyant
Su'une autre fois ce gourmand y remettoitla main, bacq ! avec mon cousteau je la luy attacbay sui* le champ au plat, et, mettant l'autre main à la dague, je l'envisage d'un regard courtoussé et le tiens tousjours ainsi attache jusques k ce que j*eu disné. Le malheureux trembloit, l'hoste trembloit, les serviteurs trembloient. Que veux-tu? Je les espouvantay de telle sorte qu'il ne se trouva
Sersonne qui, a la sortie, eust la hardiesse de me emander un liard.
Bragquet. Vous trouvez tous les jours choses
Les Tromperies, Comédie. 67
noayeUes ; jamais tous ne m'en aviez rien dict. O le beau trait !
Le Capitaine. Fay ton conte que j'en ayfait cent et cent de plus beaux que je n'ay jamais dit à personne. Le plus ^and défaut qui soit en moy est qu'il n'y a point de tesmoins quand je fais tels actes généreux, et la mémoire s'en pert, parce que je ne publie jamais mes prouesses, pour ne sembler estrer trop grand yanteur. Ho ! si cet enfant me ressemble, je sçay qu'il n'attendra qu'on le picque pour l'attirer au combat.